Littérature américaine, Roman

You are not alone

Ginny Moon a raison. Elle le sait en son for intérieur – qui ne la laissera d’ailleurs absolument pas en paix tant qu’elle n’aura pas retrouvé sa poupée. Une poupée à nourrir. Une poupée à aimer. Une poupée à sauver. Et pour cela une mère biologique à ré-affronter.

Les adultes s’y méprennent. On accuse les errances obsessionnelles de son esprit d’enfant autiste. On reproche à la jeune fille son ingratitude : pourquoi s’échiner à retrouver une mère maltraitante quand on a une famille adoptive aimante ? On ne la comprend pas. Et surtout, malgré l’affection qu’on lui porte, on rejette bientôt sa spontanéité, en l’éloignant du bébé nouvellement né dans sa famille d’accueil. Elle pourrait en effet lui faire du mal.

ELudwigginnymoon_250t pourtant. Ginny Moon a raison. Sa poupée, c’est sa petite sœur biologique, ce nourrisson qu’elle a élevé en secret, parce que leur mère les délaissait, alors qu’elle n’avait que 9 ans (et désormais il lui faudra toujours autant de grains de raisin à son petit-déjeuner). Un bébé qu’elle a nourri avec une serviette trempée dans du lait, qu’elle a couvé, cajolé, protégé de tous. En le cachant dans une valise quand la Police a débarqué pour les soustraire aux maltraitances maternelles. Elle doit donc retrouver sa poupée. Coûte que coûte. Car leur vraie mère de saura pas s’en occuper.
Et là encore Ginny Moon a raison.

Un magnifique roman, bouleversant de tendresse. L’auteur, lui-même parent adoptif d’un enfant autiste, nous plonge dans l’esprit torturé et tenace d’une jeune fille qu’on a bien tort de ne pas prendre au sérieux. Le tout servi par une plume à la fois légère et drôle (ce sont les propos d’un enfant différent) mais aussi émouvante et nerveuse.  L’idée étant de partager les pensées cycliques, les angoisses, les obsessions et les doutes, mais aussi les passions (Ah ! Mickael Jackson !) et les espoirs de Ginny pour mieux les comprendre. Et surtout pour mieux LA comprendre, s’adapter à elle et lui faire enfin confiance.

Merci aux éditions HarperCollins de m’avoir permis de lire ce superbe roman sur ma liseuse et par le biais de Netgalley.

Benjamin Ludwig, Ginny Moon, HarperCollins, 2017, ♥♥♥♥♥

Littérature française, Roman

La musique adoucit

Quand les éditions J’ai lu m’ont proposé de faire mon choix dans leur catalogue, la couverture de ce roman a immédiatement attiré mon œil… Née en 1980, je suis de cette génération qui a encore bien connu baladeurs, cassettes audio (et sait pourquoi il faut toujours un crayon à portée de main !). Génération qui reste souvent un brin nostalgique de la musique de cette époque

Par conséquent, si la couverture était une invitation, la quatrième fut une véritable tentation :
Un entrepreneur du Net soudainement populaire au point que les Français voudraient en faire leur prochain président, un artiste contemporain dont la dernière œuvre – un cerveau géant de vingt-cinq mètres de haut – vient d’être installée dans les jardins des Tuileries, le leader mégalomane d’un groupuscule d’extrême droite, un starlette de films X venue du fin fond de la Russie, un antiquaire décédé dans des circonstances bien particulières, un médecin généraliste en quête d’une cassette contenant les chansons du groupe de pop dont il faisait partie dans les années 80.
Leur point commun ? Une lettre qui aurait pu donner un tout autre cours à leur vie, et qui vient d’arriver à son destinataire avec… trente-trois ans de retard (extrait).

LaurainRhapsodie_250C’est intrigué et un brin agacé qu’Alain, médecin généraliste, découvre en effet dans sa boîte une lettre arrivée avec 33 ans de retard. Une missive qui annonçait au groupe Les Hologrammes un probable contrat avec une grande maison de disque ! L’occasion pour cet homme, désabusé et déçu du cours banal qu’a pris sa vie, de tenter de reprendre contact avec ses anciens acolytes et d’imaginer combien cette lettre aurait pu changer leurs destinées.

Et le romancier de balader le lecteur entre le passé et le quotidien de ces six personnages, aux carrière et devenir souvent inattendus. Ce dernier le suit avec curiosité et apprécie, derrière le récit divertissant et primesautier, la critique plus cynique de l’art contemporain (le cerveau gonflable qui retrouve sa liberté est un bijou !), de la politique et des médias. Les clins d’œil sarcastiques à notre société et à ses dérives. Il se laisse finalement porter par une histoire touchante, s’amuse de son sursaut final (je n’en dirai rien !) et se laisse convaincre par la moralité de ce conte moderne (ne jamais avoir de regret)…

Un roman intelligent et mordant, d’une grande finesse mais néanmoins très abordable. Et une jolie leçon de vie en prime. Je recommande !

 Antoine Laurain, Rhapsodie française, J’ai lu, 2017, ♥♥♥♥♥

N.B. Et parce que les blogs sont aussi de véritables lieux de rencontre et de partage, je ne résiste pas au plaisir de vous raconter que Monsieur Laurain est passé par là et m’a laissé un chaleureux message sur ma messagerie… Merci pour cette attention !

Littérature française, Roman

C’est du cinéma…

Los Angeles, aujourd’hui.
La cérémonie des Oscars va commencer.
Plus de trois mille personnes dans la salle.
Soudain, une explosion.
Au cœur du chaos, très vite, les rumeurs courent. Julia
Roberts, Steven Spielberg, Al Pacino… Qui est mort, qui est blessé ?
Dans cet Hollywood qui pleure ses icônes, Angie, une jeune réalisatrice française, Russ, un vieux producteur californien, et Burt, un humoriste new-yorkais, se croisent pendant quelques jours.
Entre amours perdues, sidération et passion du cinéma, chacun se demande : de quoi sera fait le futur, sans tous ces visages familiers qui ont façonné nos rêves ? (quatrième de couverture).

Scottcortex_250J’ai reposé cet ouvrage, une fois la lecture finie, avec le sentiment d’avoir rarement été aussi touchée. Je l’ai trouvé très dérangeant, pas mal perturbant. Addictif. Émouvant parfois. J’ai attendu plusieurs jours avant d’en écrire une chronique. Je l’ai tournée dans tous les sens, souvent insatisfaite du résultat. Je décide donc de partager plutôt avec vous mes interrogations et les méandres de mon ressenti…

J’ai été d’abord troublée : que penser du choix d’écrire un roman sur ce thème ? D’imaginer un attentat ? D’en faire la scène d’un roman haletant. Faut-il y voir un opportunisme ? De l’outrecuidance ? De l’inventivité ? Est-ce dérangeant ? Jusqu’à quel point ? Et en tant que lecteur, que penser du fait de se sentir parfois voyeur ?

J’ai été choquée, attristée et plus encore. On ne peut clairement rester insensible face au récit d’un attentat, qui plus est dans le milieu du spectacle (dans lequel j’évolue en outre) et qui évoque et rappelle forcément tous les drames vécus à Paris, à Manchester et ailleurs…

J’ai – malgré moi parfois – été happée : par une intrigue très bien construite, une tension permanente, des personnages très attachants, la tristesse et la profondeur du propos. En bref par un page-turner des plus efficaces…

J’ai eu un peu honte : oui il me faut le reconnaître – j’ai voulu au fil de l’intrigue savoir toujours un peu plus qui des célébrités que je connais, sortirait ou non indemne de l’explosion. Et pourtant, je me défends d’être attirée par les peoples.

Et j’ai eu beau me répéter que ce n’était qu’une fiction, j’ai été bizarrement bouleversée en découvrant la liste des victimes qui s’étale sur plusieurs pages : Brad Pitt décapité, Meryl Streep empalée, Léonardo Di Caprio décédé, Kate Winslet décédée, Julia Roberts blessée, Al Pacino décédé… Tout un monde artistique décimé.

J’ai aimé plus que tout les réflexions latentes et toute la portée de ce roman : la peur, le choc, l’horreur, l’anéantissement, le travail de deuil, le doute, l’importance de la culture et de l’art dans notre société, dans nos vies, la fascination pour le star system – à tort ou à raison – l’amour virtuel porté à nos icônes, le pouvoir de la fiction, les échecs de notre société, le sens de nos vies, …

Voilà. Quelques réflexions partagées sur un roman complexe. Envie d’en parler avec d’autres lecteurs. Ou pas. En tous cas, un livre que je n’oublierai pas de si vite. Merci aux éditions Stock de m’avoir permis de le lire par le biais de Netgalley.

Ann Scott, Cortex, Stock, 2017, ♥♥♥♥♥

Littérature américaine, Roman, Thriller/policier

Palimpsestes

Après un drame éprouvant, Jane cherche à tourner la page. Lorsqu’elle découvre le One Folgate Street, elle est conquise par cette maison ultra moderne, chef d’œuvre de l’architecture minimaliste, parfaite. Mais pour y vivre, il faut se plier aux règles draconiennes imposées par son architecte, Edward Monkford, aussi mystérieux que séduisant. Parmi celles-ci : répondre régulièrement à des questionnaires déconcertants et intrusifs. Peu à peu, Jane acquiert une inquiétante certitude : la maison est pensée pour transformer celui qui y vit. Or elle apprend bientôt qu’Emma, la locataire qui l’a précédée et qui lui ressemble étrangement, y a trouvé une fin tragique.
Alors qu’elle tente de démêler le vrai du faux, Jane s’engage sur la même pente, fait les mêmes choix, croise les mêmes personnes… et vit dans la même terreur que la fille d’avant (quatrième de couverture).

J’ai abordé ce thriller avec beaucoup de curiosité, notamment parce que les éditions Mazarine m’en ont envoyé une version hors commerce, à la mystérieuse couverture blanche reliée et à la tranche d’un rouge profond. Un volume massif et sobre, un rien froid, un rien sanglant, mais néanmoins tentant et qui n’a pas été sans me faire penser à Folgate Street. Merci pour ce cadeau !

De l’histoire de ce roman, je dirai peu : la quatrième de couverture est aussi claire qu’alléchante. L’intrigue se tient, va bon train et peut même paraître un peu convenue.

D’une certaine manière, le récit m’a semblé moins important que la construction particulièrement habile du texte. Une alternance de chapitres brefs et fluides et rendus d’autant plus captivants, deux voix qui s’entrecroisent (le passé d’Emma et le quotidien de Jane) pour raconter un parcours et un ressenti finalement identiques : celui de femmes prisonnières d’une maison et d’une relation amoureuse progressivement asphyxiantes. Edward Monkford, figure parfaite du pervers narcissique, froid et manipulateur, avide de perfection, pousse en effet le vice jusqu’à faire vivre des scenarii identiques à ses proies.

C’est là le premier tour de force de J. P. Delaney : le lecteur, bien qu’il lise deux histoires qui se répètent en de nombreux points, ne s’ennuie pas, ne se perd pas et reste, au contraire, totalement captivé par les multiples jeux sur le double qui émaillent le texte : doubles chapitres, doubles portraits, doubles personnalités, double vies…Delaneyfilleavant_250
L’auteur propose ainsi une déclinaison littéraire intéressante et étonnante du palimpseste : l’histoire de Jane qui recouvre celle d’Emma « fille d’avant », les personnages qui cherche à effacer leurs souvenirs douloureux et à réécrire une nouvelle vie, les notions de construction/déconstruction qui s’appliquent aussi bien à l’architecture du lieu (Folgate Street n’est rien moins qu’un mausolée) qu’à la structure du roman. On pourra citer, mais la liste est longue, la manière dont le récit détruit progressivement le mensonge d’Emma pour rétablir la vérité. Ou le subtile renversement final, à l’occasion duquel Jane, révèle son machiavélisme et renverse littéralement la situation. Et nos certitudes. Et le sens du récit. Bref, tout est à recommencer !

Deuxième tour de force, réussir à ancrer l’intrigue dans un lieu fascinant – double de son propriétaire et constructeur – qui, par sa singularité et le rôle qu’il joue, crée sur le lecteur le même effet d’attirance et de répulsion que sur les personnages. On entre dans le roman comme on pénètre dans Folgate Street. Et on a bien du mal à en sortir !

En bref,  c’est angoissant, prenant et réellement bien pensé ! Je recommande !

J.P. Delaney, La Fille d’avant, Mazarine, 2017, ♥♥♥♥

Littérature américaine, Roman

Amours littéraires

Hallie Erminie, issue d’une famille de planteurs du Kentucky, est une jeune femme de caractère. À New York, où elle s’est mis en tête de trouver un éditeur qui publierait son premier roman, elle fait la connaissance de Post Wheeler, un journaliste célibataire et fier de l’être. Sous des abords arrogants et rustres, il est en fait d’une compagnie agréable.
Tous deux discutent à bâtons rompus de la vie culturelle new-yorkaise, bouillonnante en cette fin de 19e siècle, et s’attachent l’un à l’autre sans oser se l’avouer. Malheureusement, quand Post part pour l’Alaska du jour au lendemain, la possibilité d’une histoire d’amour s’évanouit.
Commence alors un chassé-croisé, des États-Unis à l’Italie en passant par l’Angleterre et la France. À chacune de leurs rencontres, les sentiments des deux jeunes gens ne font que croître. Le destin les réunira-t-il enfin ? (quatrième de couverture)

Grâce à Netgalley et avec ce roman à la magnifique couverture, je découvre enfin l’écriture et l’univers de Sarah McCoy. Et c’est une belle surprise pour moi que cette biographie romancée de l’écrivain Hallie Erminie Rives !

Ne nous cachons rien : cet ouvrage sera plutôt à réserver aux amatrices de romances. L’histoire – qui n’a pas été sans me rappeler à l’occasion Orgueil et préjugés – est essentiellement celle d’un amour prétendument impossible qui finit bien évidemment par se réaliser.
McCoysoufflefeuillespromesses_250Toutefois, le roman ne verse pas pour autant dans le sentimentalisme. Les amoureux sont deux personnalités fortes, ayant chacune à cœur de mener à bien leur carrière, de défendre leurs valeurs, de respecter l’indépendance de l’autre.
Outre l’épaisseur psychologique des personnages, on peut saluer la volonté de l’auteur de donner une véritable consistance à son récit. Contexte historique et politique, émancipation féminine, références littéraires, parcours atypique et documenté de chacun des protagonistes (de la plantation au milieu de l’édition, en passant par une expédition en Alaska, un détour par la prospection d’or, pour aboutir au Japon pour une mission de haute diplomatie…) attisent l’intérêt du lecteur, quel qu’il soit !

Ne nous cachons rien en effet : je ne suis pas une amatrice de romance et pourtant je ne boude absolument pas le plaisir que j’ai eu à suivre les amours mouvementées d’Hallie Erminie et Post. Laissez-vous tenter ! Et un grand merci aux éditions Michel Lafon pour cette « révélation » !

Sarah McCoy,  Le souffle des feuilles et des promesses, Michel Lafon, 2017, ♥♥♥♥

Littérature française, Roman

Escapade familiale

Comme nous toutes, Léa Kelly est une jongleuse de la vie : femme, mère et working girl. Elle a souvent l’impression d’être un hamster dopé tournant en boucle dans sa roue. Alors que ses deux aînés pataugent dans la puberté, entre la limace neurasthénique et l’ado rebelle, elle adopte une petite fille russe. Déstabilisé, son mari se confond avec les coussins du canapé devant la télévision. En parallèle, sa collègue « préférée », adepte de la réunionite de 18 heures, convoite avec gourmandise… son job.
Entre un grand écart et une pirouette, Léa va pouvoir tester ses capacités d’équilibriste au quotidien (quatrième de couverture).

Une lecture fraîche, divertissante, amusante, au style enlevé. Célibataire sans enfant, je n’ai que peu de points communs avec le personnage féminin principal et ne me suis pas vraiment reconnue dans son quotidien. Et pourtant j’ai adoré suivre les aventures de Léa, mère, épouse et working girl, totalement dépassée dans chacun de ses rôles. Mais toujours attachante, tout comme sa petite famille haute en couleur. Avec un gros coup de cœur pour Natalia, petite tornade blonde, arrivée de sa Russie natale et bien décidée à faire le bonheur de ses parents et frère et sœur d’adoption !

Cocozenmoscou_250J’ai également apprécié que, sous le style léger et plutôt très drôle, on sente poindre une bonne dose d’ironie et un propos pas toujours aussi anodin qu’il pourrait paraître : méandres des démarches d’adoption, bouleversements liés à l’arrivée d’un enfant dans la famille, adolescence difficile, problèmes professionnels et couple à la dérive… Qui a dit qu’être femme est une sinécure ?

Je remercie très chaleureusement les éditions J’ai lu pour ce roman que je recommande comme une lecture estivale idéale à toutes les blogueuses ! De mon côté, j’ajoute immédiatement le premier opus à ma pile à lire : hâte de retrouver la famille Kelly et de poursuivre la découverte du genre…

Coco, Je reste zen ! Retour de Moscou, J’ai lu, 2017, ♥♥♥♥