Le prix de l’immortalité

« Mon nom est Anna et je ne devrais pas être là. Je ne devrais pas exister. Pourtant j’existe ».

Royaume-Uni, 2140. Un traitement contre la vieillesse et la maladie permet à la population du globe de ne plus mourir. Cette longévité a cependant une contrepartie : les femmes doivent renoncer à donner naissance à un enfant.
Anna est le fruit d’un manquement à cette loi. C’est la raison pour laquelle elle vit recluse dans le pensionnat de Grange Hall, établissement dévolu à l’éducation des enfants nés illégalement. Maltraités, humiliés, endoctrinés, les Surplus doivent y apprendre l’obéissance et la servitude et c’est ainsi qu’Anna s’évertue, chaque jour, à devenir un bon Élément. Toutefois, l’arrivée du Surplus Peter, qui prétend connaître l’histoire et les Malleyparents d’Anna, va peu à peu brouiller les certitudes de la jeune fille.

C’est la couverture de ce roman qui a attiré mon œil, avant que la quatrième ne confirme l’envie de découvrir une histoire et surtout de mieux cerner un genre. Les récits d’anticipation attisent ma curiosité, même si j’en lis relativement peu. J’ai apprécié celui-ci qui, dans une écriture fluide destinée (mais absolument pas réservée) aux adolescents, propose une histoire riche et une réflexion plurielle. Vieillesse/jeunesse, liberté/endoctrinement, écologie ou encore renouvellement des générations, maternité et émancipation : autant de thématiques qui ne laissent pas le lecteur indifférent. Il en va de même de l’émotion qui imprègne l’histoire et rend les personnages résolument attachants, sans pour autant que le roman ne verse dans le manichéisme ou le misérabilisme.

A noter que la série comporte une suite en deux volumes. Qui l’aurait lue ?

Gemma Malley, La Déclaration, Naïve, 2007, ♥♥♥♥♥

Ces livres dont je ne parlerai (presque) pas #4

Depuis décembre, je lis plus de livres que je ne prends le temps d’en chroniquer ! Et la période des fêtes (avec de nombreux ouvrages sous mon sapin, j’ai une famille adorable) n’a pas inversé la tendance. Il était donc temps que je rattrape (un peu) le temps perdu :  avec 3 lectures dans ce billet… et la suite bientôt ! En attendant, je remercie les éditions Folio et J’ai lu pour leurs fidèles envois !

7ejourUne fois dépassé le style déroutant de l’auteur (assez proustien !), Au commencement du 7e jour s’avère un pavé (de trois histoires en une) passionnant, haletant et d’une grande profondeur. Camille est victime d’un accident de voiture en un lieu où elle ne devait pas être. Alors que dure son coma, Thomas son époux, cherche à comprendre. Une quête existentielle qui le transporte dans son propre passé et le mènera jusqu’en Afrique, pour mieux connaître Camille, pour apprendre à se connaître lui-même. Érudit et prenant.

Luc Lang, Au commencement du 7e jour, Folio, 2017, ♥♥♥♥

SoupermaléficesFan de Lanfeust et autres Trolls, ne passez surtout pas votre chemin ! Vous trouverez dans ce roman tout ce qui fait le génie d’Arleston : des personnages atypiques (une espionne caméléon et un cuisinier pathétiquement amoureux) sympathiques et attachants dans un monde d’une grande « fantasy ».
Le tout saupoudré d’une bonne dose d’humour. L’imagination fertile de l’auteur fait oublier les quelques faiblesses de l’intrigue et on passe un très bon moment.

Christophe Arleston, Le Souper des Maléfices, J’ai lu, 2017, ♥♥♥

Coehloadultère_250Ce roman est le livre voyageur de Ninon et, malgré tout mon enthousiasme pour cette belle idée (à refaire, sans hésitation), je dois reconnaître que l’histoire de Paulo Coelho (dont j’apprécie la plume) n’a pas réussi à m’emporter.
Lent, sans réelle consistance, Adultère met en scène une femme qui s’engage dans une liaison impossible pour palier mal-être et ennui. Je n’ai aucune sympathie pour le personnage. Je me perds dans ses réflexions. Et je m’ennuie à mon tour.

Paulo Coelho, Adultère, J’ai lu, 2015, ♥♥

Cerveaux

« Les faux-fuyants valaient mieux que les mensonges ».

Les années 80 voient survenir un bouleversement inattendu avec la naissance d’enfants présentant des capacités exceptionnelles. Ces dons font d’eux des Brillants, bientôt jalousés et vus comme potentiellement dangereux par la population dominante des Normaux. Nick Cooper, quoique Brillant, a choisi une carrière d’agent fédéral parmi les Normaux et de mettre son don au service de la traque de surdoués devenus terroristes. SakeybrillantsMais lorsque des attentats sanglants sont perpétrés, que la guerre civile guette, que ses efforts pour traquer les « Tordus » restent vains et que sa famille est directement concernée, Nick doit revoir ses certitudes.

Honnêtement, je n’avais pas très envie de me plonger dans ce roman, la dystopie n’étant pas ma tasse de thé. Et bien j’ai eu tort. Ce thriller est très réussi, avec une intrigue prenante, rondement menée et bien plus édifiante qu’il n’y paraît ! Totalement subversif, le roman interroge notre société, nos valeurs, nos convictions. Sous couvert de SF, il aborde des questions sérieuses et bien de notre siècle : racisme, différence, terrorisme, politique, embrigadement et pouvoir… Finalement, j’en redemande et le tome 2 de cette trilogie est déjà sur ma table de nuit…

Marcus Sakey, Les Brillants, Folio, 2016, ♥♥♥♥

Intelligence féline

« J’aime bien les humains, mais je ne les comprends pas toujours ».

A Montmartre vivent deux chats extraordinaires. Bastet, la narratrice qui souhaite mieux communiquer et comprendre les humains. Pythagore, chat de laboratoire qui a au sommet de son crâne une prise USB qui lui permet de se brancher sur Internet. Les deux chats vont se rencontrer, se comprendre s’aimer alors qu’autour d’eux le monde des humains ne cesse de se compliquer. A la violence des hommes Bastet veut opposer la spiritualité des chats. Mais pour Pythagore il est peut-être déjà trop tard et les chats doivent se préparer à prendre la relève de la civilisation humaine (quatrième de couverture).

Werberdemainchats_250Un roman d’anticipation qui m’a beaucoup intriguée même si l’ensemble me laisse un peu sur ma faim ! L’intrigue se situe dans un futur proche, mais peu enviable, sur fond de terrorisme et de guerre. Les humains y apparaissent violents ou lâches, arrogants et manipulateurs, dépassés par les événements. Pour sauver ce monde en péril, deux chats singuliers, rusés et au caractère bien trempé, qui réfléchissent plus et mieux que les hommes. Et qui sont surtout capables de fédérer les leurs pour vaincre l’ennemi dévastateur. J’ai apprécié le récit – somme toute un peu simple -, les références à l’Histoire féline – parfois un trop encyclopédiques – et ai été plutôt remuée par la vision peu optimiste que Werber nous donne de l’avenir. J’ai été très amusée par la personnalité des héros félins de cette aventure, décrite avec beaucoup d’humour et démontrant une connaissance avérée des chats. Jusqu’au bout des vibrisses !
Néanmoins, j’émets une petite réserve sur le style, avec pour impression finale celle d’un roman un peu superficiel. Je recommande donc… mais surtout aux inconditionnels des chats !

Bernard Werber, Demain les chats, Albin Michel, 2016, ♥♥♥

Au Paris des Merveilles

« La vie est une tragédie dont il est permis de rire […] ».

Rappelez-vous ce que vous connaissez du Paris du XXème siècle, celui de la belle Époque, des grands Boulevards haussmanniens, de l’Art Nouveau, de l’électricité et des premières automobiles. Ajoutez-y une touche de magie, des fées, des licornes, des trolls et des mages qui circulent librement dans la capitale. Acceptez également l’existence d’un OutreMonde aux frontières de ce Paris des Merveilles et vous vous sentirez parfaitement heureux dans le monde magique créé par Pierre Pevel.

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Là, suivez-y les aventures de Louis Denizart Hippolyte Griffont, mage du cercle Cyan et de la charmante Isabel de Saint-Gil, son épouse. Une fée bannie de l’OutreMonde, mais aussi espionne cambrioleuse à ses heures perdues. Éclaircissez à leurs côtés un meurtre sanglant lié à un trafic d’objets enchantés. Décryptez l’énigme de l’ouvrage que vous avez emprunté à la Bibliothèque Royale d’Ambremer. Combattez les gargouilles, rapportez la licorne de cristal, terrassez la Reine Noire. Conservez enfin une paix relative entre les Dragons, les Licornes et la Reine des Fées.

Et surtout laissez vous enchanter par cet univers aussi beau qu’érudit, par une écriture fine et littéraire (et une bonne dose d’humour !), par des descriptions envoûtantes, par des personnages rusés et attachants. Comme moi, je crois que vous aurez hâte de les retrouver dans les deux prochains volets de cette trilogie. Et Dieu sait pourtant que je n’aime pas trop la Science-Fiction !

Je remercie les éditions Folio pour cet ouvrage gracieusement offert en échange d’une critique.

Pierre Pevel, Les Enchantements d’Ambremer, Folio SF, 2017, ♥♥♥♥