Délicieux !

« Chaque dimanche, exaspéré, il voyait toute la famille débarquer au beau milieu de la confession, Lady Emily échappant tantôt son foulard, tantôt son livre de prières, et s’évertuant, dans des murmures bruyants et affectueux, à placer les siens […] elle se conduisait dans l’ensemble comme si l’église était la demeure d’un ami ».

Mary Preston, jolie jeune fille sans fortune, est invitée par sa tante Agnès à passer l’été dans sa splendide propriété familiale, au cœur de la campagne anglaise. À Rushwater House, la saison s’annonce pleine de surprises, de frivolités et d’insouciance. Mais le cœur de Mary sera mis à rude épreuve face au séduisant et séducteur David Leslie, l’artiste de la famille qui navigue entre Londres et Rushwater… Cependant, Agnès et sa mère, la sémillante Lady Emily, espèrent persuader la jeune femme de faire un tout autre mariage, bien plus convenable. Entre les balades au clair de lune dans les jardins resplendissants et le grand bal organisé à Rushwater, cet été comblera-t-il les espérances romantiques de Mary ? (quatrième de couverture)

Les éditions Charleston recèlent décidément de véritables perles et ce roman datant de 1934 en est une, baroque à souhait ! Ne vous fiez pas complètement à la quatrième de couverture qui ne rend pas suffisamment hommage à ce livre qui pourrait passer pour une seule romance, un peu mièvre. Le Parfum des fraises sauvages est une curiosité : tout y est extravagance, oisiveté et dilettantisme. Ce postulat accepté, on se régale et on s’amuse franchement au sein de cette famille bourgeoise, caricature indubitable d’elle-même. Angela Thirkell, dans un style désopilant et inédit, s’en moque gentiment et nous, lecteur, de la suivre avec délice ! Un excellent roman !

Angela Thirkell, Le Parfum des fraises sauvages, Charleston, 2016, ♥♥♥♥♥

Estampe japonaise

« Ce sont pourtant les souvenirs qui font de nous ce que nous sommes. Le passé est la seule chose qui nous permette de rester fidèles au peu que nous savons de nous ».

Kyoto, 1904. Depuis l’assassinat de ses parents, riches industriels de la soie, Myako Matsuka subit la tutelle de son frère Naoki. Lorsque celui-ci part pour le front de la guerre russo-japonaise, elle doit gérer seule l’entreprise familiale. Myako découvre alors avec horreur les conditions de travail des ouvrières et n’hésite pas à transgresser les consignes de son frère, révélant un tempérament fier et indépendant. Mais l’amour trouble qu’elle porte à un diplomate anglais, Allan Pearson, de même que l’intrusion dans sa vie d’un jeune Français passionné d’estampes, Martin Fallières, vont brouiller les cartes. Torturée par le mystère de la mort de ses parents, déchirée entre ses instincts amoureux, ses responsabilités professionnelles et la fidélité qu’elle doit à sa famille, Myako va devoir choisir. Des choix douloureux qui feront éclater une vérité non moins tragique sur son passé et orienteront son avenir dans un sens bien différent de celui qu’elle envisageait (quatrième de couverture).

Nabourdame_250Ce que je retiendrai de ce roman, c’est avant tout son atmosphère si particulière, merveilleusement déployée au fil des descriptions subtiles des saisons et des paysages nippons, des traditions ancestrales, des émotions tout en pudeur des protagonistes, d’une histoire familiale dramatique. L’occasion pour moi d’une triple découverte, par petites touches érudites : d’abord d’un pays attirant, puis d’une histoire et d’une culture passionnantes, mais aussi d’un peuple atypique, tiraillé entre son traditionalisme et son envie d’émancipation et de modernité.

La Dame de Kyoto, c’est aussi se laisser emporter par un superbe récit d’initiation. Celle de Myako, douce et fière jeune femme qui cherche – en tâtonnant – à s’échapper du carcan familial, sociétal et culturel que lui impose sa naissance. Celle de Naoki qui, aux côtés de sa sœur, apprend à apprivoiser le drame et sa souffrance, à taire sa culpabilité et sa méfiance, à redevenir un homme bienveillant. Celle de Martin, enfin, qui s’ouvrant au Japon avec respect, passion et cœur, entame une quête spirituelle qui le conduit lentement vers la sérénité et le bonheur.

Je remercie les éditions Leduc.s pour ce livre à la magnifique couverture et une lecture très appréciée.

Eric Le Nabour, La Dame de Kyoto, Charleston, 2017, ♥♥♥♥