Littérature française, Roman

Estampe japonaise

Kyoto, 1904. Depuis l’assassinat de ses parents, riches industriels de la soie, Myako Matsuka subit la tutelle de son frère Naoki. Lorsque celui-ci part pour le front de la guerre russo-japonaise, elle doit gérer seule l’entreprise familiale. Myako découvre alors avec horreur les conditions de travail des ouvrières et n’hésite pas à transgresser les consignes de son frère, révélant un tempérament fier et indépendant. Mais l’amour trouble qu’elle porte à un diplomate anglais, Allan Pearson, de même que l’intrusion dans sa vie d’un jeune Français passionné d’estampes, Martin Fallières, vont brouiller les cartes. Torturée par le mystère de la mort de ses parents, déchirée entre ses instincts amoureux, ses responsabilités professionnelles et la fidélité qu’elle doit à sa famille, Myako va devoir choisir. Des choix douloureux qui feront éclater une vérité non moins tragique sur son passé et orienteront son avenir dans un sens bien différent de celui qu’elle envisageait (quatrième de couverture).

Ce que je retiendrai de ce roman, c’est avant tout son atmosphère si particulière, merveilleusement déployée au fil des descriptions subtiles des saisons et des paysages nippons, des traditions ancestrales, des émotions tout en pudeur des protagonistes, d’une histoire familiale dramatique. L’occasion pour moi d’une triple découverte, par petites touches érudites : d’abord d’un pays attirant, puis d’une histoire et d’une culture passionnantes, mais aussi d’un peuple atypique, tiraillé entre son traditionalisme et son envie d’émancipation et de modernité.

La Dame de Kyoto, c’est aussi se laisser emporter par un superbe récit d’initiation. Celle de Myako, douce et fière jeune femme qui cherche – en tâtonnant – à s’échapper du carcan familial, sociétal et culturel que lui impose sa naissance. Celle de Naoki qui, aux côtés de sa sœur, apprend à apprivoiser le drame et sa souffrance, à taire sa culpabilité et sa méfiance, à redevenir un homme bienveillant. Celle de Martin, enfin, qui s’ouvrant au Japon avec respect, passion et cœur, entame une quête spirituelle qui le conduit lentement vers la sérénité et le bonheur.

Je remercie les éditions Leduc.s pour ce livre à la magnifique couverture et une lecture très appréciée.

Eric Le Nabour, La Dame de Kyoto, Charleston, 2017, ♥♥♥♥