Littérature française, Roman

Déception (amoureuse)

Un garçon, une fille, une histoire universelle. Ils s’aiment, se déchirent, elle s’en va. Lui s’écroule. La jeunesse et l’innocence avec. Un roman qui frappe, âpre, enlevé, emporté, qui ne s’oublie pas. Une signature, une écriture, une voix, une époque, une génération.
« Vous avez peur ? – Oui. Peur de l’après. Peur, parce que mettre le mot fin à ce livre, c’est mettre le mot « fin » à notre histoire. Aujourd’hui, Elle existe grâce à l’écriture, mais après ? Après, Elle n’existera plus et ça, je ne sais pas si je suis capable de le supporter.
– N’avez-vous pas envie qu’il soit lu ?
– Vous savez quoi ? Je l’ignore. Enfin, il faudrait déjà que je le termine. Je ne sais pas si j’ai le courage d’écrire certaines choses. Celles que je vous confie par exemple. A vous, je peux les dire, mais au lecteur ? Nos conversations sont quand même très personnelles, non ? Et puis le but du livre n’est pas de déballer mes sentiments, c’est un roman, vous savez ? Enfin… un roman… en réalité c’est un double meurtre, un cri.
– Et ce cri, n’est-ce pas pour être entendu que vous l’avez poussé ?
– Ok je vois où vous voulez en venir. Vous pensez que j’ai écrit ce livre pour la faire revenir, c’est ça ? »

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Bon n’y allons pas par quatre chemins, je suis un peu déçue par cette lecture. Autant l’écriture de Martin Diwo a été une réjouissance (ce roman est quasiment un morceau de bravoure !), autant son histoire m’a été particulièrement pénible.
Une déception amoureuse déclinée de toutes les façons, sur tous les tons, dans tous les styles, avec une certaine complaisance à se morfondre et un espoir de reconquérir la femme aimée qui finirait par lasser les plus patients. Le tout sur presque 300 pages. C’est trop pour moi, j’en suis vraiment désolée !
Merci néanmoins aux éditions Plon pour cette lecture en avant-première (sortie le 24 août 2017).

Martin Diwo, Pour te perdre un peu moins, Plon, 2017, ♥♥

Littérature française, Roman, Thriller/policier

Histoire en miroir

« Pour la plupart des gens, le rêve s’arrête au réveil. »

Si ce n’étaient ses cicatrices et les photos étranges qui tapissent les murs de son bureau, on pourrait dire d’Abigaël qu’elle est une femme comme les autres. Si ce n’étaient ces moments où elle chute au pays des rêves, on pourrait jurer qu’Abigaël dit vrai.
Abigaël a beau être cette psychologue qu’on s’arrache sur les affaires criminelles difficiles, sa maladie survient toujours comme une invitée non désirée. Une narcolepsie sévère qui la coupe du monde plusieurs fois par jour et l’emmène dans une dimension où le rêve empiète sur la réalité. Pour les distinguer l’un de l’autre, elle n’a pas trouvé mieux que la douleur.
Comment Abigaël est-elle sortie indemne de l’accident qui lui a ravi son père et sa fille ? Par quel miracle a-t-on pu la retrouver à côté de la voiture, véritable confetti de tôle, le visage à peine touché par quelques bris de verre ? Quel secret cachait son père qui tenait tant, ce matin de décembre, à s’exiler pour deux jours en famille ? Elle qui suait sang et eau sur une affaire de disparitions depuis quelques mois va devoir mener l’enquête la plus cruciale de sa vie. Dans cette enquête, il y a une proie et un prédateur : elle-même (quatrième de couverture).

ReverAfin de prouver que Rêver est un excellent roman, je pourrais parler de la double intrigue qui tient le lecteur en haleine tout au long de ce pavé de presque 600 pages (sans parler du bonus numérique !) – mais la quatrième de lecture le fait plutôt bien…

Ou évoquer des thématiques accrocheuses, de celles qui font d’emblée la joie des lecteurs de thrillers : rapt d’enfants, secrets familiaux, cauchemars, cas psychiatriques… – mais d’aucuns diront que Thilliez n’a rien inventé (lu dans plusieurs critiques)…

Je plaiderais alors la touche d’originalité de l’histoire : un auteur qui ne verse pas dans la facilité en y incluant un cas clinique de narcolepsie et une analyse documentée du Rêve. Crédible, érudit et passionnant.

Plus encore, je défendrais une parfaite maîtrise du style, une habileté incontestable dans la construction. En déstructurant son roman, en faisant fi de sa chronologie, en jouant des analepses et des prolepses, Thilliez promène son lecteur – sans jamais le perdre – dans les méandres de ses chapitres et de son intrigue. Le menant ainsi à ressentir les mêmes affres et autres doutes que son personnage. Créant en lui la même impatience à découvrir la vérité. Une construction en miroir qui, outre celle sur le rêve, ouvre la voie vers une réflexion sur la fiction et l’omnipotence de l’auteur (Puzzle le faisait déjà avec brio). Un roman bien pensé !

Franck Thilliez, Rêver, Fleuvenoir, 2017, ♥♥♥♥♥

Histoire, Littérature française, Roman

Changer l’histoire

Légende : Thomas Falcon Marshall, L’arrestation du roi et de sa famille à Varennes, 1854, huile sur toile (Wikimedia Commons, domaine public).

Le 3 juillet 1790, alors que la monarchie est en péril et l’avenir de la France incertain, Marie-Antoinette accorde à Mirabeau une audience secrète à Saint-Cloud. Ces quelques heures à la dérobée suffiront-elles au comte libertin pour renverser l’inexorable cours de l’Histoire ? Car, paradoxalement, une seule volonté anime l’orateur du peuple, élu du tiers état, celle de sauver le trône. Déployant toute son éloquence, le redoutable tribun saura-t-il rallier la reine à ses convictions ? (quatrième de couverture)

Cobertentrevue_250La citation qui sert d’épigraphe à ce bref roman résume bien ce qui en a guidé l’écriture : “La légende se nourrit des lacunes de l’histoire” (Serge Lancel, Hannibal). Avec L’Entrevue de Saint-Cloud, Harold Cobert imagine en effet l’échange qui aurait pu être celui de deux figures majeures de la Révolution française, Marie-Antoinette et Mirabeau, à l’occasion de leur entrevue secrète du 3 juillet 1790. Pour cela, il se base sur sa connaissance encyclopédique du sujet (il est l’auteur d’une thèse sur Mirabeau) et comble les lacunes de l’histoire en se servant de son imagination.

Il en résulte un roman riche malgré sa brièveté, divertissant malgré son érudition, mais surtout particulièrement captivant. La performance du romancier-chercheur tient en effet dans sa capacité à intéresser et à tenir en haleine un lecteur qui connaît non seulement la toile de fond du récit, mais surtout l’issue de l’entrevue et l’échec de Mirabeau à convaincre la reine de France. La richesse de la psychologie des personnages, tout en paradoxes, et les revirements subtils et inattendus du récit y sont probablement pour beaucoup.

Harold Cobert, L’Entrevue de Saint-Cloud, Editions Héloïse d’Ormesson, 2010, ♥♥♥♥♥

Littérature française, Roman

La musique adoucit

Quand les éditions J’ai lu m’ont proposé de faire mon choix dans leur catalogue, la couverture de ce roman a immédiatement attiré mon œil… Née en 1980, je suis de cette génération qui a encore bien connu baladeurs, cassettes audio (et sait pourquoi il faut toujours un crayon à portée de main !). Génération qui reste souvent un brin nostalgique de la musique de cette époque

Par conséquent, si la couverture était une invitation, la quatrième fut une véritable tentation :
Un entrepreneur du Net soudainement populaire au point que les Français voudraient en faire leur prochain président, un artiste contemporain dont la dernière œuvre – un cerveau géant de vingt-cinq mètres de haut – vient d’être installée dans les jardins des Tuileries, le leader mégalomane d’un groupuscule d’extrême droite, un starlette de films X venue du fin fond de la Russie, un antiquaire décédé dans des circonstances bien particulières, un médecin généraliste en quête d’une cassette contenant les chansons du groupe de pop dont il faisait partie dans les années 80.
Leur point commun ? Une lettre qui aurait pu donner un tout autre cours à leur vie, et qui vient d’arriver à son destinataire avec… trente-trois ans de retard (extrait).

LaurainRhapsodie_250C’est intrigué et un brin agacé qu’Alain, médecin généraliste, découvre en effet dans sa boîte une lettre arrivée avec 33 ans de retard. Une missive qui annonçait au groupe Les Hologrammes un probable contrat avec une grande maison de disque ! L’occasion pour cet homme, désabusé et déçu du cours banal qu’a pris sa vie, de tenter de reprendre contact avec ses anciens acolytes et d’imaginer combien cette lettre aurait pu changer leurs destinées.

Et le romancier de balader le lecteur entre le passé et le quotidien de ces six personnages, aux carrière et devenir souvent inattendus. Ce dernier le suit avec curiosité et apprécie, derrière le récit divertissant et primesautier, la critique plus cynique de l’art contemporain (le cerveau gonflable qui retrouve sa liberté est un bijou !), de la politique et des médias. Les clins d’œil sarcastiques à notre société et à ses dérives. Il se laisse finalement porter par une histoire touchante, s’amuse de son sursaut final (je n’en dirai rien !) et se laisse convaincre par la moralité de ce conte moderne (ne jamais avoir de regret)…

Un roman intelligent et mordant, d’une grande finesse mais néanmoins très abordable. Et une jolie leçon de vie en prime. Je recommande !

 Antoine Laurain, Rhapsodie française, J’ai lu, 2017, ♥♥♥♥♥

N.B. Et parce que les blogs sont aussi de véritables lieux de rencontre et de partage, je ne résiste pas au plaisir de vous raconter que Monsieur Laurain est passé par là et m’a laissé un chaleureux message sur ma messagerie… Merci pour cette attention !

Littérature française, Roman

C’est du cinéma…

Los Angeles, aujourd’hui.
La cérémonie des Oscars va commencer.
Plus de trois mille personnes dans la salle.
Soudain, une explosion.
Au cœur du chaos, très vite, les rumeurs courent. Julia
Roberts, Steven Spielberg, Al Pacino… Qui est mort, qui est blessé ?
Dans cet Hollywood qui pleure ses icônes, Angie, une jeune réalisatrice française, Russ, un vieux producteur californien, et Burt, un humoriste new-yorkais, se croisent pendant quelques jours.
Entre amours perdues, sidération et passion du cinéma, chacun se demande : de quoi sera fait le futur, sans tous ces visages familiers qui ont façonné nos rêves ? (quatrième de couverture).

Scottcortex_250J’ai reposé cet ouvrage, une fois la lecture finie, avec le sentiment d’avoir rarement été aussi touchée. Je l’ai trouvé très dérangeant, pas mal perturbant. Addictif. Émouvant parfois. J’ai attendu plusieurs jours avant d’en écrire une chronique. Je l’ai tournée dans tous les sens, souvent insatisfaite du résultat. Je décide donc de partager plutôt avec vous mes interrogations et les méandres de mon ressenti…

J’ai été d’abord troublée : que penser du choix d’écrire un roman sur ce thème ? D’imaginer un attentat ? D’en faire la scène d’un roman haletant. Faut-il y voir un opportunisme ? De l’outrecuidance ? De l’inventivité ? Est-ce dérangeant ? Jusqu’à quel point ? Et en tant que lecteur, que penser du fait de se sentir parfois voyeur ?

J’ai été choquée, attristée et plus encore. On ne peut clairement rester insensible face au récit d’un attentat, qui plus est dans le milieu du spectacle (dans lequel j’évolue en outre) et qui évoque et rappelle forcément tous les drames vécus à Paris, à Manchester et ailleurs…

J’ai – malgré moi parfois – été happée : par une intrigue très bien construite, une tension permanente, des personnages très attachants, la tristesse et la profondeur du propos. En bref par un page-turner des plus efficaces…

J’ai eu un peu honte : oui il me faut le reconnaître – j’ai voulu au fil de l’intrigue savoir toujours un peu plus qui des célébrités que je connais, sortirait ou non indemne de l’explosion. Et pourtant, je me défends d’être attirée par les peoples.

Et j’ai eu beau me répéter que ce n’était qu’une fiction, j’ai été bizarrement bouleversée en découvrant la liste des victimes qui s’étale sur plusieurs pages : Brad Pitt décapité, Meryl Streep empalée, Léonardo Di Caprio décédé, Kate Winslet décédée, Julia Roberts blessée, Al Pacino décédé… Tout un monde artistique décimé.

J’ai aimé plus que tout les réflexions latentes et toute la portée de ce roman : la peur, le choc, l’horreur, l’anéantissement, le travail de deuil, le doute, l’importance de la culture et de l’art dans notre société, dans nos vies, la fascination pour le star system – à tort ou à raison – l’amour virtuel porté à nos icônes, le pouvoir de la fiction, les échecs de notre société, le sens de nos vies, …

Voilà. Quelques réflexions partagées sur un roman complexe. Envie d’en parler avec d’autres lecteurs. Ou pas. En tous cas, un livre que je n’oublierai pas de si vite. Merci aux éditions Stock de m’avoir permis de le lire par le biais de Netgalley.

Ann Scott, Cortex, Stock, 2017, ♥♥♥♥♥

Littérature française, Roman

Escapade familiale

Comme nous toutes, Léa Kelly est une jongleuse de la vie : femme, mère et working girl. Elle a souvent l’impression d’être un hamster dopé tournant en boucle dans sa roue. Alors que ses deux aînés pataugent dans la puberté, entre la limace neurasthénique et l’ado rebelle, elle adopte une petite fille russe. Déstabilisé, son mari se confond avec les coussins du canapé devant la télévision. En parallèle, sa collègue « préférée », adepte de la réunionite de 18 heures, convoite avec gourmandise… son job.
Entre un grand écart et une pirouette, Léa va pouvoir tester ses capacités d’équilibriste au quotidien (quatrième de couverture).

Une lecture fraîche, divertissante, amusante, au style enlevé. Célibataire sans enfant, je n’ai que peu de points communs avec le personnage féminin principal et ne me suis pas vraiment reconnue dans son quotidien. Et pourtant j’ai adoré suivre les aventures de Léa, mère, épouse et working girl, totalement dépassée dans chacun de ses rôles. Mais toujours attachante, tout comme sa petite famille haute en couleur. Avec un gros coup de cœur pour Natalia, petite tornade blonde, arrivée de sa Russie natale et bien décidée à faire le bonheur de ses parents et frère et sœur d’adoption !

Cocozenmoscou_250J’ai également apprécié que, sous le style léger et plutôt très drôle, on sente poindre une bonne dose d’ironie et un propos pas toujours aussi anodin qu’il pourrait paraître : méandres des démarches d’adoption, bouleversements liés à l’arrivée d’un enfant dans la famille, adolescence difficile, problèmes professionnels et couple à la dérive… Qui a dit qu’être femme est une sinécure ?

Je remercie très chaleureusement les éditions J’ai lu pour ce roman que je recommande comme une lecture estivale idéale à toutes les blogueuses ! De mon côté, j’ajoute immédiatement le premier opus à ma pile à lire : hâte de retrouver la famille Kelly et de poursuivre la découverte du genre…

Coco, Je reste zen ! Retour de Moscou, J’ai lu, 2017, ♥♥♥♥