Littérature américaine, Roman, Thriller/policier

Cécité

Ad tenebras dedi.

Un jeu de survie dans une nature sauvage, des candidats castés et stéréotypés, des épreuves physiques et psychologiques vécues en équipe, suivies d’une course d’orientation en solitaire, le tout sous l’œil avide des téléspectateurs. Parmi les survivantes de cette aventure : Zoo qui a le profil de la potentielle gagnante : télégénique, rusée, sympathique, persévérante et ambitieuse. Tellement engagée dans son épreuve finale qu’elle en « zappe » la dramatique épidémie qui s’abat soudainement sur l’Amérique.
Olivajusquaubout_250Pour elle, tout reste un jeu. Les cadavres victimes d’une peste foudroyante qui jonchent son parcours ? Des mannequins particulièrement ressemblants. Les paysages et villes subitement désertés qu’elle traverse ? Des habitants rémunérés par la production pour quitter temporairement leur foyer. Des coyotes affamés qui attaquent les rares rescapés ? Une animatronique – elle en a aperçu les mécanismes et la bourre quand elle s’est battu contre elle ! L’enfant miraculeusement épargné qui s’accroche à elle comme à une bouée ? Un cameraman travesti en adolescent qui l’empêche de mener à bien son aventure. Un aveuglement pathologique et pathétique dont ce thriller particulièrement habile sonde les causes profondes, en plus de proposer une peinture acerbe de la téléréalité et une réflexion sur les limites de la survie et de l’orgueil.
J’ai été captivée ! Et malgré une fin étrangement ouverte qui m’a laissée plus qu’affamée, je recommande vivement. Merci aux éditions Kero pour cette lecture haletante et palpitante, très appréciée.

Alexandra Oliva, Jusqu’au bout, Kero, 2017, ♥♥♥♥

Jeunesse, Littérature canadienne, Roman, Thriller/policier

Meurtre au pensionnat

Montréal, Noël 1920. Les élèves d’un pensionnat se réveillent en sursaut au beau milieu de la nuit : on a poussé un cri effroyable. La sœur économe a été attaquée dans son sommeil : un fantôme aurait tenté de l’étrangler. La supérieure confie alors l’enquête à son élève la plus douée : sa petite-nièce, Vipérine Maltais,  une fameuse détective en herbe !

Je dois avouer que j’ai abordé la lecture de ce roman dans de très bonnes dispositions : couverture (avec neige) et illustrations attrayantes de Gianni De Conno, présentation soignée de cette collection et surtout thématique du pensionnat conjointe à l’ambiance québécoise… Et je n’ai pas été déçue.
Brienmortels_250Particulièrement bien écrit, ce roman jeunesse propose une petite enquête bien menée, facile à comprendre sans être pour autant simpliste. Si le coupable est aisément identifiable (par l’adulte), les « Mortels Noëls » que Vipérine doit élucider reposent sur un fond culturel et littéraire riche et inattendu.
Il peut donc constituer une initiation de qualité au roman policier. Quant au personnage principal, il est immédiatement sympathique au lecteur pour son impertinence facétieuse et son intelligence, qui ferait presque oublier le manque de crédibilité (pour l’adulte) d’une Sherlock Holmes de 13 ans…
Seul petit bémol (vraiment tout petit) – que la lecture des autres volumes de la série infirmera peut-être – j’aurais aimé en apprendre davantage sur la vie des couventines de ce pensionnat montréalais, trop effacée, à mon goût, derrière l’énigme  policière…

Sylvie Brien, Mortels Noëls, Gallimard Jeunesse, 2004, ♥♥♥♥

Littérature française, Roman

Vengeance ensorcelante

Liberté… Ce mot avait-il encore un sens ?
La société à laquelle ils appartenaient désormais semblait ne pas le connaître.

En Australie, au 20e siècle. La destinée bouleversante de Wanda, née d’une mère aborigène et d’un père blanc.
Wanda est née en plein bush, dans une réserve au nord de l’Australie. C’est une muda-muda : moitié aborigène, moitié blanche. A huit ans, elle est arrachée aux siens pour vivre dans une institution gouvernementale, Homeland. Avec d’autres enfants métis, elle y est « éduquée » dans le but de devenir domestique. Ces années-là sont gravées à jamais dans sa mémoire : trop de sévices et d’injustice vont exacerber son tempérament rebelle. En Wanda grandit un projet de vengeance : retrouver ce père qui les a abandonnées, elle et sa mère. Pour cela, elle doit fuir…
Tout au long de son périple jalonné de rencontres extraordinaires et d’épreuves initiatiques, dans l’immense territoire australien, la jeune fille saura-t-elle pardonner, réconcilier ses deux cultures et trouver, enfin, l’amour et la paix ? (quatrième de couverture)

Mansietwanda_250Je l’avoue : j’ai d’abord sélectionné ce livre pour sa couverture singulière, puis pour sa quatrième qui m’a attirée bien que je ne sois pas vraiment une lectrice de ce type de romans. Les premières pages tournées, j’ai eu un gros doute, imaginant la suite et la fin selon moi prévisibles : une histoire d’amour entre deux esclaves sur fond d’histoire australienne. J’ai bien failli abandonner.
Et bien Madeleine Mansiet-Berthaud m’a bien eue ! Un renversement de situation et je me retrouve happée par ma lecture. Un récit passionnant, loin de la (seule) romance que j’avais imaginée. Et j’en retiendrai tout particulièrement deux aspects. D’abord les messages que l’auteur délivre : sur la souffrance des peuples autochtones chassés de leurs propres terres, sur l’altérité qui isole et construit un tempérament, sur le désir de vengeance souvent funeste. Je me souviendrai aussi et longtemps de mon voyage historique et dépaysant dans le bush, qui a déroulé devant moi une Australie plus tout à fait native, mais encore riche d’une culture ancestrale envoûtante. Beau et intense, tout simplement.

Wanda m’a été gracieusement envoyé par les éditions Presses de la Cité que je remercie chaleureusement.

Madeleine Mansiet-Berthaud, Wanda, Presses de la Cité, 2017, ♥♥♥♥♥

Littérature française, Roman épistolaire

Mortelle jalousie

Il serait horrible de vous accuser de ce que j’entrevois, si vous en êtes innocent.
Je recueille mes forces ; je retiens mes esprits prêts à s’égarer. Je cherche à voir ce que je dois croire, faire, penser. Je suis de sang-froid ; j’ai le sang-froid du désespoir.

411y4TgaL-LParce qu’elle a vu son amant quitter l’opéra au bras d’une autre, une jeune veuve s’imagine être trompée. Au cours des vingt-quatre heures qui suivent cette découverte, cette femme sensible et jalouse va écrire quarante-quatre lettres à l’homme aimé, témoignage de la vague d’émotions confuses qui la submerge.

Je suis encore sous le charme de ce superbe roman épistolaire, de son analyse psychologique subtile, rédigée dans un style raffiné. J’ai suivi avec intérêt les souffrances de cette femme douloureusement amoureuse, ressassant le souvenir d’un bonheur qu’elle croit perdu et s’abîmant progressivement dans le doute et le désespoir. Sublime. Tragique. Plein d’espoir aussi.

Constance de Salm, Vingt-quatre Heures d’une femme sensible [1824],
Phébus, 2007, ♥♥♥♥♥

Littérature anglaise, Roman, Thriller/policier

Versatile

Été 1981. Un mystérieux correspondant a donné rendez-vous dans un petit village du Wiltshire à David Umber, un jeune étudiant, pour lui transmettre des informations inédites sur le sujet de sa thèse. Alors qu’il l’attend, David est témoin d’un fait divers qui va bouleverser son existence. Trois jeunes enfants qui se promenaient avec leur baby-sitter sont victimes d’une terrible agression. Un homme kidnappe Tasmin, deux ans, et s’enfuit à bord de son van. Alors qu’elle essaye de s’interposer, la petite Miranda, sept ans, est percutée par le véhicule. Tout se passe en quelques secondes. David, comme les deux autres témoins de la scène, n’a pas le temps de réagir. À peine peuvent-ils donner une vague description de l’agresseur.

Printemps 2004, Prague. Après une histoire d’amour avortée avec la baby-sitter des enfants, David, qui a tout quitté pour refaire sa vie, est contacté par l’inspecteur Sharp, chargé à l’époque de l’enquête. Sharp lui demande de l’accompagner en Angleterre pour essayer de faire enfin la lumière sur la disparition de Tasmin. Littéralement hantés par cette affaire, les deux hommes reprennent un à un tous les faits. Bientôt, de nouvelles questions se posent sur la configuration des lieux, sur la présence des témoins, sur la personnalité des victimes. Le drame cache encore bien des secrets et ce nouvel éclairage risque fort d’être meurtrier.

Pourquoi faut-il lire Les Mystères d’Avebury ?

Pour son intrigue captivante (un kidnapping non résolu) qui se double d’un contexte historique pertinent et riche, sans jamais être pesant (Junius, le sujet de thèse du personnage principal). Passionnant !

CVT_Les-mysteres-dAvebury_5198Pour David Umber (un témoin, finalement plus concerné qu’il ne le pense), protagoniste doté d’une vraie psychologie et d’une grande sensibilité. Pas d’atermoiements, de vrais états d’âmes, un brin de cynisme  et une grande ténacité. Touchant !

Pour les méandres de ce roman, aux allures de jeu de piste. Tout comme le personnage principal –  figure de l’antihéros par excellence – le lecteur est confronté à une enquête pleine de rebondissements (un peu trop pour être crédibles ?). Indices historico-littéraires semés à tout vent, voyages et lieux empreints de mystère, fausses pistes, voltefaces et témoignages sujets à caution…  Prenant !

Et si je frôle seulement le coup de cœur, c’est en raison de quelques longueurs, coïncidences et ficelles un peu grosses. Ce petit bémol mis à part, je recommande vivement ce thriller et remercie les éditions Sonatine et Netgalley pour cette lecture très appréciée.

Robert Goddard, Les Mystères d’Avebury, Sonatine, 2017, ♥♥♥♥

Littérature anglaise, Roman, Thriller/policier

Imposture

Tu sais, il faut toujours qu’elle raconte des histoires et prétende être une autre. 

Comment un jeu entre sœurs jumelles qui intervertissent banalement leurs identités peut-il mener à la déchéance de la moins chanceuse des deux. Voilà ce que nous raconte A sa place, un thriller rendu captivant par sa construction efficace (un style fluide, des chapitres courts qui alternent entre présent et passé, un mode de narration particulier et intéressant) et par la tension qu’il installe dès les premières lignes.
Morganplace_250Avec une certaine fébrilité, le lecteur n’aspire qu’à une seule chose : comprendre comment l’inversion a pu être acceptée de tous et tenter de deviner jusqu’à quels extrêmes peut mener un secret de famille trop bien gardé. Ingénieux.
Pourtant un je-ne-sais-quoi me laisse sur ma faim. Malgré l’intensité et le sérieux du thème, le propos reste un peu superficiel.  En outre, la révélation finale – ce qui justifie la trahison familiale – n’est ni un rebondissement (pourtant attendu par les lecteur du genre), ni tout à fait vraisemblable.
Un thriller divertissant et réellement prenant, mais une fin que je qualifierais d’inaboutie. Dommage… Merci aux éditions Presses de la Cité pour cette lecture !

 Ann Morgan, A sa place, Presses de la Cité, 2017, ♥♥♥

 

Littérature française, Roman, Science-Fiction/fantasy

Intelligence féline

« J’aime bien les humains, mais je ne les comprends pas toujours ».

A Montmartre vivent deux chats extraordinaires. Bastet, la narratrice qui souhaite mieux communiquer et comprendre les humains. Pythagore, chat de laboratoire qui a au sommet de son crâne une prise USB qui lui permet de se brancher sur Internet. Les deux chats vont se rencontrer, se comprendre s’aimer alors qu’autour d’eux le monde des humains ne cesse de se compliquer. A la violence des hommes Bastet veut opposer la spiritualité des chats. Mais pour Pythagore il est peut-être déjà trop tard et les chats doivent se préparer à prendre la relève de la civilisation humaine (quatrième de couverture).

Werberdemainchats_250Un roman d’anticipation qui m’a beaucoup intriguée même si l’ensemble me laisse un peu sur ma faim ! L’intrigue se situe dans un futur proche, mais peu enviable, sur fond de terrorisme et de guerre. Les humains y apparaissent violents ou lâches, arrogants et manipulateurs, dépassés par les événements. Pour sauver ce monde en péril, deux chats singuliers, rusés et au caractère bien trempé, qui réfléchissent plus et mieux que les hommes. Et qui sont surtout capables de fédérer les leurs pour vaincre l’ennemi dévastateur. J’ai apprécié le récit – somme toute un peu simple -, les références à l’Histoire féline – parfois un trop encyclopédiques – et ai été plutôt remuée par la vision peu optimiste que Werber nous donne de l’avenir. J’ai été très amusée par la personnalité des héros félins de cette aventure, décrite avec beaucoup d’humour et démontrant une connaissance avérée des chats. Jusqu’au bout des vibrisses !
Néanmoins, j’émets une petite réserve sur le style, avec pour impression finale celle d’un roman un peu superficiel. Je recommande donc… mais surtout aux inconditionnels des chats !

Bernard Werber, Demain les chats, Albin Michel, 2016, ♥♥♥