Ces livres dont je ne parlerai (presque) pas #2

Il y a ces livres passionnants qui nous font nous évader du quotidien et qu’on a du mal à reposer. Mais il y a aussi ces bouquins qui deviennent un véritable pensum… Après de nombreuses années d’études de lettres, je me suis juré de ne plus jamais m’imposer une lecture ! Bref, quand je n’aime pas, je mets éventuellement de côté ou je laisse carrément tomber… Il arrive aussi que j’apprécie une lecture, mais ne trouve pas pour autant les mots pour le dire… Dans tous les cas, c’est décidé, je vous en parle quand même (un peu) !

CreasyDeux fillettes mènent l’enquête dans leur quartier après que leur voisine a disparu, tout en menant leur propre « quête spirituelle ». L’histoire est surprenante, non dénuée d’humour (anglais). Le style est agréable, la construction lente, mais habile jusqu’au dénouement, attendu, positif, peut-être trop convenu pour les amateurs de suspense et rebondissements.

Joanna Cannon, Mrs Creasy a disparu, Harper Collins, 2017, ♥♥♥

ChamanUn roman bref, épuré, d’un style d’une grande finesse qui s’avère une réflexion d’une belle densité sur le deuil, le retour aux sources amérindiennes et sur soi.
Une quête initiatique et spirituelle sur fond de nature et de mysticisme. Simplement beau.

Maxence Fermine, Chaman, Michel Lafont , 2017, ♥♥♥♥

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Un thriller dont les thèmes m’ont immédiatement attirée, quoiqu’ils deviennent un peu redondants au fil des publications : rapt d’enfants, chantage, traîtrise.
L’intrigue de qualité là, mais le style (mauvaise traduction ?) est lourd et les lenteurs ont eu raison de ma patience.

Brad Parks, Pas un mot, Mazarine, 2017, ♥♥

Je remercie sincèrement  Netgalley et les éditions Harper Collins, Lafont et Mazarine pour ces lectures !

 

Pacte avec le diable

Meurtre par procuration

Il y a trois types de journées : celles où il ne se passe rien, au point où on se demande pourquoi on s’est donné la peine de sortir du lit ; celles qui sont encombrées de complications, dont le seul but est de vous empoisonner l’existence, et puis, il y a celles où un seul événement peut faire basculer votre vie. Aujourd’hui est une journée du troisième type : spectaculaire, inattendue, aux répercussions déterminantes pour moi, pour mes amis, pour mes ennemis. Surtout pour mes ennemis. Lucifer, le saviez-vous, est une flamboyante rouquine, belle comme une madone botticellienne et gaulée comme Couturemeutres_250une danseuse du Crazy Horse. Aujourd’hui […] cette madone sulfureuse me promet la jeunesse éternelle (quatrième de couverture).

Le titre m’a fait penser à un thriller, la quatrième m’a détrompée. Peu importe, j’avais envie de lire ce roman tout simplement pour le Canada. Bon, je dois le reconnaître, le roman aurait pu se passer n’importe où et à part quelques mentions de rues montréalaises, je reste sur ma faim ! Une impression qui s’applique à toute ma lecture, d’ailleurs… 

Drôle, cynique, enlevé, le roman traite avec désinvolture un thème universel : la peur du vieillissement. Le diable, sous les traits d’une jolie rousse, s’en mêle. L’occasion d’un pacte aux allures wildiennes, d’une relecture plaisante des Écritures, d’une réflexion pas si coupable sur le meurtre par procuration. Dès le départ, je suis enthousiasmée par le ton, par les personnages haut en couleur, par la situation souvent désopilante, par les références et interprétation littéraires, artistiques, bibliques. Bref, je dévore… jusqu’à l’issue. Et là, déception : le roman se clôt sur une histoire d’amour “gentille” (pour ne pas dire mièvre), avec la bénédiction du diable !

Edith Couture Saint-André, Petits meurtres à Montréal,
Éditions des Rosiers, 2013, ♥♥♥♥

Emma-rieuse

« L’influence de la vanité sur une cervelle fragile engendre toutes sortes de désastres ».

Belle, douce, intelligente, accomplie, Emma aurait pu être une jeune femme exemplaire, si elle n’avait fait montre d’une certaine suffisance, couplée à la fâcheuse manie de jouer les entremetteuses. Et peu importe si les intéressés partagent ou non les inclinations qu’elle façonne, car Emma est avant tout une jeune femme à l’imagination débordante AustenMansfield_250qui se laisse prendre à ses propres chimères.

Insupportable ! C’est ce que j’ai pensé tout au long des deux premiers tiers de ce roman, tout en m’interrogeant, presqu’à chaque page : comment Jane Austen était-elle parvenue à créer un personnage foncièrement pénible, mais néanmoins captivant et finalement attachant ?

Je reconnais m’être rapidement prise au jeu de cette « faiseuse de couples», curieuse de connaître le résultat de ses entreprises, de découvrir celui qui ferait mentir sa décision de rester célibataire. Et, une fois encore, j’ai été séduite par la subtilité de l’analyse psychologique, la finesse de la critique de mœurs, l’intelligence et la modernité du propos.

Jane Austen, Emma, 10/18, 1996 [1815], ♥♥♥♥♥

Noël en boucle #1

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Références

Clément Clarke Moore, La Nuit avant Noël, Lito, 2017 (dès 3 ans)
Mako Taruishi, Yukiko Tanno, La Lettre du Père Noël, Ecole des Loisirs, 1991 (dès 3 ans)

Y a qu’une télé…

« La série faite à la main et au beurre d’anchois »

Je vous parle d’un temps et d’une télévision que les moins de vingt (trente ?) ans ne peuvent pas connaître. 1983 : Jacqueline Joubert (à qui on doit la découverte de Dorothée) prend le pari de diffuser à la fin de Récré A2 une série atypique « Téléchat », sorte de journal télévisé présenté par deux grosses marionnettes animées : Groucha – gros matou noir et blanc et son incontournable bras dans le plâtre – accompagné de 9791030102154l’autruche Lola. L’émission pour les enfants est une sorte d’OVNI. Décalée, intellectuelle, jouant de l’absurde, elle est une curiosité qui trouve son public !

J’ai pris beaucoup de plaisir à parcourir ce beau livre, dense, illustré, rempli d’humour qui m’a permis de replonger dans mes souvenirs d’enfance et de mieux connaître les ficelles de Téléchat. Je me rappelle avoir été très impressionnée par les gluons, ces particules élémentaires douées de pensée et surtout très loquaces. J’ai souri en retrouvant le pauvre Pubpub, égérie des produits nuls ou encore Mikmac et son énorme oreille attentive. Bref, l’adulte apprécie encore davantage l’humour sarcastique, la liberté de ton et les messages subliminaux qui se cachaient derrière cette programmation atypique. Et je crois bien que cet ouvrage m’a donné envie de me replonger dans la série : je suis un brin nostalgique de cette télévision d’autrefois, plus audacieuse. Sur ces quelques mots, je vous dis « Chalut et à demain si on veut bien » et je remercie très chaleureusement les éditions Tana pour ce magnifique volume !

Eric Van Beuren, Téléchat, Tana éditions, 2017, ♥♥♥♥♥

Le petit bonheur hebdomadaire #4

A l’initiative de Pause Earl Grey, ce rendez-vous est une invitation à partager, chaque vendredi, un petit bonheur, tout simplement. Une jolie idée qui s’inscrit plus globalement dans mon envie de positiver et de mieux profiter en pleine conscience du quotidien.

typography-1915322_960_720#attente #espoir #cematinaureveil
#encoreunpeu #commandepourceweekend #ilneigesurmonblog

Les mères ne meurent jamais

Hommage à la Femme

Avec ce roman, Patrick Banon nous entraîne en 953 avant l’ère chrétienne, dans la chambre de Bethsabée, première reine d’Israël, épouse de David et mère du roi Salomon. La Gébîra, qui se meurt, confie à Abishag, dernière et virginale compagne de David, plusieurs de ses secrets. Des souvenirs qui dessinent le portrait d’une femme volontaire, ambitieuse, parfois dangereuse, mais résolument mère.

Banonbethsabée_250C’est l’allusion indirecte à Salomé/Hérodiade, au travers de la toile de Gustave Moreau qui orne la couverture de ce roman, qui m’a convaincue de lire cet ouvrage. Et je ne regrette absolument pas ce choix un peu hasardeux qui m’a fait découvrir un genre littéraire que j’ai peu fréquenté, mais surtout un personnage féminin fascinant et un pan de la Bible qui m’étaient méconnus…

Outre l’histoire et l’intrigue qu’elle distille au fil des révélations de Bethsabée, j’ai beaucoup apprécié l’écriture de Patrick Banon, recherchée, métaphorique, poétique et fluide. J’ai également été particulièrement sensible à l’hommage à la Femme – déterminée, forte, moderne – que ce portrait romancé dévoile non sans émotion.

Patrick Banon, Bethsabée, Presses de la Renaissance, 2008, ♥♥♥♥
Gustave Moreau, Salomé dansant devant Hérode, 1876, Wikimedia commons