Sœurs de sang

En fait l’ensemble de la nature est la Déesse Mère elle-même
et c’est elle qui crée et qui soigne toute forme de vie. 

Que font deux gamines en plein hiver dans une des plus sauvages forêts des Highlands, à des kilomètres de la première ville ? Sal a préparé leur fuite pendant plus d’un an, acheté une boussole, un couteau de chasse et une trousse de premiers secours sur Amazon, étudié le Guide de survie des forces spéciales et fait des recherches sur YouTube. Elle sait construire un abri et allumer un feu, chasser à la carabine. Elle est capable de tout pour protéger Peppa, sa petite sœur. Dans le silence et la beauté absolue des Highlands, Sal raconte, elle parle de leur mère désarmée devant la vie, de Robert le salaud, de la tendresse de la sorcière attirée par l’odeur du feu de bois, mais surtout de son amour extraordinaire pour cette sœur rigolote qui aime les gros mots et faire la course avec les lapins (quatrième de couverture)

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De ce remarquable roman, je retiendrai surtout la grande délicatesse dont il témoigne. J’ai été particulièrement touchée par la relation d’amour qui relie les deux sœurs, l’instinct de protection de Sal vis-à-vis de Peppa, son sens aigu du sacrifice. Le propos est sérieux et soulève de graves questions (abus sexuel, alcoolisme, abandon, maternité…) sans jamais tomber dans le misérabilisme ou l’apitoiement. On s’étonne avec admiration de la maturité de l’aînée – d’une impressionnante débrouillardise et d’une touchante abnégation – on s’amuse des facéties de la cadette, on s’émeut de l’histoire de la tendre « sorcière » qui prend les deux filles sous son aile fatiguée. Le tout se déroulant dans une nature sauvage mais salvatrice, décrite avec une plume ciselée et réaliste, qui immerge totalement le lecteur dans l’atmosphère singulière des Highlands. J’ai également été séduite par l’écriture de Mick Kitson qui a fait le choix périlleux de donner la parole à une toute jeune fille. Le ton, à fois innocent et déterminé, et le registre sont parfaitement maîtrisés, tout en restant littéraires.
On l’aura compris, j’ai tenu entre mes mains mon coup de cœur de la rentrée ! Merci aux éditions Métailié pour ce cadeau !

Mick Kitson, Manuel de survie à l’usage des jeunes filles, Métailié, 2018, ♥♥♥♥♥

Profil PoudlardChallenge HP – Quatrième année – Champifleur (botanique)
un livre avec une forêt sur la couverture

Maléfice

« Une femme capable d’invoquer le Wendigo peut faire de votre vie un cauchemar ».

En pleine nuit, Lily Blake est agressée et manque de mourir brûlée vive. Un crime commandité par son ex-mari qui s’est assuré le soutien de la FLAMME (la Ligue des Pères Contre les Mères Diaboliques) pour récupérer ses enfants. Alors que le FBI échoue à localiser les petits, la mère désespérée lie un pacte avec un chaman sioux qui s’engage à les retrouver, en échange d’un terre sacrée ayant autrefois appartenu à sa tribu. Il invoque alors pour Lily un esprit de la forêt, le Wendigo, créature cruelle et cannibale, qui a tôt fait de ramener les enfants au bercail, sans épargner pour cela toutes les personnes qui se trouvent sur son chemin. Quand Lily réalise qu’elle ne peut honorer sa part du contrat, elle se rend à l’évidence : il lui faut détruire le Wendigo, avant qu’il ne décime ses proches et ne la tue elle-même.

MastertonWendigo_250Sans en être coutumière, j’apprécie la littérature dite “d’horreur”, moins pour ce qu’elle aurait de gore, que pour son atmosphère si particulière, sa dimension psychologiquement angoissante, sa capacité à nous faire frissonner en jouant avec des peurs universelles.

C’est en cela que le Wendigo de Masterton me semble plus proche du thriller que du véritable roman d’horreur (ce qui n’est pas le cas d’autres de ses romans). Malgré une ambiance fantastique et souvent glaciale, ce roman ne fait pas vraiment peur. J’ai néanmoins apprécié la lecture et tout particulièrement la légende amérindienne qui sert de toile de fond, intriguée par ce personnage surnaturel mythique que j’ai découvert et qui a sensiblement largement inspiré art et littérature. A creuser !

Graham Masterton, Wendigo, Bragelonne, 2009, ♥♥♥♥