C’est lundi, que lisez-vous ? #16

Séduite par l’initiative de Galleane, je me plie avec plaisir à ce petit exercice hebdomadaire dont le principe est simple. Il s’agit de répondre, en mots ou en images, aux trois questions suivantes :

Qu’ai-je lu cette semaine ?

Un-manoir-en-CornouaillesUn Manoir en Cornouailles
Eve Chase
Nil, 2018

Cornouailles, 1968. Pencraw, un grandiose manoir en ruine dans lequel les Alton élisent domicile l’été. Le temps semble s’y être arrêté et défile sans encombre. Jusqu’au drame qui vient bouleverser leurs vies et arrêter le temps à jamais.
Cinquante ans plus tard, avec son fiancé Jon, Lorna roule à la recherche du manoir des Lapins noirs, cette maison où elle a séjourné enfant. Elle rêve d’y célébrer son mariage. Tout dans cette vieille demeure l’appelle et l’attire. Mais faut-il vraiment déterrer les sombres mystères de ce manoir en Cornouailles ?
Eve Chase nous entraîne dans une passionnante spirale unissant deux femmes séparées par les années, mais que la force de l’amour et le poids des secrets réunissent en une seule voix, mélancolique et entêtante.

Et aussi 

9782258143449ORIPiège conjugal
Michelle Richmond
Presses de la Cité, 2018

Alice, ancienne rockeuse reconvertie en avocate, et Jake, psychologue, s’aiment, l’avenir leur appartient. Pour leur mariage, un riche client d’Alice leur offre un présent singulier : l’adhésion au « Pacte ». Le rôle de ce club très select ? Garantir à ses membres un mariage heureux et pérenne, moyennant quelques règles de conduite : décrocher systématiquement quand le conjoint appelle, s’offrir un cadeau tous les mois, prévoir une escapade trois fois par an… mais surtout, ne parler du Pacte à personne. Alice et Jake sont d’abord séduits par l’éthique, les cocktails glamour et la camaraderie que fait régner le Pacte sur leur vie… Jusqu’au jour où l’un d’eux contrevient au règlement. Le rêve vire au cauchemar. Mais, l’adhésion au Pacte, c’est comme le mariage : pour le meilleur… et pour le pire.

Que suis-je en train de lire ?

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Une Seconde de trop
Linda Green
Préludes, 2018

Un seconde de trop et vous perdez tout. Un, deux, trois… Lisa Dale ferme les yeux et compte jusqu’à cent lors d’une partie de cache-cache avec sa fille. Lorsqu’elle les rouvre, Ella, quatre ans, a disparu. Sans laisser la moindre trace.
La police, les médias et la famille de Lisa font corps pour retrouver la fillette. Mais si leur instinct les éloignait d’Ella ? Et si le ravisseur était connu d’eux tous ?
Suspense psychologique addictif, Une seconde de trop explore la culpabilité d’une mère et le cauchemar de tout parent : la disparition d’un enfant. Numéro un des ventes dès sa parution, et acclamé par la presse, ce roman vous glacera le sang.

Que vais-je lire ensuite ? 

Silhouette_chanteurLa Chorale des Dames de Chilbury
Jennifer Ryan
Albin Michel, 2018

1940. Un paisible village anglais voit partir ses hommes au front. Restées seules, les femmes affrontent une autre bataille : sauver la chorale locale pour défier la guerre en chantant. Autour de Miss Primrose Trent, charismatique professeur de chant, se rassemble toute une communauté de femmes, saisie dans cet étrange moment de liberté : Mrs. Tilling, une veuve timide ; Venetia, la « tombeuse » du village ; Silvie, une jeune réfugiée juive; Edwina, une sage-femme qui cherche à fuir un passé sordide. Potins, jalousies, peurs, amours secrètes… Entre rires et larmes, Jennifer Ryan, s’inspirant des récits de sa grand-mère qui a vécu le conflit depuis un petit village du Kent, sonde les âmes de ce choeur que vous n’êtes pas près d’oublier.

Throwback Thursday Livresque #1

A l’initiative de BettieRose, ce rendez-vous est conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram mais version livres. Chaque semaine, un thème/ une lecture et l’occasion de ressortir des placards des livres qu’on aime, mais dont nous n’avons plus l’occasion de parler.

Et ce jeudi :

Print

Mon héroïne, je l’ai rencontrée pendant mon adolescence et, même si j’ai pu m’attacher à d’autres personnages féminins (Jane Eyre, Elizabeth Bennet…), aucune d’entre elles ne l’a détrônée. Emilie Bordeleau, institutrice talentueuse, femme passionnée et fière, déterminée, ardente, moderne. Un personnage de fiction créé par Arlette Cousture et inspirée de sa grand-mère. Connaissez-vous la saga Les Filles de Caleb ?

Ces livres dont je ne parlerai (presque) pas

Il y a ces livres passionnants qui nous font nous évader du quotidien et qu’on a du mal à reposer. Mais il y a aussi ces bouquins qui deviennent un véritable pensum… Après de nombreuses années d’études de lettres, je me suis juré de ne plus jamais m’imposer une lecture ! Bref, quand je n’aime pas, je mets éventuellement de côté ou je laisse carrément tomber… Il arrive aussi que j’apprécie une lecture, mais ne trouve pas pour autant les mots pour le dire… Dans tous les cas, c’est décidé, je vous en parle quand même (un peu) !

3C’est pour sa forme que j’ai choisi de lire ce thriller. J’aimais vraiment  l’idée d’un récit hétérogène, construit au fil de témoignages et récits sous formes diverses : échange de lettres, extraits de blog, émotions twittées, histoires facebookées… Me voilà toutefois à la moitié de l’ouvrage : et si la forme me séduit toujours, le fond m’ennuie… J’abandonne… temporairement ?

T.R. Richmond, Ce qu’il reste d’Alice, Lgf-Lévy, 2016,

2Alice s’absente et, à son retour, ne reconnaît pas l’enfant qui se trouve dans le berceau. Alors que tous s’inquiètent de sa fragilité mentale, Alice se doit de convaincre la police si elle veut retrouver Fanny. Si j’ai apprécié l’histoire et le portrait d’une famille machiavélique, me laisse perplexe la nécessité d’un chapitre “explicatif “ pour donner sens à une issue improbable.

Sophie Hannah, Pas de berceuse pour Fanny, Lgf, 2010, ♥♥

8Les critiques étaient attirantes : histoires inventives, humour anglais, Agatha Christie en puissance…. Je me suis donc plongée dans le dernier opus. Et… déception : une intrigue sans consistance, des personnages caricaturaux, un dénouement sans surprise et des passages qu’on croirait tirés d’un guide touristique.

M.C. Beaton, Agatha Raisin enquête. Vacances tous risques,
Albin Michel, 2017, ♥♥

Intelligence féline

« J’aime bien les humains, mais je ne les comprends pas toujours ».

A Montmartre vivent deux chats extraordinaires. Bastet, la narratrice qui souhaite mieux communiquer et comprendre les humains. Pythagore, chat de laboratoire qui a au sommet de son crâne une prise USB qui lui permet de se brancher sur Internet. Les deux chats vont se rencontrer, se comprendre s’aimer alors qu’autour d’eux le monde des humains ne cesse de se compliquer. A la violence des hommes Bastet veut opposer la spiritualité des chats. Mais pour Pythagore il est peut-être déjà trop tard et les chats doivent se préparer à prendre la relève de la civilisation humaine (quatrième de couverture).

Werberdemainchats_250Un roman d’anticipation qui m’a beaucoup intriguée même si l’ensemble me laisse un peu sur ma faim ! L’intrigue se situe dans un futur proche, mais peu enviable, sur fond de terrorisme et de guerre. Les humains y apparaissent violents ou lâches, arrogants et manipulateurs, dépassés par les événements. Pour sauver ce monde en péril, deux chats singuliers, rusés et au caractère bien trempé, qui réfléchissent plus et mieux que les hommes. Et qui sont surtout capables de fédérer les leurs pour vaincre l’ennemi dévastateur. J’ai apprécié le récit – somme toute un peu simple -, les références à l’Histoire féline – parfois un trop encyclopédiques – et ai été plutôt remuée par la vision peu optimiste que Werber nous donne de l’avenir. J’ai été très amusée par la personnalité des héros félins de cette aventure, décrite avec beaucoup d’humour et démontrant une connaissance avérée des chats. Jusqu’au bout des vibrisses !
Néanmoins, j’émets une petite réserve sur le style, avec pour impression finale celle d’un roman un peu superficiel. Je recommande donc… mais surtout aux inconditionnels des chats !

Bernard Werber, Demain les chats, Albin Michel, 2016, ♥♥♥

Huis clos

« Le courage, c’est quand on a peur mais qu’on y va quand même ».

Coraline vient d’emménager dans une nouvelle maison. Parce que ses parents, trop occupés, la délaissent, la petite fille trompe son ennui en explorant l’appartement. Elle pénètre dans une pièce dont on lui a interdit l’entrée, pousse une porte condamnée et découvre, au bout d’un sombre couloir, un appartement identique en tous points au sien. Elle y est accueillie par des gens en apparence semblables à ses parents, à une exception près : ils ont des boutons à la place des yeux. Au premier abord, ces “autres” parents s’avèrent chaleureux et disponibles, mais Coraline déchante bientôt…

Coraline_250J’ai été happée par cette lecture, même si un certain manque d’originalité de l’histoire – variation autour d’un thème déjà très exploité – et plusieurs clichés m’empêchent de la considérer comme un véritable coup de cœur.

La singularité de ce roman résiderait plutôt dans l’effet produit par l’atmosphère trouble distillée par l’auteur. Parfois merveilleux, souvent inquiétant, versant ponctuellement dans l’horreur et le macabre, cet univers, qui joue essentiellement des peurs banales et enfantines, fascine et oppresse tour à tour, même – et peut-être plus encore – le lecteur adulte.

Neil Gaiman, Coraline, Albin Michel Wiz, 2003, ♥♥♥

Evanouie !

 « Peu importe l’amour que l’on porte à ses enfants, il y a des fois où l’on dérape ».

La dernière chose que Mary et Karl entrevoient de leur mère, c’est la flamme de ses cheveux roux émergeant du biplan qui l’emporte pour toujours aux côtés d’un pilote acrobate… Devenus orphelins, les enfants montent dans un train de marchandises afin de trouver refuge chez leur tante, dans le Dakota du Nord.
Ainsi commence, en 1932, une chronique familiale qui s’étend sur plus de quarante ans, et fait vivre toute une galerie de personnages hors du commun en proie aux paradoxes de l’amour (quatrième de couverture).

Avec ce roman, se pose pour moi une question récurrente : suis-je encore en mesure d’apprécier ce type de lecture en étant devenue une inconditionnelle du thriller ? Ce que je reprocherais en effet essentiellement au Pique-nique des orphelins, c’est sa lenteur, l’absence de rebondissement, la linéarité d’une histoire de famille qui n’a pas su m’intéresser autant que je l’espérais.

Erdrichorphelins_250Les débuts me semblaient pourtant prometteurs. A l’occasion d’une fête foraine, trois enfants sont lâchement abandonnés par leur mère qui préfère s’envoler aux côtés d’un pilote d’avion en démonstration. Nous sont alors donnés à lire, trois itinéraires de vie, marqués à jamais par cet abandon. Trois destins qui se croisent, sans jamais se rejoindre réellement. Trois personnalités qui se dessinent et se forgent au gré des événements et des rencontres, à cause des fêlures du passé ou malgré elles.

Une trame intéressante donc, un style très littéraire et très agréable, mais des personnages pour lesquels je n’ai finalement pas eu assez d’empathie. Leur froideur, leurs extravagances, leur fierté, leurs choix de vie quoique légitimés par leur histoire et compréhensibles, ont fini par me lasser, notamment dans l’atavisme qui contamine jusqu’à la génération suivante. Autres regrets : certaines lacunes volontaires qui laissent le lecteur un peu démuni, un texte qui s’achève sur une fin des plus ouvertes et bon nombre de questions sans réponse…

Un roman que j’ai eu donc un peu de mal à terminer, mais peut-être ai-je eu le tort d’en attendre trop. Question subsidiaire : je n’ai pas compris le choix du titre… Avis aux autres lecteurs pour une explication !

Louise Erdrich, Le Pique-nique des orphelins [1986], Albin Michel, 2016, ♥♥

Une fillette de trop

« Maître Yao-Shi dit qu’en chacun de nous, il y a un Bouddha qui dort…
Il est plein de joie et plein d’amour mais il se cache à l’intérieur de notre cœur ».

Bénévole dans une association qui s’occupe d’enfants, Lina est partie poursuivre ses études à Mou di en Chine. Thomas, lui, enquête pour une ONG sur les disparitions d’enfants (principalement des petites filles) qui sévissent depuis des décennies dans cette région reculée. La jeune femme accepte de lui servir d’espionne sur place où elle découvre vite les ravages de la politique de l’enfant unique. Mais ses questions vont semer le trouble dans le village. Quand un mystérieux assassin se met à éliminer un à un tous ceux qui semblaient savoir quelque chose, elle comprend que le piège est en train de se refermer sur elle…
Réseaux d’adoption clandestins, mafias chinoises, trafics d’organes, prostitution… oscillant entre passé et présent, un thriller dépaysant, remarquablement documenté, qui nous conduit au cœur d’une Chine cynique et corrompue où la vie d’une petite fille ne vaut que par ce qu’elle peut rapporter (quatrième de couverture).

Un peu de chauvinisme pour commencer : si j’ai choisi de lire cet ouvrage, c’est tout d’abord parce que Julie Ewa est une jeune auteure alsacienne. J’y ajouterais le qualificatif « talentueuse », parce qu’à 24 ans, la jeune femme n’a absolument rien à envier à ses pairs plus expérimentés. Son roman est une réussite, tant du point de vue de l’intrigue, prenante et crédible (exception faite de quelques ficelles un peu grosses et de coïncidences faciles, mais je pinaille) que du fond politico-historique, riche et intéressant sans jamais être pesant.

S’y ajoute un style simple, sans fioriture, qui va droit au but, pour un thriller astucieusement construit. L’alternance de chapitres brefs mêle l’histoire respective de deux jeunes femmes. Celle, passée, de Sun Tang, paysanne chinoise mystérieusement volatilisée dans les années 90 après avoir tenté d’empêcher l’enlèvement de sa propre fille. Celle, actuelle, de la Strasbourgeoise Lina, qui accepte la proposition d’une ONG de mener une enquête, en parallèle de son voyage d’études, sur la mère autrefois disparue.

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Deux portraits de femmes qui se rejoignent, malgré l’éloignement temporel et culturel, dans leur sensibilité et leur courageuse opiniâtreté. On y apprend beaucoup sur la politique de l’enfant unique en Chine, dramatique en soi, et aussi sur ses conséquences, plus méconnues, mais tout aussi tragiques. On y apprécie un combat essentiellement féminin, engagé et ardent, pour la disparition de coutumes archaïques et sexistes, mais aussi contre une corruption violente et sans borne. On y découvre enfin un peuple et un pays, dans ses zones les plus reculées, les plus sombres, les plus typiques – du village esseulé au temple bouddhiste – grâce à des descriptions réussies, des personnages touchants et combatifs, porteurs d’espoir. Bref, un roman que je recommande sans restriction.

Julie Ewa, Les Petites Filles, Albin Michel, 2016, ♥♥♥♥♥