Littérature anglaise, Littérature canadienne, Roman, Thriller/policier

Duel

Deux thrillers, deux rapts d’enfant et deux romans que j’ai dévorés l’un après l’autre, sans présager de leurs points communs. Difficile à l’issue de ne pas être tentée de les comparer… Une fois n’est pas coutume, un petit duel Abbott – Lapena !


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La disparue de Noël

Rachel Abbott
Belfond
2017
♥♥♥♥♥

Une route de campagne verglacée. Une voiture qui perd le contrôle : la conductrice est tuée sur le coup ; Natasha, sa fille de six ans assise à l’arrière, se volatilise sans explication. Quelques années plus tard, David fait de son mieux pour se reconstruire après le drame qui a emporté sa femme et sa fille. Il forme désormais un couple heureux avec la douce Emma et le petit Ollie, adorable bambin de dix-huit mois qui comble leur foyer. Mais un jour, une inconnue débarque dans leur cuisine. Natasha. Où était-elle toutes ces années ? Comment a-t-elle retrouvé le chemin de la maison ? Si David est fou de joie, Emma, elle, se sent vulnérable devant cette adolescente silencieuse. Cadeau ou malédiction ? Que cache le retour de la disparue de Noël ?

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Le couple d’à côté
Shari Lapena
Presses de la Cité
2017
♥♥♥♥♥

Anne et Marco sont invités à dîner chez leurs voisins. Au dernier moment, la baby-sitter leur fait faux bond. Qu’à cela ne tienne : ils emportent avec eux le babyphone et passeront toutes les demi-heures surveiller le bébé. La soirée s’étire. La dernière fois qu’ils sont allés la voir, Cora dormait à poings fermés. Mais de retour tard dans la nuit, l’impensable s’est produit : le berceau est vide. Pour la première fois, ce couple apparemment sans histoire voit débarquer la police chez lui. Or, la police ne s’arrête pas aux apparences… Qu’est-ce que l’enquête va bien pouvoir mettre au jour ?

La couverture

En bonne midinette éprise de Noël et d’hiver, j’ai été immédiatement attirée par la couverture du roman de Rachell Abott, blanche de neige et rouge de sang. Néanmoins, celle de Shari Lapena n’est pas non plus pour me déplaire, même si plus convenue.
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Le titre

Après avoir lu La disparue de Noël, je crains que le choix du titre ne soit un opportunisme éditorial et commercial. L’ambiance des fêtes de fin d’année n’est absolument pas au centre de ce roman. En réalité, tout juste une mention : le chant de Noël qui accompagne l’assassinat liminaire. Bref, je donne un point au Couple d’à côté, qui à défaut d’être inventif, reste légitime en étant la traduction littérale du titre original. Abbott 0 – Lapena 1

L’intrigue

Le Couple d’à côté n’a pas volé son qualificatif de best-seller en Grande-Bretagne et aux États-Unis. C’est un très bon thriller, mené de main de maître et donnant la part belle à la psychologie trouble des personnages. L’enlèvement de la petite Cora est l’occasion de dévoiler les travers d’un couple aux multiples secrets, la perversité des voisins, les faux-semblants d’une famille des plus protectrices. Le lecteur est mené par le bout du nez tout au long des nombreux revirements qui font la singularité de ce roman. Coupables et victimes se mêlent et s’emmêlent, jusqu’au dénouement fatal.

Malgré toutes ces qualités, c’est La disparue de Noël qui l’emporte et je dois avouer ne pas avoir lu un si bon thriller depuis longtemps. Séquestration, secrets, mensonges, tractations, drames familiaux et amour maternel… J’ai eu beaucoup de mal à lâcher ce roman, avide d’en savoir toujours plus. Un page-turner dont l’intérêt réside notamment dans la qualité de l’intrigue plurielle, riche et très construite, mais aussi dans l’attachement progressif que l’on voue aux personnages principaux. Avec une mention particulière pour Emma, héroïne malgré elle mais maman avant tout. Bien écrit, prenant, efficace, sans les rebondissements un peu trop nombreux et spectaculaires dans Le Couple d’à côté.
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L’ambiance

C’est un des points communs de ces deux romans : beaucoup de huis clos – notamment celui du cocon familial – qui entretiennent une atmosphère confinée, propice à l’introspection. J’aime ! Match nul !
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Le dénouement

C’est le point faible selon moi du Couple d’à côté. On a l’impression que l’auteur, à force de rebondissements spectaculaires n’a plus été en mesure de freiner son enthousiasme ! J’ai donc préféré la fin d’Abbott, plus optimiste et – je me suis laissé dire – suffisamment ouverte pour permettre une suite…
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Résultat : Abbott 4 – Lapena 2

Je remercie les éditions Belfond et Presses de la Cité via Netgalley pour ces deux lectures, très appréciées !

Littérature française, Roman

Vengeance ensorcelante

 

Je l’avoue : j’ai d’abord sélectionné ce livre pour sa couverture singulière, puis pour sa quatrième qui m’a attirée bien que je ne sois pas vraiment une lectrice de ce type de romans. Les premières pages tournées, j’ai eu un gros doute, imaginant la suite et la fin selon moi prévisibles : une histoire d’amour entre deux esclaves sur fond d’histoire australienne. J’ai bien failli abandonner.
Je dois avouer que j’ai abordé la lecture de ce roman dans de très bonnes dispositions : couverture (avec neige) et illustrations attrayantes de Gianni De Conno, présentation soignée de cette collection et surtout thématique du pensionnat conjointe à l’ambiance québécoise… Et je n’ai pas été déçue.

Liberté… Ce mot avait-il encore un sens ?
La société à laquelle ils appartenaient désormais semblait ne pas le connaître.

Et bien Madeleine Mansiet-Berthaud m’a bien eue ! Un renversement de situation et je me retrouve happée par ma lecture. Un récit passionnant, loin de la (seule) romance que j’avais imaginée. Et j’en retiendrai tout particulièrement deux aspects. D’abord les messages que l’auteur délivre : sur la souffrance des peuples autochtones chassés de leurs propres terres, sur l’altérité qui isole et construit un tempérament, sur le désir de vengeance souvent funeste. Je me souviendrai aussi et longtemps de mon voyage historique et dépaysant dans le bush, qui a déroulé devant moi une Australie plus tout à fait native, mais encore riche d’une culture ancestrale envoûtante. Beau et intense, tout simplement.

Wanda m’a été gracieusement envoyé par les éditions Presses de la Cité que je remercie chaleureusement.

Mansietwanda_250Wanda
Madeleine Mansiet-Berthaud
Presses de la Cité
2017
♥♥♥♥♥

En Australie, au 20e siècle. La destinée bouleversante de Wanda, née d’une mère aborigène et d’un père blanc. Wanda est née en plein bush, dans une réserve au nord de l’Australie. C’est une muda-muda : moitié aborigène, moitié blanche. A huit ans, elle est arrachée aux siens pour vivre dans une institution gouvernementale, Homeland. Avec d’autres enfants métis, elle y est « éduquée » dans le but de devenir domestique. Ces années-là sont gravées à jamais dans sa mémoire : trop de sévices et d’injustice vont exacerber son tempérament rebelle. En Wanda grandit un projet de vengeance : retrouver ce père qui les a abandonnées, elle et sa mère. Pour cela, elle doit fuir… Tout au long de son périple jalonné de rencontres extraordinaires et d’épreuves initiatiques, dans l’immense territoire australien, la jeune fille saura-t-elle pardonner, réconcilier ses deux cultures et trouver, enfin, l’amour et la paix ?

Littérature française, Roman, Thriller/policier

Pas froid aux yeux

Alors qu’il subit une séance d’hypnose pour soigner son insomnie, Thomas est en proie à une vision de cauchemar : il s’imagine en train de torturer une femme. Bientôt, les hallucinations se répètent et gagnent en précision. Thomas se rend à l’évidence : il n’est pas l’assassin, mais voit, à travers les yeux d’un tueur, un meurtre réellement en train de se perpétrer. Le jeune homme ne peut rester indifférent : flanqué d’une geek insondable et d’une policière en mal de reconnaissance, il s’engage dans une course effrénée pour démasquer et arrêter le coupable.

Sirecédricyeux_250N’y allons pas par quatre chemins : ce roman est aussi délicieux qu’il est glauque ; l’énucléation (littérale et figurée) étant le fil conducteur de l’intrigue. Avec tes yeux réunit tout ce qui fait un bon thriller : un scénario bien pensé, un héros malgré lui, des personnages secondaires dotés d’une bonne épaisseur psychologique, des chapitres courts et percutants qui tiennent en haleine et font frissonner. Sans oublier une bonne dose de rebondissements, jusqu’au sursaut final.

Bref, un roman perturbant, dérangeant, glaçant qu’on dévore et qu’on adore !

Sire Cédric, Avec tes yeux, Presses de la Cité, 2015, ♥♥♥♥♥