Littérature anglaise, Roman

Emma-rieuse

Belle, douce, intelligente, accomplie, Emma aurait pu être une jeune femme exemplaire, si elle n’avait fait montre d’une certaine suffisance, couplée à la fâcheuse manie de jouer les entremetteuses. Et peu importe si les intéressés partagent ou non les inclinations qu’elle façonne, car Emma est avant tout une jeune femme à l’imagination débordante qui se laisse prendre à ses propres chimères.

Insupportable !

Insupportable ! C’est ce que j’ai pensé tout au long des deux premiers tiers de ce roman, tout en m’interrogeant, presqu’à chaque page : comment Jane Austen était-elle parvenue à créer un personnage foncièrement pénible, mais néanmoins captivant et finalement attachant ?

Je reconnais m’être rapidement prise au jeu de cette « faiseuse de couples», curieuse de connaître le résultat de ses entreprises, de découvrir celui qui ferait mentir sa décision de rester célibataire. Et, une fois encore, j’ai été séduite par la subtilité de l’analyse psychologique, la finesse de la critique de mœurs, l’intelligence et la modernité du propos.

 

Références

Emma
Emma

Jane Austen
10/18
1996 [1815]
♥♥♥♥♥

Le destin n’y est pour rien. Si les couples se font et se défont, dans le petit bourg de Highbury, c’est qu’Emma s’est improvisée des talents d’entremetteuse. Il est bien plus distrayant, pour une jeune femme accomplie, de s’immiscer dans les affaires matrimoniales des autres plutôt que de chercher mari. À moins de se retrouver prise malgré soi à son propre jeu…

Littérature anglaise, Roman

Ambiance austinienne

Enfant pauvre, issue d’un mariage déshonorant, Fanny Price est recueillie par son oncle Bertram et sa tante Norris qui voient là l’occasion de faire ostensiblement une bonne action. Elevée sans affection à Mansfield Park, Fanny est traitée avec mépris par sa nouvelle famille. Seul son cousin Edmond fait exception, l’aidant à grandir en sagesse à l’aide de bons conseils et de lectures choisies. L’amitié reconnaissante qu’elle voue à ce cousin affectueux se transforme bientôt en un amour passionné que la jeune fille, timide et modeste, s’évertue à garder secret. Et c’est en souffrant silencieusement qu’elle voit bientôt Edouard s’éprendre de la belle demoiselle Crawford, tandis qu’elle-même lutte contre les avances d’un soupirant qu’elle n’a pas choisi…

Souvent donné comme le moins bon roman parmi ceux de Jane Austen, c’est avec un peu de méfiance que j’ai abordé ce gros volume. Ma lecture finie, je suis encore sous le charme. Ce n’est pas tant l’histoire d’amour passionnée, contrariée, avouée – et somme toute sans grande surprise – qui m’aura finalement marquée, mais Mansfield Park lui-même et son atmosphère singulière.

AustenMansfield_250Dès les premières pages, le lecteur est invité à s’en imprégner et à en ressentir tout le paradoxe. C’est avec bonheur qu’il parcourt les bosquets accueillants de Mansfield Park en compagnie de Fanny et d’Edouard, avec réconfort qu’il s’isole aux côté de la jeune femme dans la chambre Est ou qu’il se divertit dans son théâtre improvisé. À l’inverse, il fuit ses salons lorsqu’ils semblent absorber et exhaler la langueur de Mrs. Bertram ou la méchante froideur de Mrs Norris. On ne quitte pourtant le domaine qu’à regret et c’est bien évidemment avec empressement qu’on y revient, pour assister enfin, en son sein, à l’issue heureuse des amours de Fanny et Edouard.

Scène majeure des intrigues qui se nouent et se dénouent en ses murs, Mansfield Park est un lieu tellement envoûtant qu’il engendre un véritable manque, une fois le livre refermé. J’y retourne dès que possible !

Jane Austen, Mansfield Park [1814], 10/18, 1996, ♥♥♥♥♥