Littérature canadienne, Roman

Départ pour Montréal

Sa grand-mère l’a serrée contre son cœur sans pouvoir rien dire, son grand-père ravalait ses larmes, seules ses sœurs se sont laissées aller à pleurer et abondamment.
Elle-même n’a pas bronché, sa grosse valise posée à côté d’elle, les lèvres un peu tremblantes, mais pas trop.

En 1913, à Sainte-Maria-de-Saskatchewan, Rhéauna apprend de sa grand-mère que sa mère souhaite l’avoir près d’elle à Montréal. Il lui faudra quitter cette famille d’adoption où, en compagnie de ses sœurs Béa et Alice, elle grandit entourée d’amour, au milieu d’infinis champs de maïs. En trois jours et trois rêves, elle va traverser le continent et rencontrer des personnages aux ailes felliniennes. A son arrivée à Montréal, une des pages les plus importantes de sa jeune vie aura été tournée : Nana n’ira plus entendre pousser le maïs dans la nuit en craignant l’œil du Grand Manitou. Ce qui l’attend, au-delà du bonheur fragile de retrouver sa mère, n’a pas encore de nom en elle (quatrième de couverture).

Tremblaytraversée_250Dans ce roman d’apprentissage, au style délicat, le lecteur fait la connaissance d’une petite fille attachante qu’il accompagne au long d’un voyage difficile mais formateur, qui la contraint de quitter une famille aimante – et avec elle les douceurs d’une enfance ingénue – pour retrouver une mère qu’elle connaît trop peu.
Au fil des escales, réelles ou oniriques, c’est un continent, mais aussi toute une série de protagonistes que l’on découvre en compagnie de Nana : des rencontres éphémères qui laissent entrevoir des personnalités riches et surprenantes et qui esquissent peu à peu une histoire familiale captivante.

Depuis que j’ai découvert, il y a longtemps déjà, la plume de ma chère Arlette Cousture, je suis toujours à le recherche d’ouvrages (ou mieux encore de sagas) évoquant, d’une manière ou d’une autre le Canada et son histoire. A défaut de pouvoir m’y rendre pour de vrai, j’y voyage au moins virtuellement !
Ce sublime roman a comblé mes attentes, puisqu’outre l’évocation du Canada du début du siècle dernier, j’y ai retrouvé retranscrits, pour mon plus grand plaisir, une langue et un accent que j’aime tout particulièrement.

Michel Tremblay, La Traversée du continent, Léméac/Actes sud, 2008, ♥♥♥♥♥

Littérature canadienne, Roman, Thriller/policier

Prescience

Inconditionnels (comme moi !) de Linwood Barclay, ce roman pourrait vous laisser un peu sur votre faim ! Bien qu’on y retrouve plusieurs des ingrédients qui font la saveur de son écriture (retournements de situations et autres péripéties, touches d’humour, écriture fluide et intrigue prenante), Celle qui en savait trop n’a malheureusement pas la consistance (200 petites pages !) des précédents romans. Si, malgré tout, je recommande cette lecture qui reste divertissante et subtile, je conseillerais plutôt à ceux qui voudraient découvrir la plume de Barclay de se pencher vers ses autres thrillers, plus haletants et plus riches.

Celle-qui-en-savait-tropKeisha Ceylon, « Médium, chercheuse d’âme perdues » comme l’indique sa carte de visite, n’est pas une inconnue pour les lecteurs de Barclay puisqu’elle a déjà fait une brève apparition dans Cette Nuit-là. La jeune femme, prétendument douée de visions, approche des personnes fragilisées – en quête notamment d’un parent disparu – proposant de faire avancer leurs recherches ou de favoriser leurs contacts avec l’au-delà. Moyennant finance, cela va de soit.

C’est néanmoins en cherchant à escroquer Wendell Garfield, sous le coup de la disparition inexpliquée de son épouse, que Keisha a pour la première fois une intuition qui s’avère proche de la vérité… Une révélation qui la met aussi en grand danger, tour à tour victime d’un meurtrier et coupable d’un assassinat.
Telle est prise qui croyait prendre ? Ce serait mal apprécier les capacités de la voyante, aussi retorse que dangereuse. Et celles de Barclay à dérouter son lecteur au fil des rebondissements !

Linwood Barclay, Celle qui en savait trop, J’ai lu policier, 2016, ♥♥♥♥

Jeunesse, Littérature canadienne, Roman, Thriller/policier

Meurtre au pensionnat

Montréal, Noël 1920. Les élèves d’un pensionnat se réveillent en sursaut au beau milieu de la nuit : on a poussé un cri effroyable. La sœur économe a été attaquée dans son sommeil : un fantôme aurait tenté de l’étrangler. La supérieure confie alors l’enquête à son élève la plus douée : sa petite-nièce, Vipérine Maltais,  une fameuse détective en herbe !

Je dois avouer que j’ai abordé la lecture de ce roman dans de très bonnes dispositions : couverture (avec neige) et illustrations attrayantes de Gianni De Conno, présentation soignée de cette collection et surtout thématique du pensionnat conjointe à l’ambiance québécoise… Et je n’ai pas été déçue.
Brienmortels_250Particulièrement bien écrit, ce roman jeunesse propose une petite enquête bien menée, facile à comprendre sans être pour autant simpliste. Si le coupable est aisément identifiable (par l’adulte), les « Mortels Noëls » que Vipérine doit élucider reposent sur un fond culturel et littéraire riche et inattendu.
Il peut donc constituer une initiation de qualité au roman policier. Quant au personnage principal, il est immédiatement sympathique au lecteur pour son impertinence facétieuse et son intelligence, qui ferait presque oublier le manque de crédibilité (pour l’adulte) d’une Sherlock Holmes de 13 ans…
Seul petit bémol (vraiment tout petit) – que la lecture des autres volumes de la série infirmera peut-être – j’aurais aimé en apprendre davantage sur la vie des couventines de ce pensionnat montréalais, trop effacée, à mon goût, derrière l’énigme  policière…

Sylvie Brien, Mortels Noëls, Gallimard Jeunesse, 2004, ♥♥♥♥

Littérature canadienne, Nouvelle

Hommes d’Amérique

Avec ce premier recueil de nouvelles, le jeune auteur canadien John Vigna dresse un portrait bouleversant de la condition humaine dans un monde où la brutalité prend le pas sur la raison et où les mauvaises décisions partent toujours d’une bonne intention. Saisis dans leur rôle de mari, d’amant, de père ou de frère… (quatrième de couverture)

Huit nouvelles, huit découvertes, huit personnalités, huit histoires. Le Nord de l’Amérique en prime. Des récits intimes, profonds, simples, vrais, captivants parfois. Et pourtant… Malgré la finesse de l’écriture, je reste sur ma faim. Je ne suis décidément pas une lectrice de nouvelles.

Je remercie les éditions Albin Michel pour cet ouvrage gracieusement offert en échange d’une critique.

John Vigna, Loin de la violence des hommes, Albin Michel, 2015, ♥♥♥