Clown triste

« De mon mieux. Je ferai le clown de mon mieux.
Et peut-être ainsi je parviendrai à faire l’homme, au nom de tous. »

images«Certains témoins mentionnent qu’aux derniers jours du procès de Maurice Papon, la police a empêché un clown de rentrer dans la salle d’audience. […] L’ancien secrétaire général de la Préfecture a peut-être remarqué ce clown mais rien n’est moins sûr. Par la suite l’homme est revenu régulièrement sans son déguisement à la fin des audiences et aux plaidories. À chaque fois, il posait sur ses genoux une mallette dont il caressait le cuir tout éraflé. Un huissier se souvient de l’avoir entendu dire après que le verdict fut tombé : – Sans vérité, comment peut-il y avoir de l’espoir ?»
L’auteur dédie ce court texte lumineux, émouvant et métaphorique à la mémoire de son grand-père, ancien combattant à Verdun et de son père, ancien résistant.

Le narrateur de l’histoire déteste les clowns et plus particulièrement l’auguste dont son père endosse le costume régulièrement. Ce que l’adolescent ignore, c’est que se déguiser en clown est un «rituel expiatoire» pour son père, le résistant, qui causa involontairement avec son frère la mort d’un innocent.
Effroyables jardins
 est une sorte de mea culpa, sincère et touchant, celui d’un jeune garçon vis-à-vis de plusieurs des membres de sa famille, qu’il a mal jugés et traités à tort avec mépris. C’est aussi la révélation progressive d’un secret qui explique en grande partie l’attitude du jeune garçon, qui ignorait tout du passé de résistant de son père et de son oncle, du sacrifice et du courage de sa tante.
Michel Quint nous offre un récit bouleversant, dans un style simple et franc, qui rend hommage au courage, à l’humilité et à la pudeur de ses personnages.

Michel Quint, Effroyables Jardins, Joëlle Losfeld, 2003, ♥♥♥♥♥

Réprésentation

« M. et Mme Fang appellent ça de l’art, leurs enfants appellent ça de l’inconséquence ».

Entraînés malgré eux dans les performances et autres happenings de Caleb et Camille Fang, leurs parents, dont l’ambition est de faire de leur propre vie une œuvre d’art, Annie – surnommée « Enfant A » – et Buster – « Enfant B » –, n’ont jamais connu les joies de la normalité. Arrivés à l’âge adulte, ils comprennent que le chaos dans lequel ils ont grandi les a rendus pour le moins inadaptés à la société et au monde réel. Tandis qu’ils essaient tant bien que mal de réaliser leurs projets personnels et de trouver une forme d’équilibre, ils sont, une fois, de plus happés par la folie créatrice des deux artistes, qui, pour couronner leur carrière, ont imaginé une mise en scène dépassant de loin toutes les Wilsonfamillefang_250précédentes. Dans cette comédie tour à tour grinçante et émouvante, Kevin Wilson brosse un tableau au vitriol du milieu de l’art doublé d’une réflexion amère sur les effets qu’ont les ambitions démesurées des parents sur leurs enfants (quatrième de couverture).

Je reste très partagée à l’issue de cette lecture. J’ai parcouru le roman sans difficulté : le style est fluide, l’alternance entre flashbacks (les fameuses prouesses artistiques du couple Fang) et retours dans le quotidien des personnages est plutôt intéressante et tient en haleine. Par contre, je reste mitigée quant au propos. Une réflexion (plutôt négative) sur l’art qui ne m’a pas convaincue. La performance décrite (une série d’happenings) est probablement trop déroutante, voire absurde dans ce roman pour que la thèse de l’auteur sur les méfaits de la (cette) pratique artistique puisse être crédible.
Le discours, plus sous-jacent, sur l’éducation et l’influence des parents sur les enfants m’a davantage attirée, mais les personnages principaux ne m’ont pas été sympathiques. Je reste donc sur une impression de lecture distrayante, sans plus.

Kevin Wilson, La Famille Fang, Presses de la Cité, février 2013, ♥♥♥

C’est lundi, que lisez-vous ? #19

Séduite par l’initiative de Galleane, je me plie avec plaisir à ce petit exercice hebdomadaire dont le principe est simple. Il s’agit de répondre, en mots ou en images, aux trois questions suivantes :

Qu’ai-je lu cette semaine ?

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Un Petit Carnet rouge
Sofia Lundberg
Calmann-Lévy, 2018

À 96 ans, Doris habite seule à Stockholm. Elle n’a plus aucune famille si ce n’est une petite-nièce qui vit aux États-Unis. Son bien le plus précieux est un carnet d’adresses, qu’elle possède depuis 1928. Ce calepin rouge contient le souvenir des gens qu’elle a rencontrés au fil de son existence, et dont elle a rayé les noms à mesure qu’ils ont quitté ce monde.
De l’excentrique bourgeoise pour qui elle a travaillé enfant à l’amour de sa vie rencontré à Paris, de la veuve qui lui a appris l’anglais sur le bateau l’emmenant à New York aux plus grands couturiers français qui l’ont vue défiler, de l’artiste suédois devenu son confident à sa propre sœur, au destin douloureux, l’existence de Doris est une épopée romantique, tragique et émouvante. Une histoire de famille et de transmission merveilleuse et bouleversante.

Que suis-je en train de lire ?

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Les Mondes d’Ewilan
Pierre Bottero
Audiolib, 2018

Tandis que ses parents explorent des territoires sauvages de l’autre monde, Ewilan se retrouve prisonnière sur Terre, d’une sinistre Institution. Au cœur de ce laboratoire clandestin, la Sentinelle Eléa Ril’ Morienval fomente son retour en Gwendalavir qu’elle cherche plus que jamais à conquérir. Réduite à l’impuissance par de terribles expériences, Ewilan ne peut compter que sur le courage de Salim pour s’échapper.

Et aussi…

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Le Club Jane Austen
Karen Joy Fowler
Folio, 2007

En ce début de XXe siècle, un club singulier voit le jour en Californie. Comme d’autres jouent au bridge, cinq femmes et un homme se rencontrent régulièrement autour de l’œuvre de Jane Austen. S’ensuit une sublime chronique sur l’air du temps où la voix de la plus grande romancière anglaise vient éclairer l’éternelle tragi-comédie des sentiments, et son tourbillon de rencontres, d’épreuves, de séductions et de jeux entre l’impossible et le possible que seul peut dénouer l’amour. Car, comme vont le découvrir les membres du club, il n’est peut-être de plus belle fiction que la plus ordinaire des vies.
Avec Le club Jane Austen, aux conversations tour à tour enjouées, intelligentes et anodines, Karen Joy Fowler nous offre un roman délicat et réussi, qui célèbre le bonheur de la lecture.

Que vais-je lire ensuite ?

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La Valse des mouettes
Madeleine Mansiet-Berthaud
Presses de la cité, 2018

Une croyance populaire affirme que les mouettes sont l’âme des marins disparus en mer…
La jeune Gabrielle vit avec son père Denis, qui tient le café le Mascaret, à Meschers, village de pêcheurs de l’estuaire de la Gironde. Elle devient auxiliaire au phare de Cordouan, le « Versailles des mers », situé à sept kilomètres en mer sur le plateau de Cordouan. Même si le lieu ravive le souvenir de Léa, sa mère morte lors d’un naufrage dix ans plus tôt, elle s’y sent bien. Parfois, au-dessus de sa chambre, vient se percher une mouette à la gorge noire. Pour la jeune fille, c’est comme si cet oiseau des mers lui transmettait des messages de la disparue. Parmi les gardiens, il y a Alexis, de dix ans son aîné, dont elle tombe amoureuse. Quand la guerre est déclarée, Meschers se vide de sa jeunesse et Alexis disparaît sans plus donner de nouvelles… Sur la côte, les Allemands ordonnent la construction du mur de l’Atlantique, et l’extinction des feux de Cordouan.
Alors que les mesures contre les Juifs s’intensifient, Gabrielle s’étonne que son père Denis l’incite à rester au phare. Que craint-il donc pour elle ?
Drames, secrets, révélations sur sa mère et amours contrariées vont précipiter le destin de Gabrielle dans la tourmente et loin des siens…

Vermeil

« La vie est rarement passionnante sur le moment. Elle est juste compliquée.
Ses reliefs apparaissent avec le recul. Beaucoup plus tard. « 

Lundbergpetitcarnetrouge_250A 96 ans, Doris couche sur le papier le bilan de sa vie écoulée, et pour se souvenir des moments importants qu’elle a vécus et des personnes précieuses qu’elle a connues, elle s’appuie sur son petit carnet rouge. Un répertoire qu’elle possède depuis toujours et dont elle a raturé la plupart des noms, au fil des décès de ses proches et amis. Un exercice d’écriture et de mémoire qu’elle destine à Jenny, sa seule parente, qui l’accompagne et la soutient avec tendresse et amour, dans sa solitude de fin de vie.

Du quartier des domestiques de Stockholm aux grands magasins parisiens, où elle défile pour les plus grandes maisons de couture. De New York où elle suit son seul et unique amour, à la cabane d’un pêcheur solitaire qui lui sauve la vie après le naufrage du bateau où elle s’est embarquée clandestinement, Doris aura mené avec passion et une grande force de caractère une vie dense, à la fois belle et tragique. On s’attache, au fil des pages, à cette femme admirable pour son courage, son talent et son abnégation. On s’émeut de sa solitude de fin de vie, on s’attendrit devant sa relation sincère avec Jenny. On sent monter les larmes aux yeux quand cette dernière lui réserve la plus belle des surprises, alors qu’approche le dernier souffle.

Tendre, émouvant, merveilleusement bien écrit, ce Petit carnet rouge m’a touchée comme je ne l’ai pas été depuis longtemps et je recommande avec ardeur cette lecture qui mérite bien plus que cinq petits cœurs. Un grand merci aux éditions Calmann-Lévy à qui je dois recommandation et découverte de cet ouvrage qui, est en outre, un très bel objet, joliment illustré.

Sofia Lundberg, Un Petit Carnet rouge, Calmann-Lévy, 2018, ♥♥♥♥♥

Ces livres dont je ne parlerai (presque) pas #8

Dernier billet récapitulatif pour une longue période, je l’espère ! Maintenant que mon tout nouveau petit coin bureau est installé, j’ai les conditions idéales pour bloguer et normalement le temps pour le faire ! Encore quelques belles découvertes à partager avec vous, mais aussi une petite déception. Quoi qu’il en soit, je remercie sincèrement les éditions Belfond, Bragelonne et Préludes ainsi que Netgalley et Babelio pour leur confiance.

Daylinvitation_250Ben fête ses quarante ans et la somptueuse soirée d’anniversaire qu’il a organisée avec son épouse vire au drame. Serena est dans le coma. Martin, son meilleur ami, entendu par la police et Lucy, l’épouse de ce dernier, internée dans un hôpital psychiatrique.
Le récit remonte aux origines de l’amitié qui lie Martin et Ben pour expliquer ce qui a lentement mené à cette violente conclusion. Amitiés amoureuses et attachements factices, secrets et loyauté, fascination et abnégation, pouvoir et envie, arrogance et froideur : autant de thèmes passionnants, mais traités avec un cynisme tellement clinique que je me suis lassée.

Elizabeth Day, L’Invitation, Belfond, 2018, ♥♥

Greensecondedetrop_250Lisa perd en quelques secondes la trace de sa fille de quatre ans à l’occasion d’une partie de cache-cache. Si le thème de la disparition d’enfant n’est pas original, son traitement rend ce page-turner très efficace et captivant. Trois voix qui alternent dans un récit dynamique, un ravisseur qui se dévoile dès les premières pages et des psychologies complexes qui se dessinent tout au long d’une intrigue très bien pensée. D’un côté, la famille de la petite fille qui – une fois n’est pas coutume – fait front, plutôt que de se déchirer. De l’autre, une femme psycho-rigide, solitaire et meurtrie par la mort tragique de son seul fils. Et un lien inattendu qui se tisse progressivement entre eux…

Linda Green, Une Seconde de trop, Préludes, 2018,♥♥♥♥♥

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Autre enfant, autre disparition, autre variation sur le même thème. Et cette fois-ci, je suis moins convaincue… Pourtant, l’idée d’incriminer les parents dès le début de l’histoire et de dérouler leurs personnalités troubles et forcément coupables est plutôt bien trouvée. Pour autant, il y a trop d’invraisemblances et de rebondissements artificiels pour que le lecteur accroche. Le dénouement – un twist improbable à la limite de la mièvrerie – suffirait à le prouver. Pour autant, le thriller reste divertissant et vaudra notamment pour son analyse des incidences que peuvent avoir les réseaux sociaux sur le déroulement d’une enquête et la perception d’un crime.

Cara Hunter, Sous nos yeux, Bragelonne, 2018, ♥♥♥

C’est lundi, que lisez-vous ? #18

Séduite par l’initiative de Galleane, je me plie avec plaisir à ce petit exercice hebdomadaire dont le principe est simple. Il s’agit de répondre, en mots ou en images, aux trois questions suivantes :

Qu’ai-je lu cette semaine ?

Daylinvitation_250L’Invitation
Elizabeth Day
Belfond, 2018

Ben Fitzmaurice est devenu le meilleur ami de Martin Gilmour le jour où, dans la cour de leur très chic école, Ben, héritier d’une prestigieuse dynastie, a pris la défense de Martin, petit boursier, fils unique d’une mère célibataire sans le sou. Depuis, Ben s’est fait un nom en politique, Martin est devenu critique d’art ; Ben a épousé la très parfaite Serena, Martin vit avec la très discrète Lucy. Et Ben est toujours le meilleur ami de Martin.
Ce soir, Ben fête ses quarante ans. Tout le gratin est présent. Martin aussi. Naturellement… Le lendemain, Serena est dans le coma ; Lucy est internée. Ben est à l’hôpital ; Martin, lui, répond aux questions des policiers : que s’est-il passé durant cette soirée ? Pourquoi un tel déchaînement de violence ? Et si cette amitié en apparence parfaite cachait en réalité des sentiments bien plus troubles ?

Que suis-je en train de lire ?

Botteromondesewilan_250Les Mondes d’Ewilan
Pierre Bottero
Audiolib, 2018

Tandis que ses parents explorent des territoires sauvages de l’autre monde, Ewilan se retrouve prisonnière sur Terre, d’une sinistre Institution. Au cœur de ce laboratoire clandestin, la Sentinelle Eléa Ril’ Morienval fomente son retour en Gwendalavir qu’elle cherche plus que jamais à conquérir. Réduite à l’impuissance par de terribles expériences, Ewilan ne peut compter que sur le courage de Salim pour s’échapper.


Et si je vous montrais ma PAL pour cet été ?

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C’est lundi, que lisez-vous ? #17

Séduite par l’initiative de Galleane, je me plie avec plaisir à ce petit exercice hebdomadaire dont le principe est simple. Il s’agit de répondre, en mots ou en images, aux trois questions suivantes :

Qu’ai-je lu cette semaine ?

Huntersousnosyeux_250Sous nos yeux
Cara Hunter
Bragelonne, 2018

Quelqu’un a enlevé Daisy. Quelqu’un que vous connaissez.
Hier soir, la petite Daisy, âgée 8 ans, a disparu lors d’une fête donnée dans le jardin de ses parents. Mais personne n’a rien vu – du moins, c’est ce que tout le monde prétend.
L’inspecteur principal Adam Fawley sait d’expérience que, neuf fois sur dix, c’est un proche qui a fait le coup. Les Mason savent donc probablement qui a enlevé leur fille. Mais ils réagissent de façon étrange : la mère sauve les apparences, le père est campé sur la défensive et le petit frère ne dit pas un mot. Choc, déni ou faux-semblants ?

Et aussi…

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Une Seconde de trop
Linda Green
Préludes, 2018

Un seconde de trop et vous perdez tout. Un, deux, trois… Lisa Dale ferme les yeux et compte jusqu’à cent lors d’une partie de cache-cache avec sa fille. Lorsqu’elle les rouvre, Ella, quatre ans, a disparu. Sans laisser la moindre trace.
La police, les médias et la famille de Lisa font corps pour retrouver la fillette. Mais si leur instinct les éloignait d’Ella ? Et si le ravisseur était connu d’eux tous ?
Suspense psychologique addictif, Une seconde de trop explore la culpabilité d’une mère et le cauchemar de tout parent : la disparition d’un enfant. Numéro un des ventes dès sa parution, et acclamé par la presse, ce roman vous glacera le sang.

Que suis-je en train de lire ?

Daylinvitation_250L’Invitation
Elizabeth Day
Belfond, 2018

Ben Fitzmaurice est devenu le meilleur ami de Martin Gilmour le jour où, dans la cour de leur très chic école, Ben, héritier d’une prestigieuse dynastie, a pris la défense de Martin, petit boursier, fils unique d’une mère célibataire sans le sou. Depuis, Ben s’est fait un nom en politique, Martin est devenu critique d’art ; Ben a épousé la très parfaite Serena, Martin vit avec la très discrète Lucy. Et Ben est toujours le meilleur ami de Martin.
Ce soir, Ben fête ses quarante ans. Tout le gratin est présent. Martin aussi. Naturellement… Le lendemain, Serena est dans le coma ; Lucy est internée. Ben est à l’hôpital ; Martin, lui, répond aux questions des policiers : que s’est-il passé durant cette soirée ? Pourquoi un tel déchaînement de violence ? Et si cette amitié en apparence parfaite cachait en réalité des sentiments bien plus troubles ?

Que vais-je lire (écouter) ensuite ? 

Botteromondesewilan_250Les Mondes d’Ewilan
Pierre Bottero
Audiolib, 2018

Tandis que ses parents explorent des territoires sauvages de l’autre monde, Ewilan se retrouve prisonnière sur Terre, d’une sinistre Institution. Au cœur de ce laboratoire clandestin, la Sentinelle Eléa Ril’ Morienval fomente son retour en Gwendalavir qu’elle cherche plus que jamais à conquérir. Réduite à l’impuissance par de terribles expériences, Ewilan ne peut compter que sur le courage de Salim pour s’échapper.