Littérature anglaise, Roman, Thriller/policier

Imposture

Tu sais, il faut toujours qu’elle raconte des histoires et prétende être une autre. 

Comment un jeu entre sœurs jumelles qui intervertissent banalement leurs identités peut-il mener à la déchéance de la moins chanceuse des deux. Voilà ce que nous raconte A sa place, un thriller rendu captivant par sa construction efficace (un style fluide, des chapitres courts qui alternent entre présent et passé, un mode de narration particulier et intéressant) et par la tension qu’il installe dès les premières lignes.
Morganplace_250Avec une certaine fébrilité, le lecteur n’aspire qu’à une seule chose : comprendre comment l’inversion a pu être acceptée de tous et tenter de deviner jusqu’à quels extrêmes peut mener un secret de famille trop bien gardé. Ingénieux.
Pourtant un je-ne-sais-quoi me laisse sur ma faim. Malgré l’intensité et le sérieux du thème, le propos reste un peu superficiel.  En outre, la révélation finale – ce qui justifie la trahison familiale – n’est ni un rebondissement (pourtant attendu par les lecteur du genre), ni tout à fait vraisemblable.
Un thriller divertissant et réellement prenant, mais une fin que je qualifierais d’inaboutie. Dommage… Merci aux éditions Presses de la Cité pour cette lecture !

 Ann Morgan, A sa place, Presses de la Cité, 2017, ♥♥♥

 

Littérature française, Roman, Science-Fiction/fantasy

Intelligence féline

« J’aime bien les humains, mais je ne les comprends pas toujours ».

A Montmartre vivent deux chats extraordinaires. Bastet, la narratrice qui souhaite mieux communiquer et comprendre les humains. Pythagore, chat de laboratoire qui a au sommet de son crâne une prise USB qui lui permet de se brancher sur Internet. Les deux chats vont se rencontrer, se comprendre s’aimer alors qu’autour d’eux le monde des humains ne cesse de se compliquer. A la violence des hommes Bastet veut opposer la spiritualité des chats. Mais pour Pythagore il est peut-être déjà trop tard et les chats doivent se préparer à prendre la relève de la civilisation humaine (quatrième de couverture).

Werberdemainchats_250Un roman d’anticipation qui m’a beaucoup intriguée même si l’ensemble me laisse un peu sur ma faim ! L’intrigue se situe dans un futur proche, mais peu enviable, sur fond de terrorisme et de guerre. Les humains y apparaissent violents ou lâches, arrogants et manipulateurs, dépassés par les événements. Pour sauver ce monde en péril, deux chats singuliers, rusés et au caractère bien trempé, qui réfléchissent plus et mieux que les hommes. Et qui sont surtout capables de fédérer les leurs pour vaincre l’ennemi dévastateur. J’ai apprécié le récit – somme toute un peu simple -, les références à l’Histoire féline – parfois un trop encyclopédiques – et ai été plutôt remuée par la vision peu optimiste que Werber nous donne de l’avenir. J’ai été très amusée par la personnalité des héros félins de cette aventure, décrite avec beaucoup d’humour et démontrant une connaissance avérée des chats. Jusqu’au bout des vibrisses !
Néanmoins, j’émets une petite réserve sur le style, avec pour impression finale celle d’un roman un peu superficiel. Je recommande donc… mais surtout aux inconditionnels des chats !

Bernard Werber, Demain les chats, Albin Michel, 2016, ♥♥♥

Littérature française, Roman, Thriller/policier

Décision familiale

Henri Lethuillier, ancien employé de la Compagnie du gaz et auteur de guides pratiques à succès, semble mener une vie de retraité aussi paisible que confortable. Pourtant, à l’occasion de l’une de ses promenades coutumières, il est enlevé et séquestré.
Les auteurs de ce kidnapping, commandité par son épouse, ne sont autres que ses propres enfants. Un enlèvement dont ils espèrent tous qu’il permettra à Henri de réfléchir sur lui-même et de répondre de ses actes. Sous les apparences du bon époux et du père de famille dévoué se cache en effet un être odieux, qu’ils ne peuvent plus souffrir.

kidnappingKidnapping n’est pas un thrilleur haletant, l’intrigue est d’ailleurs assez mince, sans grand rebondissement, à l’exception d’une fin assez inattendue. Ce roman est avant tout un portrait psychologique d’une grande finesse, écrit avec simplicité, pudeur mais sans état d’âme. Foncièrement manipulateur et obsessionnel, Henri est en effet l’illustration du pervers narcissique, qui sous couvert de supériorité intellectuelle et de bon sens, de bienveillance et de grands espoirs pour ses enfants, fait vivre un enfer quotidien aux siens. Une famille qui tente, une ultime fois, de le faire revenir à de meilleurs sentiments, mais surtout à la raison. Car c’est bien la folie qui guette ce père trop aimant, finalement abandonné de tous ou presque.

Maryline Gautier, Kidnapping, Éditions de la Différence, 2015, ♥♥♥♥

Autobiographie, Littérature française, Roman

Écrits d’amour

« Ta hantise est de mourir sans avoir vécu, sans avoir pu apaiser ta soif, sans avoir rencontré ce que tu ne saurais dire mais qui te fait si douloureusement défaut. » 

Dans ce récit autobiographique, l’auteur rend hommage à ses deux mères. La première, “l’esseulée, l’étouffée, la jetée-dans-la fosse” est celle qui lui a donné le jour, mais qui n’a pu l’élever, internée un mois après sa naissance et décédée tragiquement quelques années plus tard. Une femme sensible, trop intelligente, qui a souffert d’être incomprise des siens. Une femme qui n’a pas réussi à se remettre de son premier amour et n’a pas trouvé la force de s’extraire d’une solitude dévastatrice. La seconde, c’est “la vaillante, la valeureuse, la toute-donnée”, une paysanne fruste, dévouée, généreuse, qui a recueilli l’enfant de la précédente et l’a élevé avec amour. Et, pour conclure ce double portrait bouleversant, le témoignage de ce fils : un adulte en quête de son identité et de l’apaisement de ses doutes, un écrivain en devenir qui trouve dans les mots la force de surmonter son passé.

Julietlambeaux_250Lambeaux est un cri de détresse, d’amour, d’espoir qui ne peut laisser indifférent, tant il est sincère et profond. 
J’ai été emportée par ce récit tout en pudeur qui permet à l’auteur d’expliquer sa vocation, le pouvoir thérapeutique de ses écrits et, surtout, d’exprimer tout son amour pour ses deux mères.
Une mention spéciale au profond respect que cet auteur témoigne aux mots, à l’écriture, aux écrivains qui l’inspirent et qui transparaît dans un style travaillé avec soin et subtilité. Il en résulte un texte tout aussi éloquent par son écriture que par le message qu’il délivre.

Charles Juliet, Lambeaux, Gallimard, 1995, ♥♥♥♥♥

Littérature américaine, Roman

Proximité

« Rien dans la jeunesse n’était juste : les jeunes n’avaient rien fait pour la mériter,
les vieux n’avaient rien fait pour la perdre ».

Dans cette rue-là, certains enfants ont deux mamans, des cheveux violet, le droit de fumer des joints sans se cacher. Dans cette rue-là, des couples de quadra vivent encore des droits d’auteur d’un tube écrit à quatre mains pour une icône rock suicidée qui fut leur camarade et plus si affinités. Dans cette rue-là, des amitiés se bonifient depuis l’université. Car cette rue-là se trouve au cœur du plus trépidant quartier de New York : Brooklyn. Et des trépidations, il y en a, au cours de ce fol été que traversent Elizabeth, Andrew et leur ado prodige, Harry, mais aussi Jane, sa femme Zoe et leur explosive Ruby, née d’un don de sperme. Au programme : crise de fin d’ado et crise de la quarantaine, crise de couple et crise existentielle, crise de larmes et crise de fous rires ! (quatrième de couverture)

9782258137646Si je ne devais vous conseiller qu’un seul livre à dévorer pendant vos vacances, ce serait celui-ci ! Modern Lovers, c’est d’abord un savant mélange de simplicité et de foisonnement. Il y est question de voisins de longue date et de familles bienveillantes. De couples à la dérive, d’adultes en devenir, d’amours finissantes ou débutantes – et aussi complexes dans les deux cas. D’évasion aussi, dans la gastronomie, la musique ou le yoga. De nostalgie pour une vie étudiante et feu son groupe de musique. De bobos du quotidien et de craintes pour l’avenir. De projets en quantité : études, film, cuisine, déménagement…

Modern Lovers, c’est aussi un roman feel-good (j’en deviens une adepte !) : des personnages attachants dans leurs petits et grands travers. Des problèmes et des déceptions qui nous touchent – de près ou de loin. Des espoirs et des petits et grands bonheurs en guise de conclusion heureuse. Beaucoup d’humour et un brin de cynisme aussi. Et surtout une bonne dose d’amitié, de celle indispensable et si précieuse, qui permet de surmonter les coups durs.
Percutant et irrésistible ! Merci vraiment aux éditions Presses de la Cité qui m’ont invitée à découvrir cet ouvrage, à l’occasion d’un envoi impromptu !

Emma Straub, Modern Lovers, Presses de la Cité, 2017, ♥♥♥♥♥

Littérature américaine, Roman, Thriller/policier

Lignées dévoyées

« Soit nous fuyons, soit nous mourons».

Tout le monde admire les filles Roanoke. Elles sont belles, jeunes, riches et vivent avec leurs grands-parents au milieu du Kansas, dans un immense domaine noyé de soleil. Leur vie semble si douce… Pourtant Camilla, Penelope, Eleanor, toutes les filles de la lignée ont connu des fins tragiques. Il y a quelque chose de pourri au royaume des Roanoke.

Engelfillesroanoke_250Le secret et ses conséquences est un thème en vogue, au centre de nombreux thrillers et qui, généralement m’attire beaucoup. La quatrième de couverture des Filles de Roanoke (sans parler de la couverture !) était donc des plus séduisantes et cette lecture me réjouissait. Pourtant, la dernière page tournée et bien que ce thriller soit plutôt une réussite – notamment l’atmosphère singulière de Roanoke – j’en garderai un souvenir mitigé. Sans vouloir en révéler trop aux futurs lecteurs, ce roman traite de l’inceste, sur plusieurs générations (secret révélé assez tôt dans le récit, le spoiler est donc très relatif). Un sujet délicat, sensible et évoqué avec sérieux et pudeur par la romancière. Malgré tout, j’ai été gênée, voire révoltée, par cette histoire de famille sordide, par l’extrémité de la situation, et par la complaisance de certains des personnages. Un sentiment de malaise qui est peut-être voulu par l’auteur : son roman a le mérite de ne pas laisser indifférent. Curieuse donc de votre ressenti…

Je remercie les éditions Autrement et Babelio pour ce roman lu dans le cadre de l’opération Masse Critique.

Amy Engel, Les Filles de Roanoke, Autrement, 2017, ♥♥♥ ou ♥♥♥♥

Littérature française, Roman

Chantons sous la pluie

« C’est quand on est à l’apogée du malheur que l’on apprécie le plus le bonheur […]
Ça signifie que, quelle que soit la situation le positif est là pour ceux qui savent le voir.
Une fois qu’on le sait, tout a plus de saveur ». 

« Je ne t’aime plus. » Il aura suffi de cinq mots pour que l’univers de Pauline bascule. Installée avec son fils de quatre ans chez ses parents, elle laisse les jours s’écouler en attendant que la douleur s’estompe. Jusqu’au jour où elle décide de reprendre sa vie en main.
Si les sentiments de Ben se sont évanouis, il suffit de les ranimer. Chaque jour, elle va donc lui écrire un souvenir de leur histoire. Mais cette plongée dans le passé peut faire resurgir les secrets les plus enfouis.
Avec une extrême sensibilité et beaucoup d’humour, Virginie Grimaldi parvient à faire revivre des instantanés de vie et d’amour et nous fait passer du rire aux larmes. Une histoire universelle (quatrième de couverture).

Grimaldiparfumbonheurpluie_250Un roman comme j’en lis peu, mais dont j’apprécie de plus en plus le style « feel good » et les leçons qu’il délivre mine de rien. Avec Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie (j’adore ce tire – un peu moins la couverture), je découvre également la plume de Virginie Grimaldi et ne compte pas m’arrêter en si bon chemin. Dans ce pavé de presque 500 pages – qui n’a pas été sans m’effrayer un peu quand il m’a été envoyé par les éditions Fayard – j’ai tout aimé. La plume : simple, efficace, fluide. L’histoire : touchante, captivante, amusante parfois, jamais larmoyante. Le message : positif, encourageant, malgré les épreuves et avec beaucoup de réalisme. Les questions, universelles : comment surmonter une rupture, un deuil, la perte d’un enfant ? Comment reprendre pied, réapprendre à être heureux ?

Un coup de cœur, vous l’aurez compris, et mes remerciements vont à Faelys dont les mots m’ont donné l’envie de lire ce roman et aux éditions Fayard qui m’ont permis de le faire dans le cadre de notre partenariat.

Virginie Grimaldi, Le Parfum du bonheur est plus fort sous la pluie,
Fayard, 2017, ♥♥♥♥♥