R.I.P

Là où elle repose
Kimberly McCreight
Cherche-midi, 2016
♥♥♥♥♥

« Tu es la seule personne au monde qui prendra soin de toi. 
Plus vite tu le comprendras, mieux tu te porteras ».


À Ridgedale, petite ville aisée du New Jersey, le corps d’un bébé est retrouvé dans les bois voisins de l’université. Malgré toutes les rumeurs et les hypothèses que ne manque pas de susciter le drame, personne ne connaît l’identité de la fillette et encore moins les raisons de sa mort. Molly Anderson, journaliste indépendante récemment arrivée avec son mari et sa fille, est recrutée par le journal local pour couvrir le fait divers. Une affaire, pour la jeune femme, qui réveille un tourment douloureux. En effet, elle a perdu un bébé et ne s’est jamais vraiment remise de cette épreuve… Or, ses investigations vont mettre à jour certains secrets bien enfouis de cette petite communauté aux apparences si convenables (quatrième de couverture)

A l’image d’Amélia, Kimberly McCreight nous propose avec Là où elle repose un thriller résolument moderne et efficace.
Côté style, on y retrouve l’alternance des points de vue (quatre voix féminines), le mélange des supports (des articles de presse en ligne et leurs commentaires, des extraits de journaux intimes…), de nombreux flashbacks, avec pour effet un texte dynamique, intéressant à lire et captivant. Côté intrigue, l’auteur s’est (encore) amélioré : l’histoire et la psychologie des personnages se sont étoffées. Molly n’est pas seulement une femme blessée, c’est une journaliste dont les investigations mènent à la résolution de plusieurs crimes. Le récit, plus dense, plus complexe se ramifie avec intelligence pour aborder des thématiques multiples telles que la maternité, le deuil, l’éducation, l’adolescence, le viol et la trahison. Le tout édifiant un portrait au vitriol de la bourgeoisie américaine, du monde universitaire, de la vie de couple, vérolés par le mensonge et les non-dits.

Machiavélique adolescence

« Car les mères, par on ne sait quelle magie cosmique, sont censées savoir toutes les choses importantes qui concernent leurs enfants ».

Amelia a tout juste 15 ans lorsqu’elle se suicide en sautant du toit de son école. Bien qu’élevée par Kate, mère célibataire professionnellement débordée et trop absente, elle était aux yeux de tous une jeune fille sans problème, intelligente, sociable, mature. C’est donc l’incompréhension et le doute qui prennent progressivement le pas sur le chagrin et le désespoir. D’autant plus qu’un SMS envoyé à Kate vient bientôt remettre en question les conclusions de la police : Amelia n’aurait pas sauté.

Amelia est un page-turner réussi qui sait capter l’attention du lecteur, à la fois par son histoire et son style. On s’intéresse à la vie de cette adolescente, finalement plus fragile et plus influençable qu’il n’y paraît, à l’impact que peuvent avoir les amitiés factices et le harcèlement sur des personnalités en devenir. On partage la douleur et les doutes d’une mère, qui outre le décès, doit surmonter ce qu’elle apprend des failles de son enfant, de sa propre responsabilité, de ce que l’absence paternelle peut engendrer.

Mccreightamelia_250L’immersion du lecteur dans cette histoire tragique est également la conséquence d’une construction habile et travaillée du récit. C’est le choix d’une alternance de voix – des chapitres qui nous entraînent soit dans le vécu d’Amelia, soit dans les recherches de Kate – qui accroît l’envie d’en savoir davantage.
S’y ajoute le parti-pris du mélange de styles : outre les deux récits, l’auteur nous donne progressivement à lire – comme le fait Kate – des extraits de la page Facebook ou des conversations par SMS de la jeune fille. Un travail d’écriture efficace – même si le style prétendument adolescent frôle parfois le pastiche – qui non seulement captive le lecteur, mais prend en outre un sens tout particulier à la fin du roman (une mise en abyme et un rebondissement dont je ne trahirai pas le contenu !).

Kimberly McCreight, Amelia, Le Cherche midi, 2015, ♥♥♥♥