Bis repetita

Berryassassinsoeur_250Nora, la petite trentaine, prend le train depuis Londres pour rendre visite à sa sœur dans la campagne. À son arrivée, elle découvre que Rachel a été victime d’un crime barbare. Atomisée par la douleur, Nora est incapable de retourner à sa vie d’avant. Des années auparavant, un événement traumatique a ébranlé sa confiance dans la police ; elle pense être la seule à pouvoir retrouver l’assassin de sa grande sœur. Mais isolée dans ce petit village qui chuchote et épie, isolée – surtout – avec les démons de leur jeunesse sacrifiée, Nora devra souvent se battre avec elle-même pour retrouver la vérité sous la surface brumeuse des souvenirs (quatrième de couverture).

Tout d’abord un grand merci aux éditions Presses de la cité qui me gâtent depuis plus d’un an. Pour ce thriller, aussitôt arrivé dans ma boîte aux lettres (samedi), il fut aussitôt lu ! Il faut dire que la couverture était une invitation ; le titre et la quatrième captivants. Au final, je reste néanmoins sur une impression mitigée. Un petit bilan s’impose…

Les plus

  • Le roman est bref et efficace, avec des chapitres courts qui vont droit au but.
  • Le style est captivant, sans fioriture, et fonctionne bien au vu du tempérament de Nora.
  • L’intrigue tient la route. L’idée de l’enquête menée par amour fraternel est bien trouvée. On s’intéresse à l’histoire des deux sœurs, à leur passé et à la force de leurs liens.
  • Le rebondissement final est satisfaisant.
  • Les lieux, la météo créent une atmosphère propice.

Les moins

  • L’analyse psychologique des personnages est un peu faible. Les motivations des protagonistes sont souvent à peine esquissées, surtout pour les personnages secondaires.
  • Nora m’a été d’emblée antipathique. Ses silences et réponses monosyllabiques répétitifs sont pesants et délaient artificiellement l’intrigue.
  • Même si le dénouement est inattendu, l’histoire est un peu trop prévisible. On se doute que c’est Nora qui mènera l’enquête à son but, on devine qu’elle sera suspectée en cours de route…
  • Le twist final est un peu abrupt, pas forcément très clair. Il y a également quelques incohérences dans le récit ; les intuitions de Nora manquent souvent de fond, de justification.

Bilan

Un thriller efficace et divertissant, qui se lit en quelques heures et trouvera probablement son public, sans être toutefois inoubliable.

Flynn Berry, L’Assassin de ma sœur, Presses de la cité, 2018, ♥♥♥

Profil PoudlardChallenge HP – 2e année – Expecto patronum (défense contre les forces du mal)
Le premier livre d’un auteur

Féminisme victorien

« Lorsque je te conseille de ne pas te marier sans amour, cela ne veut pas dire que l’amour seul suffit … Il y a bien d’autres questions à envisager. Garde ton cœur et ta main le plus longtemps possible, ne les donne pas sans réfléchir. Si tu ne trouves jamais le mari idéal, console-toi en te disant que si les joies du célibat ne sont pas nombreuses, les douleurs du moins n’en sont jamais insupportables. Il est possible que ta vie de femme mariée soit plus heureuse que ta vie de jeune fille, mais bien souvent c’est le contraire qui se produit. »

L’arrivée de Mrs Helen Graham, la nouvelle locataire du manoir de Wildfell, bouleverse la vie de Gilbert Markham, jeune cultivateur.
Qui est cette mystérieuse artiste, qui se dit veuve et vit seule avec son jeune fils ? Quel lourd secret cache-t-elle ? Sa venue alimente les rumeurs des villageois et ne laisse pas Gilbert insensible. Cependant, la famille de ce dernier désapprouve leur union et lui-même commence à douter de Mrs Graham… Quel drame s’obstine-t-elle à lui cacher ? Et pourquoi son voisin, Frederick Lawrence, veille-t-il si jalousement sur elle ?
Publié en 1848, La Dame du manoir de Wildfell analyse la place des femmes dans la société victorienne. Considéré comme l’un des tout premiers romans féministes, il entretient de nombreux liens avec Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë et s’inspire de la descente aux enfers, de l’alcoolisme et de la débauche de leur frère Branwell, mort entre leurs bras (quatrième de couverture)

J’ai une connaissance partielle et inégale de l’œuvre des sœurs Brontë. Toutefois, je pense pouvoir dire de La Dame du manoir de Wildfell Hall qu’il n’est pas le meilleur des romans proposés par le trio féminin, la faute notamment aux longueurs du récit et autres inutiles digressions sur lesquelles s’accordent la plupart des lecteurs. Brontëdamemanoir_250Ceci étant dit, je ne boude absolument pas mon plaisir à le lecture de ce texte qui s’inscrit pleinement, par son style et son propos, dans la littérature victorienne du XIXe siècle. Il s’agit avant tout d’un récit encore empreint d’un certain romantisme et teinté de moralisme pieux. Pour autant, au travers du personnage d’Helen, Anne Brontë revendique une vision moderne de la femme qui bouscule les idéaux victoriens et en défie la morale et les codes. Helen ne fait pas seulement preuve d’une fidélité et d’une abnégation héroïques envers son époux, elle se révèle déterminée et indépendante. N’oublions pas que la jeune épouse claque la porte du domicile conjugal et tente de vivre de son art ! Quant aux autres thématiques du récit – dénonciation de l’alcoolisme, du libertinage et de la maltraitance conjugale –  elles sont de même traitées avec une sincérité sans ambages qui a choqué le public à sa parution et confirme que le regard d’Anne Brontë est critique, sa plume acérée et son propos résolument précurseur. De fait, un roman féministe à lire avec attention.

Anne Brontë, La Dame du manoir de Wildfell Hall, Archipoche, 2012, ♥♥♥♥

Profil PoudlardChallenge HP – 4e année – Feuilles de thé (divination)
Un livre qui se passe en Angleterre

Voyages labyrinthiques

9782745995025Embarquez pour un voyage sur les traces des animaux migrateurs ! Des ours blancs aux éléphants du Mali, le lecteur accompagne les animaux dans leurs extraordinaires migrations à travers un dédale de labyrinthes colorés (quatrième de couverture).

Les Animaux Globe-trotteurs est un album-documentaire (à partir de 6 ans) aussi esthétique que ludique ! Un grand volume pour de grandes images qui se déploient sur les doubles pages. Le graphisme, original et audacieux, attire l’œil et donne immédiatement l’envie de parcourir l’ouvrage.

Mais ce n’est pas tout ! L’album, qui propose une découverte des migrations, est aussi un livre-jeu. L’enfant y est invité à suivre sur chaque double page, du bout du doigt, un chemin labyrinthique – avec embûches et autres culs-de sac – qui singe et permet d’appréhender l’itinéraire et les difficultés rencontrées par les animaux. Autant d’espèces (crabes, colibris, ours, saumons et gnous…) que de migrations et de contrées à parcourir (de l’Arctique à l’Antarctique, en passant par le Mexique, l’Afrique ou la Californie). On explore paysages, végétations, climats, rendus aisément différenciables et compréhensibles par les illustrations légendées savamment travaillées et les choix de couleurs qui font sens en plus d’être merveilleusement harmonieux. C’est beau, amusant, facétieux, documenté et intelligent ! En bref, c’est la touche et l’univers de Mélissa Castrillon que je vous encourage à découvrir !

Mélissa Castrillon, Les Animaux globe-trotteurs, Milan, 2018, ♥♥♥♥♥

Ces livres dont je ne parlerai (presque) pas #8

Dernier billet récapitulatif pour une longue période, je l’espère ! Maintenant que mon tout nouveau petit coin bureau est installé, j’ai les conditions idéales pour bloguer et normalement le temps pour le faire ! Encore quelques belles découvertes à partager avec vous, mais aussi une petite déception. Quoi qu’il en soit, je remercie sincèrement les éditions Belfond, Bragelonne et Préludes ainsi que Netgalley et Babelio pour leur confiance.

Daylinvitation_250Ben fête ses quarante ans et la somptueuse soirée d’anniversaire qu’il a organisée avec son épouse vire au drame. Serena est dans le coma. Martin, son meilleur ami, entendu par la police et Lucy, l’épouse de ce dernier, internée dans un hôpital psychiatrique.
Le récit remonte aux origines de l’amitié qui lie Martin et Ben pour expliquer ce qui a lentement mené à cette violente conclusion. Amitiés amoureuses et attachements factices, secrets et loyauté, fascination et abnégation, pouvoir et envie, arrogance et froideur : autant de thèmes passionnants, mais traités avec un cynisme tellement clinique que je me suis lassée.

Elizabeth Day, L’Invitation, Belfond, 2018, ♥♥

Greensecondedetrop_250Lisa perd en quelques secondes la trace de sa fille de quatre ans à l’occasion d’une partie de cache-cache. Si le thème de la disparition d’enfant n’est pas original, son traitement rend ce page-turner très efficace et captivant. Trois voix qui alternent dans un récit dynamique, un ravisseur qui se dévoile dès les premières pages et des psychologies complexes qui se dessinent tout au long d’une intrigue très bien pensée. D’un côté, la famille de la petite fille qui – une fois n’est pas coutume – fait front, plutôt que de se déchirer. De l’autre, une femme psycho-rigide, solitaire et meurtrie par la mort tragique de son seul fils. Et un lien inattendu qui se tisse progressivement entre eux…

Linda Green, Une Seconde de trop, Préludes, 2018,♥♥♥♥♥

Huntersousnosyeux_250

Autre enfant, autre disparition, autre variation sur le même thème. Et cette fois-ci, je suis moins convaincue… Pourtant, l’idée d’incriminer les parents dès le début de l’histoire et de dérouler leurs personnalités troubles et forcément coupables est plutôt bien trouvée. Pour autant, il y a trop d’invraisemblances et de rebondissements artificiels pour que le lecteur accroche. Le dénouement – un twist improbable à la limite de la mièvrerie – suffirait à le prouver. Pour autant, le thriller reste divertissant et vaudra notamment pour son analyse des incidences que peuvent avoir les réseaux sociaux sur le déroulement d’une enquête et la perception d’un crime.

Cara Hunter, Sous nos yeux, Bragelonne, 2018, ♥♥♥

Ces livres dont je ne parlerai (presque) pas #7

Ayant souffert de problèmes de dos, j’ai déserté bien malgré moi la blogosphère littéraire et pris un peu de retard dans mes chroniques. Retour en douceur aujourd’hui avec un billet récapitulatif de mes dernières lectures. Deux « j’aime » et un coup de cœur : je ne peux être que ravie. Je remercie sincèrement les éditions Nil, Presses de la Cité ainsi que Netgalley pour ces découvertes aussi plaisantes que variées.

Roussonétéretrouvé_250Victimes d’un corbeau, Lazare et Gérald, amis d’enfance se retrouvent 23 ans après qu’un accident a prématurément mis fin à leur amitié. Un jour funeste qu’ils n’ont pas pu rayer de leur mémoire et qui a conditionné leur vie amoureuse. Alors que Lazare s’interdit d’aimer sa sémillante voisine Séraphine, Gérald se remet quant à lui de son divorce. Une seule issue pour les deux amis : partir à la recherche d’Elisa, victime de l’accident qui les a séparés et dont ils étaient tous deux épris. Se cache-t-elle derrière les lettres accusatrices ?
L’été retrouvé c’est donc une touche de mystère, une amitié renaissante, des amours contrariés ; le tout sur fond de magnifiques descriptions des paysages du Gard. Tellement pittoresque, si bien retranscrit, qu’on rêverait d’adopter région et art de vivre ! A défaut de faire ses valises, on y prend virtuellement son temps avec délice, au fil des pages qu’on parcourt avec une gourmande lenteur, spectateur de la vraie bienveillance des personnages, des remords sincères des repentis, des sentiments authentiques qui ne demandent qu’à s’épanouir. Si beau…

Dany Rousson, L’Eté retrouvé, Presses de la Cité [Terres de France], 2018, ♥♥♥♥♥

Un-manoir-en-CornouaillesCornouailles, 1968. Le Manoir des Lapins noirs est la résidence secondaire de la famille Alton qui y passe des étés simples et heureux, malgré la décrépitude des lieux. Jusqu’au drame qui arrache leur mère aux quatre jeunes enfants.
Années 2000,  Lorna rêve de célébrer son mariage dans ce même manoir qu’elle pense avoir connu dans son enfance. Un souhait qui devient obsession après la visite du site. Lorna est envoûtée au point de s’y installer pour un séjour impromptu. Quel secret se cache derrière les murs en ruine de Pencraw ? Et qui est Caroline, la vieille propriétaire des lieux, qui a tant tenu à la voir honorer cette invitation…
C’est sans surprise que les deux histoires se rejoignent, réunissant des femmes injustement séparées par les épreuves. On s’y attend, mais on se prend au jeu. Eve Chase est en effet non seulement une conteuse de talent, mais aussi la créatrice d’un lieu, à la fois attrayant et rebutant, où elle emporte son lecteur complètement conquis. Bref, une histoire prenante et touchante, des personnages bien campés et une atmosphère captivante.

Eve Chase, Un Manoir en Cornouailles, Nil, 2018,♥♥♥♥

9782258143449ORI

Alice et Jake s’aiment. Pour se le prouver, le couple ne se contente pas d’un mariage, mais accepte d’adhérer au « Pacte » que leur propose l’un des invités, en guise de cadeau. Les jeunes époux pénètrent alors un club fermé (pour ne pas dire sectaire) qui garantit à ses membres, triés sur le volet, la pérennité de leur mariage. La condition à ce bonheur illimité ? Un livret de règles de vie – d’apparence anodines – auxquelles le couple doit absolument se conformer… Quand Alice déroge à l’un des principes, la sanction tombe. Et ce qui devait être un gage de félicité vire au cauchemar.
Excellent à tous points de vue, ce roman engagé et astucieux traite, avec une bonne dose de cynisme, des faux semblants du mariage et des pseudo-recettes pour une vie de couple idyllique. En bref, c’est mordant, captivant, plein de rebondissements. On ne s’ennuie pas un instant : curieux de comprendre le Pacte, d’en saisir les subtilités, puis les impostures et surtout de savoir comment ce couple, attachant et combatif, va s’en sortir ! Drôle, sarcastique, enlevé, rocambolesque, j’en redemande !

Michelle Richmond, Piège conjugal, Presses de la Cité, 2018, ♥♥♥♥♥

Concours bloganniversaire : le résultat !

Le gagnant d’un exemplaire de l’édition spécial 20 ans d’Harry Potter à l’école des sorciers est(clic sur l’image) :

Tirageausort2

Le prix de l’immortalité

« Mon nom est Anna et je ne devrais pas être là. Je ne devrais pas exister. Pourtant j’existe ».

Royaume-Uni, 2140. Un traitement contre la vieillesse et la maladie permet à la population du globe de ne plus mourir. Cette longévité a cependant une contrepartie : les femmes doivent renoncer à donner naissance à un enfant.
Anna est le fruit d’un manquement à cette loi. C’est la raison pour laquelle elle vit recluse dans le pensionnat de Grange Hall, établissement dévolu à l’éducation des enfants nés illégalement. Maltraités, humiliés, endoctrinés, les Surplus doivent y apprendre l’obéissance et la servitude et c’est ainsi qu’Anna s’évertue, chaque jour, à devenir un bon Élément. Toutefois, l’arrivée du Surplus Peter, qui prétend connaître l’histoire et les Malleyparents d’Anna, va peu à peu brouiller les certitudes de la jeune fille.

C’est la couverture de ce roman qui a attiré mon œil, avant que la quatrième ne confirme l’envie de découvrir une histoire et surtout de mieux cerner un genre. Les récits d’anticipation attisent ma curiosité, même si j’en lis relativement peu. J’ai apprécié celui-ci qui, dans une écriture fluide destinée (mais absolument pas réservée) aux adolescents, propose une histoire riche et une réflexion plurielle. Vieillesse/jeunesse, liberté/endoctrinement, écologie ou encore renouvellement des générations, maternité et émancipation : autant de thématiques qui ne laissent pas le lecteur indifférent. Il en va de même de l’émotion qui imprègne l’histoire et rend les personnages résolument attachants, sans pour autant que le roman ne verse dans le manichéisme ou le misérabilisme.

A noter que la série comporte une suite en deux volumes. Qui l’aurait lue ?

Gemma Malley, La Déclaration, Naïve, 2007, ♥♥♥♥♥