Littérature américaine, Roman, Thriller/policier

Machiavélique adolescence

Amelia a tout juste 15 ans lorsqu’elle se suicide en sautant du toit de son école. Bien qu’élevée par Kate, mère célibataire professionnellement débordée et trop absente, elle était aux yeux de tous une jeune fille sans problème, intelligente, sociable, mature. C’est donc l’incompréhension et le doute qui prennent progressivement le pas sur le chagrin et le désespoir. D’autant plus qu’un SMS envoyé à Kate vient bientôt remettre en question les conclusions de la police : Amelia n’aurait pas sauté.

Amelia est un page-turner réussi qui sait capter l’attention du lecteur, à la fois par son histoire et son style. On s’intéresse à la vie de cette adolescente, finalement plus fragile et plus influençable qu’il n’y paraît, à l’impact que peuvent avoir les amitiés factices et le harcèlement sur des personnalités en devenir. On partage la douleur et les doutes d’une mère, qui outre le décès, doit surmonter ce qu’elle apprend des failles de son enfant, de sa propre responsabilité, de ce que l’absence paternelle peut engendrer.

L’immersion du lecteur dans cette histoire tragique est également la conséquence d’une construction habile et travaillée du récit. C’est le choix d’une alternance de voix – des chapitres qui nous entraînent soit dans le vécu d’Amelia, soit dans les recherches de Kate – qui accroît l’envie d’en savoir davantage.
S’y ajoute le parti-pris du mélange de styles : outre les deux récits, l’auteur nous donne progressivement à lire – comme le fait Kate – des extraits de la page Facebook ou des conversations par SMS de la jeune fille. Un travail d’écriture efficace – même si le style prétendument adolescent frôle parfois le pastiche – qui non seulement captive le lecteur, mais prend en outre un sens tout particulier à la fin du roman (une mise en abyme et un rebondissement dont je ne trahirai pas le contenu !).

Kimberly McCreight, Amelia, Le Cherche midi, 2015, ♥♥♥♥