Changer l’histoire

« La légende se nourrit des lacunes de l’histoire »

Le 3 juillet 1790, alors que la monarchie est en péril et l’avenir de la France incertain, Marie-Antoinette accorde à Mirabeau une audience secrète à Saint-Cloud. Ces quelques heures à la dérobée suffiront-elles au comte libertin pour renverser l’inexorable cours de l’Histoire ? Car, paradoxalement, une seule volonté anime l’orateur du peuple, élu du tiers état, celle de sauver le trône. Déployant toute son éloquence, le redoutable tribun saura-t-il rallier la reine à ses convictions ? (quatrième de couverture)

Cobertentrevue_250La citation qui sert d’épigraphe à ce bref roman résume bien ce qui en a guidé l’écriture : “La légende se nourrit des lacunes de l’histoire” (Serge Lancel, Hannibal). Avec L’Entrevue de Saint-Cloud, Harold Cobert imagine en effet l’échange qui aurait pu être celui de deux figures majeures de la Révolution française, Marie-Antoinette et Mirabeau, à l’occasion de leur entrevue secrète du 3 juillet 1790. Pour cela, il se base sur sa connaissance encyclopédique du sujet (il est l’auteur d’une thèse sur Mirabeau) et comble les lacunes de l’histoire en se servant de son imagination.

Il en résulte un roman riche malgré sa brièveté, divertissant malgré son érudition, mais surtout particulièrement captivant. La performance du romancier-chercheur tient en effet dans sa capacité à intéresser et à tenir en haleine un lecteur qui connaît non seulement la toile de fond du récit, mais surtout l’issue de l’entrevue et l’échec de Mirabeau à convaincre la reine de France. La richesse de la psychologie des personnages, tout en paradoxes, et les revirements subtils et inattendus du récit y sont probablement pour beaucoup.

Harold Cobert, L’Entrevue de Saint-Cloud, Editions Héloïse d’Ormesson, 2010, ♥♥♥♥♥
Thomas Falcon Marshall, L’arrestation du roi et de sa famille à Varennes, 1854, huile sur toile, Wikimedia Commons

70’s mulhousiennes

« Adossé au juke-box, il siffla Lady Lay. Les vieilles dames s’étaient volatilisées.
Dehors, la neige enveloppait de capes blanches les riches et les pauvres, les jeunes et les vieux, recouvrant nos pas et les mots tendres de Patrice. Bye bye baby ».

Boysson_solex

Les Années Solex, c’est l’histoire d’une jeune fille tiraillée entre les valeurs petites bourgeoises de son éducation et un désir d’émancipation initié par le beau Patrice, emblème de l’indignation d’une génération.

Pas une bluette sur les amours adolescentes de Juliette. Mais un hymne à la liberté, à l’engagement, à l’instruction et à la création.
Pas la critique gratuite d’un milieu étriqué par son conservatisme, mais un regard bienveillant sur ses contradictions.
Pas seulement une chronique des années 70’s, mais une véritable ode à l’Alsace et à ses traditions (aucun régionalisme pour autant !), une balade inattendue dans les rues de Mulhouse (chez moi !), un récit nostalgique sur une époque et une société en pleine évolution. Une très belle surprise !

Emmanuelle de Boysson, Les Années Solex, Editions Héloïse d’Ormesson, 2017, ♥♥♥♥♥