Lucide folie

« C’est alors que se produisit quelque chose d’incroyable. L’enfant releva la tête brusquement et, le regard tourné vers la fenêtre de Mme Préau, il émit un son.
Le son le plus terrifiant qu’il ait été donné d’entendre ».

Elsa, directrice d’école à la retraite, regagne ses pénates après avoir passé plusieurs années dans une maison de retraite. Parmi les changements notables intervenus en son absence, il y a ce pavillon dont elle a désormais une vue imprenable sur le jardin et les trois enfants qui s’y amusent. La vieille dame, curieuse et désœuvrée, se prend au jeu de Loubièreenfantcailloux_250les observer et a tôt fait de relever une anomalie. Selon elle, l’aîné des enfants, solitaire et malingre, est sensiblement mis et l’écart et visiblement maltraité. Sortir l’enfant aux cailloux de son enfer familial devient l’obsession d’Elsa, qui contacte services sociaux et police, mène son enquête et décide finalement d’agir seule. Personne en effet ne croit la vieille dame à la santé mentale chancelante et au passé trouble : ni les instances, ni la famille, ni le lecteur. Elsa pourrait-elle avoir raison contre tous ? Ou n’est-elle réellement qu’une grand-mère mélancolique et perturbée ?

Un très beau thriller psychologique qui se construit en douceur et avec finesse au fil d’un portrait résolument touchant. J’aime particulièrement ces romans qui ne jouent pas seulement du spectaculaire et du rebondissement, mais traitent de sujets forts (la maltraitance, la solitude, la folie) sans verser dans le pathos.

Sophie Loubière, L’Enfant aux cailloux, Fleuve noir, 2011, ♥♥♥♥♥