Destruction(s)

« Assumer nos responsabilités envers la Terre […] transmettre ces valeurs à nos enfants et voilà : l’espèce humaine évolue. Ça a du sens ».

Ash et Pia ont renoncé à leur confort new-yorkais pour mener une vie plus « durable », dans le Vermont. Installés depuis peu, ils apprennent l’imminence d’une tempête planétaire sans précédent, résultat du réchauffement climatique. Une catastrophe cover119402-mediumannoncée qui détruit progressivement le couple.

Ce roman intelligent et engagé – jamais moralisateur – file avec talent et subtilité la métaphore de la tempête. Il y a celle, météorologique, qui dépeint un futur apocalyptique peu enviable, redoutable, mais malheureusement envisageable. Parallèlement, il y a celle, psychologique, qui voit un couple se déchirer face à une situation dramatique et implacable. Alors que la nature se déchaîne, l’angoisse monte, les tempéraments se dévoilent et le lecteur, tour à tour passionné et effrayé, attend les fatidiques issues.
On ressort de cette lecture concerné, bouleversé, vaguement rassuré par une fin – toutes proportions gardées – miraculeusement positive. Un renouveau qui interroge néanmoins et une réflexion préoccupante et inconfortable qui ne laisse vraiment pas indemne. A lire absolument.

Merci sincèrement à Netgalley et aux éditions HarperCollins pour cette lecture édifiante.

Meg Little Reilly, Les Tempêtes, HarperCollins, 2017, ♥♥♥♥♥

Ces livres dont je ne parlerai (presque) pas #2

Il y a ces livres passionnants qui nous font nous évader du quotidien et qu’on a du mal à reposer. Mais il y a aussi ces bouquins qui deviennent un véritable pensum… Après de nombreuses années d’études de lettres, je me suis juré de ne plus jamais m’imposer une lecture ! Bref, quand je n’aime pas, je mets éventuellement de côté ou je laisse carrément tomber… Il arrive aussi que j’apprécie une lecture, mais ne trouve pas pour autant les mots pour le dire… Dans tous les cas, c’est décidé, je vous en parle quand même (un peu) !

CreasyDeux fillettes mènent l’enquête dans leur quartier après que leur voisine a disparu, tout en menant leur propre « quête spirituelle ». L’histoire est surprenante, non dénuée d’humour (anglais). Le style est agréable, la construction lente, mais habile jusqu’au dénouement, attendu, positif, peut-être trop convenu pour les amateurs de suspense et rebondissements.

Joanna Cannon, Mrs Creasy a disparu, Harper Collins, 2017, ♥♥♥

ChamanUn roman bref, épuré, d’un style d’une grande finesse qui s’avère une réflexion d’une belle densité sur le deuil, le retour aux sources amérindiennes et sur soi.
Une quête initiatique et spirituelle sur fond de nature et de mysticisme. Simplement beau.

Maxence Fermine, Chaman, Michel Lafont , 2017, ♥♥♥♥

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Un thriller dont les thèmes m’ont immédiatement attirée, quoiqu’ils deviennent un peu redondants au fil des publications : rapt d’enfants, chantage, traîtrise.
L’intrigue de qualité là, mais le style (mauvaise traduction ?) est lourd et les lenteurs ont eu raison de ma patience.

Brad Parks, Pas un mot, Mazarine, 2017, ♥♥

Je remercie sincèrement  Netgalley et les éditions Harper Collins, Lafont et Mazarine pour ces lectures !

 

You are not alone

« Je réfléchis à des choses auxquelles je n’aime pas réfléchir.
Très profond dans mon cerveau. D’habitude, je les tiens bien enfermés dans le noir, mais maintenant je dois les faire sortir. »

Ginny Moon a raison. Elle le sait en son for intérieur – qui ne la laissera d’ailleurs absolument pas en paix tant qu’elle n’aura pas retrouvé sa poupée. Une poupée à nourrir. Une poupée à aimer. Une poupée à sauver. Et pour cela une mère biologique à ré-affronter.
Les adultes s’y méprennent. On accuse les errances obsessionnelles de son esprit d’enfant autiste. On reproche à la jeune fille son ingratitude : pourquoi s’échiner à retrouver une mère maltraitante quand on a une famille adoptive aimante ? On ne la comprend pas. Et surtout, malgré l’affection qu’on lui porte, on rejette bientôt sa spontanéité, en l’éloignant du bébé nouvellement né dans sa famille d’accueil. Elle pourrait en effet lui faire du mal.

ELudwigginnymoon_250t pourtant. Ginny Moon a raison. Sa poupée, c’est sa petite sœur biologique, ce nourrisson qu’elle a élevé en secret, parce que leur mère les délaissait, alors qu’elle n’avait que 9 ans (et désormais il lui faudra toujours autant de grains de raisin à son petit-déjeuner). Un bébé qu’elle a nourri avec une serviette trempée dans du lait, qu’elle a couvé, cajolé, protégé de tous. En le cachant dans une valise quand la Police a débarqué pour les soustraire aux maltraitances maternelles. Elle doit donc retrouver sa poupée. Coûte que coûte. Car leur vraie mère de saura pas s’en occuper.
Et là encore Ginny Moon a raison.

Un magnifique roman, bouleversant de tendresse. L’auteur, lui-même parent adoptif d’un enfant autiste, nous plonge dans l’esprit torturé et tenace d’une jeune fille qu’on a bien tort de ne pas prendre au sérieux. Le tout servi par une plume à la fois légère et drôle (ce sont les propos d’un enfant différent) mais aussi émouvante et nerveuse.  L’idée étant de partager les pensées cycliques, les angoisses, les obsessions et les doutes, mais aussi les passions (Ah ! Mickael Jackson !) et les espoirs de Ginny pour mieux les comprendre. Et surtout pour mieux LA comprendre, s’adapter à elle et lui faire enfin confiance.

Merci aux éditions HarperCollins de m’avoir permis de lire ce superbe roman sur ma liseuse et par le biais de Netgalley.

Benjamin Ludwig, Ginny Moon, HarperCollins, 2017, ♥♥♥♥♥