Littérature canadienne, Rendez-vous, Roman

Throwback Thursday Livresque #1

A l’initiative de BettieRose, ce rendez-vous est conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram mais version livres. Chaque semaine, un thème/ une lecture et l’occasion de ressortir des placards des livres qu’on aime, mais dont nous n’avons plus l’occasion de parler.

Et ce jeudi :

Print

Mon héroïne, je l’ai rencontrée pendant mon adolescence et, même si j’ai pu m’attacher à d’autres personnages féminins (Jane Eyre, Elizabeth Bennet…), aucune d’entre elles ne l’a détrônée. Emilie Bordeleau, institutrice talentueuse, femme passionnée et fière, déterminée, ardente, moderne. Un personnage de fiction créé par Arlette Cousture et inspirée de sa grand-mère. Connaissez-vous la saga Les Filles de Caleb ?

EmilieLes Filles de Caleb (Emilie : tome 1)
Arlette Cousture
Albin Michel
2005

En cette fin du 19e siècle, sur les bords du Saint-Laurent, la rude vie des fermiers est rythmée par les étés brûlants et les hivers interminables. Volontaire, intelligente et passionnée de lecture, Emilie Bordeleau ambitionne une tout autre vie. En devenant institutrice, la jeune femme affirme son indépendance. Mais cette liberté difficilement acquise est menacée par un homme, le séduisant Ovila Pronovost, qu’elle aime en secret depuis toujours.

Jeunesse, Littérature anglaise, Roman

Huis clos

Coraline vient d’emménager dans une nouvelle maison. Parce que ses parents, trop occupés, la délaissent, la petite fille trompe son ennui en explorant l’appartement. Elle pénètre dans une pièce dont on lui a interdit l’entrée, pousse une porte condamnée et découvre, au bout d’un sombre couloir, un appartement identique en tous points au sien. Elle y est accueillie par des gens en apparence semblables à ses parents, à une exception près : ils ont des boutons à la place des yeux. Au premier abord, ces “autres” parents s’avèrent chaleureux et disponibles, mais Coraline déchante bientôt…

Coraline_250J’ai été happée par cette lecture, même si un certain manque d’originalité de l’histoire – variation autour d’un thème déjà très exploité – et plusieurs clichés m’empêchent de la considérer comme un véritable coup de cœur.

La singularité de ce roman résiderait plutôt dans l’effet produit par l’atmosphère trouble distillée par l’auteur. Parfois merveilleux, souvent inquiétant, versant ponctuellement dans l’horreur et le macabre, cet univers, qui joue essentiellement des peurs banales et enfantines, fascine et oppresse tour à tour, même – et peut-être plus encore – le lecteur adulte.

Neil Gaiman, Coraline, Albin Michel Wiz, 2003, ♥♥♥
Littérature américaine, Roman

Evanouie !

La dernière chose que Mary et Karl entrevoient de leur mère, c’est la flamme de ses cheveux roux émergeant du biplan qui l’emporte pour toujours aux côtés d’un pilote acrobate… Devenus orphelins, les enfants montent dans un train de marchandises afin de trouver refuge chez leur tante, dans le Dakota du Nord.
Ainsi commence, en 1932, une chronique familiale qui s’étend sur plus de quarante ans, et fait vivre toute une galerie de personnages hors du commun en proie aux paradoxes de l’amour (quatrième de couverture).

Avec ce roman, se pose pour moi une question récurrente : suis-je encore en mesure d’apprécier ce type de lecture en étant devenue une inconditionnelle du thriller ? Ce que je reprocherais en effet essentiellement au Pique-nique des orphelins, c’est sa lenteur, l’absence de rebondissement, la linéarité d’une histoire de famille qui n’a pas su m’intéresser autant que je l’espérais.

Erdrichorphelins_250Les débuts me semblaient pourtant prometteurs. A l’occasion d’une fête foraine, trois enfants sont lâchement abandonnés par leur mère qui préfère s’envoler aux côtés d’un pilote d’avion en démonstration. Nous sont alors donnés à lire, trois itinéraires de vie, marqués à jamais par cet abandon. Trois destins qui se croisent, sans jamais se rejoindre réellement. Trois personnalités qui se dessinent et se forgent au gré des événements et des rencontres, à cause des fêlures du passé ou malgré elles.

Une trame intéressante donc, un style très littéraire et très agréable, mais des personnages pour lesquels je n’ai finalement pas eu assez d’empathie. Leur froideur, leurs extravagances, leur fierté, leurs choix de vie quoique légitimés par leur histoire et compréhensibles, ont fini par me lasser, notamment dans l’atavisme qui contamine jusqu’à la génération suivante. Autres regrets : certaines lacunes volontaires qui laissent le lecteur un peu démuni, un texte qui s’achève sur une fin des plus ouvertes et bon nombre de questions sans réponse…

Un roman que j’ai eu donc un peu de mal à terminer, mais peut-être ai-je eu le tort d’en attendre trop. Question subsidiaire : je n’ai pas compris le choix du titre… Avis aux autres lecteurs pour une explication !

Louise Erdrich, Le Pique-nique des orphelins [1986], Albin Michel, 2016, ♥♥

Littérature française, Roman, Thriller/policier

Une fillette de trop

Bénévole dans une association qui s’occupe d’enfants, Lina est partie poursuivre ses études à Mou di en Chine. Thomas, lui, enquête pour une ONG sur les disparitions d’enfants (principalement des petites filles) qui sévissent depuis des décennies dans cette région reculée. La jeune femme accepte de lui servir d’espionne sur place où elle découvre vite les ravages de la politique de l’enfant unique. Mais ses questions vont semer le trouble dans le village. Quand un mystérieux assassin se met à éliminer un à un tous ceux qui semblaient savoir quelque chose, elle comprend que le piège est en train de se refermer sur elle…
Réseaux d’adoption clandestins, mafias chinoises, trafics d’organes, prostitution… oscillant entre passé et présent, un thriller dépaysant, remarquablement documenté, qui nous conduit au cœur d’une Chine cynique et corrompue où la vie d’une petite fille ne vaut que par ce qu’elle peut rapporter (quatrième de couverture).

Un peu de chauvinisme pour commencer : si j’ai choisi de lire cet ouvrage, c’est tout d’abord parce que Julie Ewa est une jeune auteure alsacienne. J’y ajouterais le qualificatif « talentueuse », parce qu’à 24 ans, la jeune femme n’a absolument rien à envier à ses pairs plus expérimentés. Son roman est une réussite, tant du point de vue de l’intrigue, prenante et crédible (exception faite de quelques ficelles un peu grosses et de coïncidences faciles, mais je pinaille) que du fond politico-historique, riche et intéressant sans jamais être pesant.

S’y ajoute un style simple, sans fioriture, qui va droit au but, pour un thriller astucieusement construit. L’alternance de chapitres brefs mêle l’histoire respective de deux jeunes femmes. Celle, passée, de Sun Tang, paysanne chinoise mystérieusement volatilisée dans les années 90 après avoir tenté d’empêcher l’enlèvement de sa propre fille. Celle, actuelle, de la Strasbourgeoise Lina, qui accepte la proposition d’une ONG de mener une enquête, en parallèle de son voyage d’études, sur la mère autrefois disparue.

Ewapetitesfilles_250

Deux portraits de femmes qui se rejoignent, malgré l’éloignement temporel et culturel, dans leur sensibilité et leur courageuse opiniâtreté. On y apprend beaucoup sur la politique de l’enfant unique en Chine, dramatique en soi, et aussi sur ses conséquences, plus méconnues, mais tout aussi tragiques. On y apprécie un combat essentiellement féminin, engagé et ardent, pour la disparition de coutumes archaïques et sexistes, mais aussi contre une corruption violente et sans borne. On y découvre enfin un peuple et un pays, dans ses zones les plus reculées, les plus sombres, les plus typiques – du village esseulé au temple bouddhiste – grâce à des descriptions réussies, des personnages touchants et combatifs, porteurs d’espoir. Bref, un roman que je recommande sans restriction.

Julie Ewa, Les Petites Filles, Albin Michel, 2016, ♥♥♥♥♥

Littérature canadienne, Nouvelle

Hommes d’Amérique

Vignaviolence_250Avec ce premier recueil de nouvelles, le jeune auteur canadien John Vigna dresse un portrait bouleversant de la condition humaine dans un monde où la brutalité prend le pas sur la raison et où les mauvaises décisions partent toujours d’une bonne intention. Saisis dans leur rôle de mari, d’amant, de père ou de frère… (quatrième de couverture)

Huit nouvelles, huit découvertes, huit personnalités, huit histoires. Le Nord de l’Amérique en prime. Des récits intimes, profonds, simples, vrais, captivants parfois. Et pourtant… Malgré la finesse de l’écriture, je reste sur ma faim. Je ne suis décidément pas une lectrice de nouvelles.

Je remercie les éditions Albin Michel pour cet ouvrage gracieusement offert en échange d’une critique.

John Vigna, Loin de la violence des hommes, Albin Michel, 2015, ♥♥♥

Littérature française, Roman

Frais !

Parisienne trentenaire et célibataire, blasée de rencontres amoureuses sans intérêt, la narratrice de ce roman tombe, au détour d’une galerie d’art, sous le charme d’un Québécois. Sur un coup de tête, elle accepte son invitation à le rejoindre pour une semaine dans son « antre » canadien. Un choc culturel !

Léger. C’est le mot qui qualifie le mieux ce roman sans prétention qui vaut moins pour son histoire – l’intrigue est somme toute très simpliste et un peu mièvre, la fin plutôt discutable – que pour son humour et sa fraîcheur.

9782226319388FSOn sourit tout au long des aventures épiques de cette jeune femme complètement déboussolée face aux us, coutumes et au parler québécois, et surtout face à cet homme, au demeurant charmant, mais qu’elle connait à peine. D’autant plus que celui-ci est flanqué d’un jeune fils et d’une ex-femme encore bien présente. Et que la narratrice n’est pas à un a priori près.

De ce portrait enlevé et amusant – un brin caricatural – il ressort que les Québécois sont aussi accueillants qu’agréables à vivre, surprenants et attachants, gentils et plein d’humour. Que les Parisiennes sont compliquées, jalouses, pleines de préjugés, pénibles, indécises… et bien conscientes de l’être !

Une lecture plus divertissante que consistante, mais qui fait du bien.

Diane Ducret, L’Homme idéal existe. Il est Québécois, Albin Michel, 2015, ♥♥♥♥