C’est lundi, que lisez-vous ? #40

Séduite par l’initiative de Galleane, je me plie avec plaisir à ce petit exercice hebdomadaire dont le principe est simple. Il s’agit de répondre, en mots ou en images, aux trois questions suivantes :

Qu’ai-je lu la semaine passée ?

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Jane Austen. Un cœur rebelle
Catherine Rihoit
Ecriture, 2018

Dans le monde anglophone, sa notoriété est aujourd’hui équivalente à celle de Shakespeare. Quantité de livres et d’articles scrutent les moindres détails d’une existence que sa famille considérait pour- tant comme dépourvue d’événements. En romancière, mais au moyen d’une enquête quasi policière, Catherine Rihoit débusque et retisse les moindres détails d’une existence pleine de zones d’ombre.
Dès ses écrits de jeunesse, Jane Austen (1775-1817) prend le contrepied de l’émotion larmoyante où baigne la production de son époque. Elle sera dès lors à l’image de ses héroïnes : indépendante, préférant, aux conventions de la bonne société, les plaisirs individuels ; aux élans déraisonnés, les jugements pesés.
Une valeur guide toute sa vie, littéraire comme amoureuse : la vérité du cœur. Celle que l’on interdisait aux femmes de son temps. La fausseté était alors, pour une femme, la composante essentielle de la réussite sociale. « Nous n’existons que par le sentiment », écrit-elle dans Persuasion. C’est peut-être là que réside sa réussite : en avance sur son temps, elle coïncide avec les aspirations féminines actuelles.
Rebelle, l’auteur d’Orgueil et Préjugés ? Telle est la question posée dans cette biographie où l’œuvre et la vie de « Jane A » se répondent sans cesse.

Et aussi…

Lerevesononterprétation_250Le Rêve. Son interprétation.
Collectif
Editions in Press, 2018

Comment ouvrir les portes du rêve ? Comment en comprendre le sens ? Comment tirer le meilleur parti possible de nos rêves.
L’ouvrage sur l’interprétation du rêve demeure l’apport le plus original et le plus fécond de la psychanalyse. C’est ainsi que Freud le considérait, au point de souhaiter qu’une plaque commémorative le rappelle au lieu où il a fait cette découverte !
Le rêve reste plus que jamais « la voie royale » pour l’écoute de l’inconscient. Comment lui rendre cette place prééminente ? Pourquoi rêve-t-on ? Comment ouvrir les portes du rêve ? Comment en comprendre le sens ? Comment l’interpréter ? Telles sont les questions au cœur de ce livre qui est un véritable manifeste en faveur de la vie onirique aujourd’hui.
Chacun des auteurs l’aborde de manière originale à partir de son expérience et de sa recherche. Il démontre pourquoi et comment réinventer l’interprétation et tirer le meilleur parti possible de chacun de nos rêves.

Que suis-je en train de lire ?

Mortonheureslointaines_250Les Heures lointaines
Kate Morton
Pocket, 2013

Lorsqu’elle reçoit une lettre avec cinquante ans de retard, Meredith Burchill plonge dans un passé oublié. Elle se souvient de ce mois de septembre 1939 où elle a été évacuée de Londres et envoyée chez des aristocrates du Kent. Elle se souvient, mais ne veut pas en parler. Décidée à en savoir davantage, Edith, sa fille, se rend dans le Kent, au château de Milderhurst, cette étrange demeure pleine de portes condamnées et de passages secrets…

Que vais-je lire ensuite ?

Lagerloflivrenoel_250Le Livre de Noël
Selma Lagerlöf
Babel, 2007

Au fil de ces récits de Selma Lagerlöf, inspirés de légendes suédoises et aussi savoureux que des contes dits à la veillée – celle de Noël, bien sûr -, on fera la connaissance d’une petite fille qui reçoit un livre d’étrennes. en français, qu’elle désespère de jamais pouvoir lire. On découvrira l’origine de la légende de sainte Luce, très prisée en Suède. On saura ce que font les animaux durant la nuit de Noël et comment le rouge-gorge devint rouge. On apprendra qu’une mère peut être jalouse de sa propre fille, parce que son mari en est trop proche. On lira l’aventure d’un colporteur, voleur et repenti ; on assistera au dialogue entre un fossoyeur et le crâne d’un homme assassiné ; et l’on sera surpris par une confrontation inédite entre Jésus et Judas.
De ce recueil, profondément empreint de foi religieuse mais aussi de chaleur et de philosophie, émane ce que l’on appelle volontiers la magie de Noël : un mélange de générosité et de mélancolie, de compassion et de joie, sublimé par le talent de conteuse de Selma Lagerlöf.

Le petit bonheur hebdomadaire #10

A l’initiative de Pause Earl Grey, ce rendez-vous est une invitation à partager, chaque vendredi, un petit bonheur, tout simplement. Une jolie idée qui s’inscrit plus globalement dans mon envie de positiver et de mieux profiter en pleine conscience du quotidien.

Connaissez-vous le principe du marathon de lecture ? Non ? Et bien, mon petit bonheur de cette semaine aura été de me lancer dans cette expérience d’une grande richesse littéraire et humaine. Je vous raconte ? C’est parti !

B

Imaginez un cadre serein et verdoyant, un potager biologique, un petit écrin de verdure. A proximité des arbres, des fleurs, des légumes et des insectes, une tiny House (ou cabane mobile) s’est provisoirement installée. Toute en bois, écologique, moderne, accueillante, elle est l’antre livresque et généreux de Jean-Jacques Megel-Nuber, son vrai chic littérère [sic]. Une librairie d’occasion buissonnière, ayant pour objectif de faciliter l’accès au livre aux plus nombreux. Jean-Jacques y organise également diverses séances de lectures pour tous : flash, participatives, d’œuvres intégrales, etc.

A

C’est dans le cadre de la manifestation « Partir en livres » que la Médiathèque de Kingersheim a fait appel à Jean-Jacques. Et nous avons été neuf aventuriers (-rières surtout) à nous lancer dans le marathon proposé : deux rencontres successives de 19h à minuit, soit dix heures, pour lire ensemble, à voix haute, un texte « inconnu ». Nous non plus, nous ne nous connaissons pas (ou peu), mais l’ambiance est immédiatement chaleureuse. Entre amoureux des livres, le courant passe vite.

Pas le temps, pour autant, de lier plus ample connaissance : après un rapide tour de table, il faut s’atteler à la tâche. C’est un roman épistolaire constitué d’une centaine de lettres qui nous attend. La lecture des premières pages est un brin timide, mais une lectrice plus audacieuse se lance, y met le ton avec talent, donnant ainsi le « la ». On se lâche, on y met de la voix et du cœur. Et on prend un réel plaisir à lire, à s’écouter lire et à découvrir l’histoire qui se dévoile progressivement.

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On ne le sait pas encore,  mais c’est le très esthétique roman par lettres Les Singuliers d’Anne Percin que nous sommes en train de parcourir. Des lettres qui émanent de Pont-Aven, Paris, Bruxelles… De Hugo, Hazel, Jacob. On y parle de peinture, de photographie, des Boch, mais aussi de Gauguin, Van Gogh, Sérusier, Toulouse-Lautrec, des Nabis. On s’interroge sur l’art, l’esthétisme, la création, l’inspiration, le talent, la vocation, les modèles et les muses, le classicisme et la modernité, la place de l’artiste et de la femme dans la société, l’amour, l’amitié, la vie, la maladie, la mort…

La lecture – tout comme le texte – est enjouée, touchante… et endurante ! Toute juste le temps de prendre une pause dînatoire et de partager les mets apportés par chacun des participants. On goûte, on se congratule, on échange des recettes. Les nourritures terrestres et spirituelles se mêlent, les langues se délient, c’est (aussi) un moment d’une belle complicité. Pas de temps à perdre néanmoins, la lecture doit reprendre.

Quelques heures plus tard, les mines se chiffonnent, les yeux s’étrécissent, la concentration est un peu plus difficile. Mais l’enthousiasme est là. Le texte nous porte et nous nous soutenons. Encore un  « effort » et la moitié des lettres est parcourue. La première étape est un succès que nous atteignons, ravis et moulus !

Rendez-vous est donné le lendemain et le marathon reprend. On retrouve avec plaisir les lecteurs-coureurs, mais aussi les personnages de papier auxquels on s’est attachés. On s’amuse avec curiosité des amours naissantes entre Hazel et Tobias, on frissonne devant les photographies post-mortem de Hugo, on s’émeut des tentatives de réconciliations familiales. On (re) découvre aussi, diaporama à l’appui, des œuvres d’art, des techniques de peinture, des photographies. On lit, on échange, on lit, on mange et on lit à nouveau. Sans s’essouffler ou si peu. Certaines (j’en suis malheureusement) ne pourront pas aller jusqu’au bout du bout et franchir, victorieuses, la ligne d’arrivée. Mais on compte sur les amis de « galère » pour lire nos lettres et surtout on achète le roman d’Anne Percin. Car il n’est pas question de rester sur sa faim !

On rentre enfin chez soi et on trouve difficilement le sommeil, la tête pleine d’images rémanentes : Hugo et Hazel, Anne et Tobias, des peintures intrigantes, des amis de lectures, des lettres encore et encore, des mots si beaux, des photos de menhirs, de la tarte à la tomate et des tartines (lorraines ?), un libraire, des livres, une bibliothécaire, des livres, une documentaliste, des livres, une enseignante, des livres, des passionnées, un chat noir, un oiseau qui chante, la cloche de l’église, Charlotte & Mustapha, des fleurs, des envie de lire, d’écrire, de se revoir. Et on se demande : à quand la prochaine ?

C