Ces livres dont je ne parlerai (presque) pas

Il y a ces livres passionnants qui nous font nous évader du quotidien et qu’on a du mal à reposer. Mais il y a aussi ces bouquins qui deviennent un véritable pensum… Après de nombreuses années d’études de lettres, je me suis juré de ne plus jamais m’imposer une lecture ! Bref, quand je n’aime pas, je mets éventuellement de côté ou je laisse carrément tomber… Il arrive aussi que j’apprécie une lecture, mais ne trouve pas pour autant les mots pour le dire… Dans tous les cas, c’est décidé, je vous en parle quand même (un peu) !

3C’est pour sa forme que j’ai choisi de lire ce thriller. J’aimais vraiment  l’idée d’un récit hétérogène, construit au fil de témoignages et récits sous formes diverses : échange de lettres, extraits de blog, émotions twittées, histoires facebookées… Me voilà toutefois à la moitié de l’ouvrage : et si la forme me séduit toujours, le fond m’ennuie… J’abandonne… temporairement ?

T.R. Richmond, Ce qu’il reste d’Alice, Lgf-Lévy, 2016,

2Alice s’absente et, à son retour, ne reconnaît pas l’enfant qui se trouve dans le berceau. Alors que tous s’inquiètent de sa fragilité mentale, Alice se doit de convaincre la police si elle veut retrouver Fanny. Si j’ai apprécié l’histoire et le portrait d’une famille machiavélique, me laisse perplexe la nécessité d’un chapitre “explicatif “ pour donner sens à une issue improbable.

Sophie Hannah, Pas de berceuse pour Fanny, Lgf, 2010, ♥♥♥

8Les critiques étaient attirantes : histoires inventives, humour anglais, Agatha Christie en puissance…. Je me suis donc plongée dans le dernier opus. Et… déception : une intrigue sans consistance, des personnages caricaturaux, un dénouement sans surprise et des passages qu’on croirait tirés d’un guide touristique.

M.C. Beaton, Agatha Raisin enquête. Vacances tous risques, Albin Michel, 2017, ♥♥♥

Douleur maternelle

« Elle était bel et bien en train de subir la pire chose qui puisse arriver à un parent. La pire de toutes. ».

Trois enfants enlevés dans une même localité. Une enquête pour rapt qui piétine. Et pour Helen et Sean, la preuve que cela n’arrive pas qu’aux autres. Alors qu’ils en ont confié la garde à leur fille adolescente, leur petite Frankie de 3 ans disparaît à son tour, enlevée dans son lit.
L’inspecteur principal Patrick Lennon sait qu’il a peu de temps pour retrouver le ravisseur de ces quatre victimes, d’autant qu’un des enfants est retrouvé mort dans un camp de nomades. Mais les coupables ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Et Patrick Lennon le sait, l’amour qu’une mère porte à son enfant ne l’empêche pas toujours de commettre l’irréparable…

Quatre mains pour un thriller efficace et haletant.

Heureusement que je ne me suis pas fiée à ma première impression, due au titre (français) de ce thriller (que je continue à trouver peu convaincant, même si je ne suis pas bien plus inspirée !). Parce que celui-ci mis à part, je n’ai absolument rien à reprocher à ce roman écrit à quatre (talentueuses) mains !
Tout y est réuni pour en faire une lecture prenante : page-turner aux chapitres courts et aux voix multiples, intrigue efficace et rebondissements pluriels bienvenus, analyse psychologique fine des personnages – pour certains bien plus complexes et impliqués qu’il n’y paraît, toutes générations et relations familiales confondues.
Ce qui fait le petit plus de ce thriller et contribue à mon coup de cœur, c’est le traitement de son thème – somme toute plutôt convenu – mais envisagé ici avec une certaine originalité, dans le fait notamment que l’inspecteur Lennon soit indirectement et personnellement concerné. Et de fait, persévérant, humain, et particulièrement attachant.
Je n’en dirai pas plus… lisez-le ! De mon côté, j’attends la suite de cette série prometteuse avec impatience et remercie les éditions AmazonCrossing (via Netgalley) pour cette lecture idéale en cette fin d’été.

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Le Berceau de la peur

Louise Voss & Mark Edwards

AmazonCrossing
2017
♥♥♥♥♥

La première enfant a été enlevée chez elle.
Le deuxième, dans la voiture de sa mère.
Et la troisième, dans sa propre chambre à coucher…
Lorsqu’un soir, Helen et Sean Phillips sortent en laissant leur fille aînée de 15 ans garder sa petite sœur Frankie, ils ignorent qu’ils s’apprêtent à vivre le pire cauchemar de tous les parents.

Prescience

Inconditionnels (comme moi !) de Linwood Barclay, ce roman pourrait vous laisser un peu sur votre faim ! Bien qu’on y retrouve plusieurs des ingrédients qui font la saveur de son écriture (retournements de situations et autres péripéties, touches d’humour, écriture fluide et intrigue prenante), Celle qui en savait trop n’a malheureusement pas la consistance (200 petites pages !) des précédents romans. Si, malgré tout, je recommande cette lecture qui reste divertissante et subtile, je conseillerais plutôt à ceux qui voudraient découvrir la plume de Barclay de se pencher vers ses autres thrillers, plus haletants et plus riches.

Un thriller captivant, l’humour en prime.

Keisha Ceylon, « Médium, chercheuse d’âme perdues » comme l’indique sa carte de visite, n’est pas une inconnue pour les lecteurs de Barclay puisqu’elle a déjà fait une brève apparition dans Cette Nuit-là. La jeune femme, prétendument douée de visions, approche des personnes fragilisées – en quête notamment d’un parent disparu – proposant de faire avancer leurs recherches ou de favoriser leurs contacts avec l’au-delà. Moyennant finance, cela va de soit.

C’est néanmoins en cherchant à escroquer Wendell Garfield, sous le coup de la disparition inexpliquée de son épouse, que Keisha a pour la première fois une intuition qui s’avère proche de la vérité… Une révélation qui la met aussi en grand danger, tour à tour victime d’un meurtrier et coupable d’un assassinat.
Telle est prise qui croyait prendre ? Ce serait mal apprécier les capacités de la voyante, aussi retorse que dangereuse. Et celles de Barclay à dérouter son lecteur au fil des rebondissements !

Celle-qui-en-savait-trop
Celle qui en savait trop

Linwood Barclay
J’ai Lu policier
2016
♥♥♥♥
Pour arrondir ses fins de mois, Keisha Ceylon a eu LA bonne idée : troquer ses balais de femme de ménage contre une boule de cristal. Entre thème astral et marc de café, elle s’est fait une spécialité : faits divers et disparitions. Cinq mille dollars contre l’espoir de retrouver un être cher : certaines familles sont prêtes à tout. Et justement, Wendell Garfield est sans nouvelles de sa femme Ellie, volatilisée à la sortie du supermarché une semaine plus tôt. Aucun indice, la police piétine. La presse est en émoi. Wendell et sa fille sont affolés : l’heure est idéale pour l’arnaqueuse qui se prépare à livrer sa plus belle, sa plus troublante, sa plus dangereuse vision… Car, sans le savoir, la fausse voyante vient de frôler de très près une vérité meurtrière. Et de réveiller les instincts d’un tueur en liberté…

Cécité

Un jeu de survie dans une nature sauvage, des candidats castés et stéréotypés, des épreuves physiques et psychologiques vécues en équipe, suivies d’une course d’orientation en solitaire, le tout sous l’œil avide des téléspectateurs. Parmi les survivantes de cette aventure : Zoo qui a le profil de la potentielle gagnante : télégénique, rusée, sympathique, persévérante et ambitieuse. Tellement engagée dans son épreuve finale qu’elle en « zappe » la dramatique épidémie qui s’abat soudainement sur l’Amérique.

Ad tenebras dedi.

Pour elle, tout reste un jeu. Les cadavres victimes d’une peste foudroyante qui jonchent son parcours ? Des mannequins particulièrement ressemblants. Les paysages et villes subitement désertés qu’elle traverse ? Des habitants rémunérés par la production pour quitter temporairement leur foyer. Des coyotes affamés qui attaquent les rares rescapés ? Une animatronique – elle en a aperçu les mécanismes et la bourre quand elle s’est battu contre elle ! L’enfant miraculeusement épargné qui s’accroche à elle comme à une bouée ? Un cameraman travesti en adolescent qui l’empêche de mener à bien son aventure. Un aveuglement pathologique et pathétique dont ce thriller particulièrement habile sonde les causes profondes, en plus de proposer une peinture acerbe de la téléréalité et une réflexion sur les limites de la survie et de l’orgueil.
J’ai été captivée ! Et malgré une fin étrangement ouverte qui m’a laissée plus qu’affamée, je recommande vivement. Merci aux éditions Kero pour cette lecture haletante et palpitante, très appréciée.

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Jusqu’au bout

Alexandra Oliva
Kero
2017
♥♥♥♥

Elle croyait participer à un jeu. Elle ne pensait pas que ça irait aussi loin… Ils sont douze à participer à un challenge de survie en pleine nature sauvage, dans un coin reculé de la côte est des États-Unis. Tous ont été prévenus : ils seront mis à l’épreuve jusqu’aux limites du supportable. La faim, la solitude, l’épuisement physique et psychologique… Mais au fur et à mesure que Zoo, l’une des candidates, avance dans son périple, le doute s’insinue dans son esprit. Ces villages déserts, ces pièges de plus en plus vicieux, ces accessoires d’un réalisme déroutant : s’agit-il vraiment d’une mise en scène parfaite ? Que se passe-t-il loin du regard des caméras ? Découvrir la vérité ne sera que le début du défi qui attend Zoo…

Meurtre au pensionnat

Montréal, Noël 1920. Les élèves d’un pensionnat se réveillent en sursaut au beau milieu de la nuit. On a poussé un cri effroyable. La sœur économe a été attaquée dans son sommeil : un fantôme aurait tenté de l’étrangler. La supérieure confie alors l’enquête à son élève la plus douée : sa petite-nièce, Vipérine Maltais,  une fameuse détective en herbe !
Je dois avouer que j’ai abordé la lecture de ce roman dans de très bonnes dispositions : couverture (avec neige) et illustrations attrayantes de Gianni De Conno, présentation soignée de cette collection et surtout thématique du pensionnat conjointe à l’ambiance québécoise… Et je n’ai pas été déçue.

Une initiation de qualité au roman policier.

Particulièrement bien écrit, ce roman jeunesse propose une petite enquête bien menée, facile à comprendre sans être pour autant simpliste. Si le coupable est aisément identifiable (par l’adulte), les « Mortels Noëls » que Vipérine doit élucider reposent sur un fond culturel et littéraire riche et inattendu.
Il peut donc constituer une initiation de qualité au roman policier. Quant au personnage principal, il est immédiatement sympathique au lecteur pour son impertinence facétieuse et son intelligence, qui ferait presque oublier le manque de crédibilité (pour l’adulte) d’une Sherlock Holmes de 13 ans…
Seul petit bémol (vraiment tout petit) – que la lecture des autres volumes de la série infirmera peut-être – j’aurais aimé en apprendre davantage sur la vie des couventines de ce pensionnat montréalais, trop effacée, à mon goût, derrière l’énigme  policière…

Brienmortels_250Mortels Noëls
Sylvie Brien
Gallimard Jeunesse
2004
♥♥♥♥

Panique au pensionnat ! En ce froid Noël 1920, la sœur économe a été attaquée dans son sommeil par un fantôme. Canular ? Hallucination ? Tentative d’assassinat ? L’élève Vipérine Maltais est chargée par la mère supérieure (qui est aussi sa grand-tante) de résoudre une énigme que la police ne saurait prendre au sérieux… Mais attention, Vipérine : les Noëls sont parfois mortels à Montréal ! Malgré son jeune âge, l’adolescente mène l’enquête. Bien décidée à découvrir ce que chacun s’efforce de cacher, elle comprend bientôt que l’attaque perpétrée contre la sœur économe, femme acariâtre que tout le monde déteste, est sans doute liée à une affaire plus ancienne : la mort d’une famille entière, un soir de Noël 1895, dont le seul rescapé, devenu notaire, gère les fonds du pensionnat… Avec ténacité et clairvoyance, notre détective en jupon dénoue l’écheveau, dévoile d’encombrants secrets et confond les coupables : de simples bougies toxiques et le poids du passé.

Versatile

Pourquoi faut-il lire Les Mystères d’Avebury ?

Pour son intrigue captivante (un kidnapping non résolu) qui se double d’un contexte historique pertinent et riche, sans jamais être pesant (Junius, le sujet de thèse du personnage principal). Passionnant !

Pour David Umber (un témoin, finalement plus concerné qu’il ne le pense), protagoniste doté d’une vraie psychologie et d’une grande sensibilité. Pas d’atermoiements, de vrais états d’âmes, un brin de cynisme  et une grande ténacité. Touchant !

Pour les méandres de ce roman, aux allures de jeu de piste. Tout comme le personnage principal –  figure de l’antihéros par excellence – le lecteur est confronté à une enquête pleine de rebondissements (un peu trop pour être crédibles ?). Indices historico-littéraires semés à tout vent, voyages et lieux empreints de mystère, fausses pistes, voltefaces et témoignages sujets à caution…  Prenant !

Un jeu de piste pertinent.

Et si je frôle seulement le coup de cœur, c’est en raison de quelques longueurs, coïncidences et ficelles un peu grosses. Ce petit bémol mis à part, je recommande vivement ce thriller et remercie les éditions Sonatine et Netgalley pour cette lecture très appréciée.

CVT_Les-mysteres-dAvebury_5198Été 1981. Un mystérieux correspondant a donné rendez-vous dans un petit village du Wiltshire à David Umber, un jeune étudiant, pour lui transmettre des informations inédites sur le sujet de sa thèse. Alors qu’il l’attend, David est témoin d’un fait divers qui va bouleverser son existence. Trois jeunes enfants qui se promenaient avec leur baby-sitter sont victimes d’une terrible agression. Un homme kidnappe Tasmin, deux ans, et s’enfuit à bord de son van. Alors qu’elle essaye de s’interposer, la petite Miranda, sept ans, est percutée par le véhicule. Tout se passe en quelques secondes. David, comme les deux autres témoins de la scène, n’a pas le temps de réagir. À peine peuvent-ils donner une vague description de l’agresseur. Printemps 2004, Prague. Après une histoire d’amour avortée avec la baby-sitter des enfants, David, qui a tout quitté pour refaire sa vie, est contacté par l’inspecteur Sharp, chargé à l’époque de l’enquête. Sharp lui demande de l’accompagner en Angleterre pour essayer de faire enfin la lumière sur la disparition de Tasmin. Littéralement hantés par cette affaire, les deux hommes reprennent un à un tous les faits. Bientôt, de nouvelles questions se posent sur la configuration des lieux, sur la présence des témoins, sur la personnalité des victimes. Le drame cache encore bien des secrets et ce nouvel éclairage risque fort d’être meurtrier.
Robert Goddard, Les Mystères d’Avebury, Sonatine, 2017, ♥♥♥♥

 

Imposture

Tu sais, il faut toujours qu’elle raconte des histoires et prétende être une autre. 

Comment un jeu entre sœurs jumelles qui intervertissent banalement leurs identités peut-il mener à la déchéance de la moins chanceuse des deux. Voilà ce que nous raconte A sa place, un thriller rendu captivant par sa construction efficace (un style fluide, des chapitres courts qui alternent entre présent et passé, un mode de narration particulier et intéressant) et par la tension qu’il installe dès les premières lignes.
Morganplace_250Avec une certaine fébrilité, le lecteur n’aspire qu’à une seule chose : comprendre comment l’inversion a pu être acceptée de tous et tenter de deviner jusqu’à quels extrêmes peut mener un secret de famille trop bien gardé. Ingénieux.
Pourtant un je-ne-sais-quoi me laisse sur ma faim. Malgré l’intensité et le sérieux du thème, le propos reste un peu superficiel.  En outre, la révélation finale – ce qui justifie la trahison familiale – n’est ni un rebondissement (pourtant attendu par les lecteur du genre), ni tout à fait vraisemblable.
Un thriller divertissant et réellement prenant, mais une fin que je qualifierais d’inaboutie. Dommage… Merci aux éditions Presses de la Cité pour cette lecture !

 Ann Morgan, A sa place, Presses de la Cité, 2017, ♥♥♥