Absences

« La peau me démange comme si j’étais sur le point de muer
pour redevenir celle que je suis en réalité […]« 

Eriksson_ileabsentsOn l’appelle le Cauchemar. C’est un lac à l’eau noire et stagnante, quelque part en Suède, dont la légende raconte qu’il est maudit. Au milieu du Cauchemar, il y a un îlot. Sur cet îlot, Alex et la petite Smilla vont faire une promenade, tandis que Greta les attend dans la barque amarrée au rivage, puis s’endort. À son réveil, la nuit tombe et seuls retentissent au loin les cris lugubres des oiseaux aquatiques. L’homme et la fillette ont disparu. De retour dans le cottage que la petite famille occupe au village, Greta fouille chaque pièce et tente en vain de joindre Alex. En proie à la panique, elle décide de se rendre au commissariat. Seulement, sur place, un policier lui annonce qu’elle n’est pas mariée et n’a jamais eu d’enfants. Qui sont Alex et Smilla ? (quatrième de couverture)

Caroline Eriksson, psychologue de formation, nous entraîne dans les tréfonds d’une âme perturbée. Celle de Greta, qui part à la recherche d’Alex et Smilla, prétendument son compagnon et sa fille. Et tout aussi prétendument disparus lors d’une excursion sur un îlot, alors qu’elle les attendait sur le rivage. Dès le début des recherches qu’elle entame, on sent poindre troubles et incohérences. Greta hésite, s’éparpille et semble ne pas prendre la situation avec le sérieux qu’elle mérite. Un comportement qui – le lecteur n’en doute plus – corrobore la culpabilité de la jeune femme. Mais cette culpabilité, bien enfouie, n’est pas forcément celle que l’on pense et les twists successifs, qui font la richesse de ce roman captivant, ébranlent bientôt nos certitudes. Qui sont les victimes, qui sont les fautifs ? Greta est-elle aussi déséquilibrée qu’on le croit ?
Un thriller psychologique, bref et efficace, qui sonde avec talent les cicatrices psychiques de l’enfance, les effets pervers de la culpabilité et de l’emprise masculine.

Je remercie les éditions Presses de la Cité pour cet envoi spontané qui a fait mouche !

Caroline Eriksson, LÎle des absents, Presses de la Cité, 2018, ♥♥♥♥

Vermeil

« La vie est rarement passionnante sur le moment. Elle est juste compliquée.
Ses reliefs apparaissent avec le recul. Beaucoup plus tard. « 

Lundbergpetitcarnetrouge_250A 96 ans, Doris couche sur le papier le bilan de sa vie écoulée, et pour se souvenir des moments importants qu’elle a vécus et des personnes précieuses qu’elle a connues, elle s’appuie sur son petit carnet rouge. Un répertoire qu’elle possède depuis toujours et dont elle a raturé la plupart des noms, au fil des décès de ses proches et amis. Un exercice d’écriture et de mémoire qu’elle destine à Jenny, sa seule parente, qui l’accompagne et la soutient avec tendresse et amour, dans sa solitude de fin de vie.

Du quartier des domestiques de Stockholm aux grands magasins parisiens, où elle défile pour les plus grandes maisons de couture. De New York où elle suit son seul et unique amour, à la cabane d’un pêcheur solitaire qui lui sauve la vie après le naufrage du bateau où elle s’est embarquée clandestinement, Doris aura mené avec passion et une grande force de caractère une vie dense, à la fois belle et tragique. On s’attache, au fil des pages, à cette femme admirable pour son courage, son talent et son abnégation. On s’émeut de sa solitude de fin de vie, on s’attendrit devant sa relation sincère avec Jenny. On sent monter les larmes aux yeux quand cette dernière lui réserve la plus belle des surprises, alors qu’approche le dernier souffle.

Tendre, émouvant, merveilleusement bien écrit, ce Petit carnet rouge m’a touchée comme je ne l’ai pas été depuis longtemps et je recommande avec ardeur cette lecture qui mérite bien plus que cinq petits cœurs. Un grand merci aux éditions Calmann-Lévy à qui je dois recommandation et découverte de cet ouvrage qui, est en outre, un très bel objet, joliment illustré.

Sofia Lundberg, Un Petit Carnet rouge, Calmann-Lévy, 2018, ♥♥♥♥♥

Ces livres dont je ne parlerai (presque) pas #5

Deux grippes. L’hiver aura au raison de ma santé et réellement contrarié mon rythme de lecture et de blog. Un petit billet un peu plus synthétique, mais qui n’en veut pas moins rendre hommage à deux bons romans. Merci sincèrement aux éditions Presses de la Cité et Métailié  pour ces découvertes.

Giolitoplusgrand_250

Rien de plus grand ou le procès de Maja Norberg, rescapée d’une fusillade dans son lycée, retrouvée un fusil à la main. Au fil des aller-retours entre audiences et souvenirs de la jeune fille, le lecteur, d’abord dubitatif, se prend paradoxalement d’affection pour le personnage central, moins coupable que les adultes nantis qui l’entourent. On en vient à espérer son innocence et on dévore jusqu’à l’issue. Efficace, fluide, surprenant, touchant.

Malin Persson Giolito, Rien de plus grand, Presses de la Cité, 2018, ♥♥♥♥♥

Magnussonurgences_250Pour Anita, il y a d’un côté la vie, difficile mais trépidante, des Urgences, et de l’autre, un vide sentimental à combler, maintenant qu’époux et fils lui préfèrent Heidi et sa confortable vie bourgeoise. Un roman qui alterne rythme effréné et pauses introspectives pour mieux nous faire ressentir le combat intérieur d’une femme qui doute. Un message universel qui mérite qu’on s’y arrête, même s’il est parfois difficile de se reconnaître dans ce personnage un brin égocentrique (mais probablement d’autant plus réaliste).

Kristof Magnusson, Urgences et sentiments, Métailié, 2018,♥♥♥♥