Jeunesse, Littérature française, Roman

Tarzan : sacré galop, hein ?

Les pensées secrètes d’un poney grincheux enfin dévoilées !
« Je me suis fait avoir sur toute la ligne ! Mon ami Noé a déménagé et sa famille m’a collé en pension au club des Edelweiss, un endroit abominable ! Rempli de stars à crinières tressées et de ponettes à leurs mémères ! Tout ça me rend vraiment… méchant ! Et les choses ne s’arrangent pas quand on m’inflige Jeanne, la pire cavalière qui soit, et qu’on m’oblige à partir en randonnée avec cette maladroite hargneuse sur le dos… »

Alixtarzanponeyméchant_250Un roman jeunesse illustré (par Louis Thomas) intelligent et méchamment drôle à mettre dans les mains de vos bambins.
Et en tant qu’adulte, j’ai moi aussi souri du début à la fin de ma lecture. Il y a, bien sûr, le plaisir de parcourir les aventures de Tarzan, poney malchanceux et caractériel, et finalement pas si méchant qu’on le croit.
Mais, plus encore, c’est l’humour cynique et impertinent de Cécile Alix qui vaut le détour et transparaît dans un texte subtile, documenté et merveilleusement annoté !
Merci aux éditions Poulpe Fictions (via Netgalley) : j’ai adoré !

Cécile Alix, Tarzan poney méchant, Poulpe Fictions, 2013, ♥♥♥♥♥

Littérature française, Roman

Vengeance ensorcelante

Liberté… Ce mot avait-il encore un sens ?
La société à laquelle ils appartenaient désormais semblait ne pas le connaître.

En Australie, au 20e siècle. La destinée bouleversante de Wanda, née d’une mère aborigène et d’un père blanc.
Wanda est née en plein bush, dans une réserve au nord de l’Australie. C’est une muda-muda : moitié aborigène, moitié blanche. A huit ans, elle est arrachée aux siens pour vivre dans une institution gouvernementale, Homeland. Avec d’autres enfants métis, elle y est « éduquée » dans le but de devenir domestique. Ces années-là sont gravées à jamais dans sa mémoire : trop de sévices et d’injustice vont exacerber son tempérament rebelle. En Wanda grandit un projet de vengeance : retrouver ce père qui les a abandonnées, elle et sa mère. Pour cela, elle doit fuir…
Tout au long de son périple jalonné de rencontres extraordinaires et d’épreuves initiatiques, dans l’immense territoire australien, la jeune fille saura-t-elle pardonner, réconcilier ses deux cultures et trouver, enfin, l’amour et la paix ? (quatrième de couverture)

Mansietwanda_250Je l’avoue : j’ai d’abord sélectionné ce livre pour sa couverture singulière, puis pour sa quatrième qui m’a attirée bien que je ne sois pas vraiment une lectrice de ce type de romans. Les premières pages tournées, j’ai eu un gros doute, imaginant la suite et la fin selon moi prévisibles : une histoire d’amour entre deux esclaves sur fond d’histoire australienne. J’ai bien failli abandonner.
Et bien Madeleine Mansiet-Berthaud m’a bien eue ! Un renversement de situation et je me retrouve happée par ma lecture. Un récit passionnant, loin de la (seule) romance que j’avais imaginée. Et j’en retiendrai tout particulièrement deux aspects. D’abord les messages que l’auteur délivre : sur la souffrance des peuples autochtones chassés de leurs propres terres, sur l’altérité qui isole et construit un tempérament, sur le désir de vengeance souvent funeste. Je me souviendrai aussi et longtemps de mon voyage historique et dépaysant dans le bush, qui a déroulé devant moi une Australie plus tout à fait native, mais encore riche d’une culture ancestrale envoûtante. Beau et intense, tout simplement.

Wanda m’a été gracieusement envoyé par les éditions Presses de la Cité que je remercie chaleureusement.

Madeleine Mansiet-Berthaud, Wanda, Presses de la Cité, 2017, ♥♥♥♥♥

Littérature française, Roman épistolaire

Mortelle jalousie

Il serait horrible de vous accuser de ce que j’entrevois, si vous en êtes innocent.
Je recueille mes forces ; je retiens mes esprits prêts à s’égarer. Je cherche à voir ce que je dois croire, faire, penser. Je suis de sang-froid ; j’ai le sang-froid du désespoir.

411y4TgaL-LParce qu’elle a vu son amant quitter l’opéra au bras d’une autre, une jeune veuve s’imagine être trompée. Au cours des vingt-quatre heures qui suivent cette découverte, cette femme sensible et jalouse va écrire quarante-quatre lettres à l’homme aimé, témoignage de la vague d’émotions confuses qui la submerge.

Je suis encore sous le charme de ce superbe roman épistolaire, de son analyse psychologique subtile, rédigée dans un style raffiné. J’ai suivi avec intérêt les souffrances de cette femme douloureusement amoureuse, ressassant le souvenir d’un bonheur qu’elle croit perdu et s’abîmant progressivement dans le doute et le désespoir. Sublime. Tragique. Plein d’espoir aussi.

Constance de Salm, Vingt-quatre Heures d’une femme sensible [1824],
Phébus, 2007, ♥♥♥♥♥

Littérature française, Roman, Science-Fiction/fantasy

Intelligence féline

« J’aime bien les humains, mais je ne les comprends pas toujours ».

A Montmartre vivent deux chats extraordinaires. Bastet, la narratrice qui souhaite mieux communiquer et comprendre les humains. Pythagore, chat de laboratoire qui a au sommet de son crâne une prise USB qui lui permet de se brancher sur Internet. Les deux chats vont se rencontrer, se comprendre s’aimer alors qu’autour d’eux le monde des humains ne cesse de se compliquer. A la violence des hommes Bastet veut opposer la spiritualité des chats. Mais pour Pythagore il est peut-être déjà trop tard et les chats doivent se préparer à prendre la relève de la civilisation humaine (quatrième de couverture).

Werberdemainchats_250Un roman d’anticipation qui m’a beaucoup intriguée même si l’ensemble me laisse un peu sur ma faim ! L’intrigue se situe dans un futur proche, mais peu enviable, sur fond de terrorisme et de guerre. Les humains y apparaissent violents ou lâches, arrogants et manipulateurs, dépassés par les événements. Pour sauver ce monde en péril, deux chats singuliers, rusés et au caractère bien trempé, qui réfléchissent plus et mieux que les hommes. Et qui sont surtout capables de fédérer les leurs pour vaincre l’ennemi dévastateur. J’ai apprécié le récit – somme toute un peu simple -, les références à l’Histoire féline – parfois un trop encyclopédiques – et ai été plutôt remuée par la vision peu optimiste que Werber nous donne de l’avenir. J’ai été très amusée par la personnalité des héros félins de cette aventure, décrite avec beaucoup d’humour et démontrant une connaissance avérée des chats. Jusqu’au bout des vibrisses !
Néanmoins, j’émets une petite réserve sur le style, avec pour impression finale celle d’un roman un peu superficiel. Je recommande donc… mais surtout aux inconditionnels des chats !

Bernard Werber, Demain les chats, Albin Michel, 2016, ♥♥♥

Littérature française, Roman, Thriller/policier

Décision familiale

Henri Lethuillier, ancien employé de la Compagnie du gaz et auteur de guides pratiques à succès, semble mener une vie de retraité aussi paisible que confortable. Pourtant, à l’occasion de l’une de ses promenades coutumières, il est enlevé et séquestré.
Les auteurs de ce kidnapping, commandité par son épouse, ne sont autres que ses propres enfants. Un enlèvement dont ils espèrent tous qu’il permettra à Henri de réfléchir sur lui-même et de répondre de ses actes. Sous les apparences du bon époux et du père de famille dévoué se cache en effet un être odieux, qu’ils ne peuvent plus souffrir.

kidnappingKidnapping n’est pas un thrilleur haletant, l’intrigue est d’ailleurs assez mince, sans grand rebondissement, à l’exception d’une fin assez inattendue. Ce roman est avant tout un portrait psychologique d’une grande finesse, écrit avec simplicité, pudeur mais sans état d’âme. Foncièrement manipulateur et obsessionnel, Henri est en effet l’illustration du pervers narcissique, qui sous couvert de supériorité intellectuelle et de bon sens, de bienveillance et de grands espoirs pour ses enfants, fait vivre un enfer quotidien aux siens. Une famille qui tente, une ultime fois, de le faire revenir à de meilleurs sentiments, mais surtout à la raison. Car c’est bien la folie qui guette ce père trop aimant, finalement abandonné de tous ou presque.

Maryline Gautier, Kidnapping, Éditions de la Différence, 2015, ♥♥♥♥

Autobiographie, Littérature française, Roman

Écrits d’amour

« Ta hantise est de mourir sans avoir vécu, sans avoir pu apaiser ta soif, sans avoir rencontré ce que tu ne saurais dire mais qui te fait si douloureusement défaut. » 

Dans ce récit autobiographique, l’auteur rend hommage à ses deux mères. La première, “l’esseulée, l’étouffée, la jetée-dans-la fosse” est celle qui lui a donné le jour, mais qui n’a pu l’élever, internée un mois après sa naissance et décédée tragiquement quelques années plus tard. Une femme sensible, trop intelligente, qui a souffert d’être incomprise des siens. Une femme qui n’a pas réussi à se remettre de son premier amour et n’a pas trouvé la force de s’extraire d’une solitude dévastatrice. La seconde, c’est “la vaillante, la valeureuse, la toute-donnée”, une paysanne fruste, dévouée, généreuse, qui a recueilli l’enfant de la précédente et l’a élevé avec amour. Et, pour conclure ce double portrait bouleversant, le témoignage de ce fils : un adulte en quête de son identité et de l’apaisement de ses doutes, un écrivain en devenir qui trouve dans les mots la force de surmonter son passé.

Julietlambeaux_250Lambeaux est un cri de détresse, d’amour, d’espoir qui ne peut laisser indifférent, tant il est sincère et profond. 
J’ai été emportée par ce récit tout en pudeur qui permet à l’auteur d’expliquer sa vocation, le pouvoir thérapeutique de ses écrits et, surtout, d’exprimer tout son amour pour ses deux mères.
Une mention spéciale au profond respect que cet auteur témoigne aux mots, à l’écriture, aux écrivains qui l’inspirent et qui transparaît dans un style travaillé avec soin et subtilité. Il en résulte un texte tout aussi éloquent par son écriture que par le message qu’il délivre.

Charles Juliet, Lambeaux, Gallimard, 1995, ♥♥♥♥♥

Littérature française, Roman

Chantons sous la pluie

« C’est quand on est à l’apogée du malheur que l’on apprécie le plus le bonheur […]
Ça signifie que, quelle que soit la situation le positif est là pour ceux qui savent le voir.
Une fois qu’on le sait, tout a plus de saveur ». 

« Je ne t’aime plus. » Il aura suffi de cinq mots pour que l’univers de Pauline bascule. Installée avec son fils de quatre ans chez ses parents, elle laisse les jours s’écouler en attendant que la douleur s’estompe. Jusqu’au jour où elle décide de reprendre sa vie en main.
Si les sentiments de Ben se sont évanouis, il suffit de les ranimer. Chaque jour, elle va donc lui écrire un souvenir de leur histoire. Mais cette plongée dans le passé peut faire resurgir les secrets les plus enfouis.
Avec une extrême sensibilité et beaucoup d’humour, Virginie Grimaldi parvient à faire revivre des instantanés de vie et d’amour et nous fait passer du rire aux larmes. Une histoire universelle (quatrième de couverture).

Grimaldiparfumbonheurpluie_250Un roman comme j’en lis peu, mais dont j’apprécie de plus en plus le style « feel good » et les leçons qu’il délivre mine de rien. Avec Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie (j’adore ce tire – un peu moins la couverture), je découvre également la plume de Virginie Grimaldi et ne compte pas m’arrêter en si bon chemin. Dans ce pavé de presque 500 pages – qui n’a pas été sans m’effrayer un peu quand il m’a été envoyé par les éditions Fayard – j’ai tout aimé. La plume : simple, efficace, fluide. L’histoire : touchante, captivante, amusante parfois, jamais larmoyante. Le message : positif, encourageant, malgré les épreuves et avec beaucoup de réalisme. Les questions, universelles : comment surmonter une rupture, un deuil, la perte d’un enfant ? Comment reprendre pied, réapprendre à être heureux ?

Un coup de cœur, vous l’aurez compris, et mes remerciements vont à Faelys dont les mots m’ont donné l’envie de lire ce roman et aux éditions Fayard qui m’ont permis de le faire dans le cadre de notre partenariat.

Virginie Grimaldi, Le Parfum du bonheur est plus fort sous la pluie,
Fayard, 2017, ♥♥♥♥♥