Saveurs d’automne

Dans une cabane, au fond des bois, trois amis, Chat, Écureuil et Canard, concoctent, chaque soir d’automne, une délicieuse soupe au potiron. Pour cela, à chacun sa tâche : c’est Chat qui coupe le potiron en petits morceaux et Écureuil qui ajoute l’eau, tourne la soupe et surveille la cuisson. Quant à Canard, c’est à lui que revient de doser le sel.
Ce jour là, Canard revendique toutefois de changer l’ordre des choses : à lui la cuillère en bois ! Mais les autres n’entendent pas lui laisser ce privilège…

Un brin désuet, mais délicieusement original.

Je vous recommande chaleureusement ce charmant petit album, aux couleurs et aux saveurs automnales, qui évoque, en un texte très accessible et amusant, les thèmes de l’amitié, du partage, du compromis.

Un brin désuet au premier abord, le dessin est harmonieux et riche, la mise en page originale.

N’hésitez pas d’ailleurs à vous attarder sur les vignettes qui regorgent de petits clins d’œil : personnages secondaires (des insectes) à déceler, symbolique des objets et une bonne dose d’humour…

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La Soupe au potiron

Helen Cooper
Ecole des Loisirs
2001
♥♥♥♥

Il n’y a rien de meilleur que la bonne soupe au potiron, celle qui est préparée par trois amis chers, qui y mettent toute l’affection qu’ils portent les uns aux autres. La soupe au potiron, avez-vous dit ? Et si nous l’appelions la soupe de l’amitié ? Mais qu’arrive-t-il à cette merveilleuse soupe quand les amis se brouillent ?

Tea Time

Cranford est une petite bourgade anglaise où évolue une population presque exclusivement féminine. Et force est de constater qu’il ne s’y passe pas grand chose. Pourtant, c’est avec délice que le lecteur découvre les petits riens du quotidien de ces « amazones », autour d’une tasse de thé – pas trop sucrée, économies domestiques obligent.A force de lire un peu partout que la plume d’Elisabeth Gaskell ressemblait à celle de Jane Austen, je ne pouvais passer à côté de cette lecture. D’autant que le livre est dans ma bibliothèque depuis quelques années déjà et que la couverture est une invitation à elle toute seule !

Petites mesquineries et autres préjugés

Ce deuxième roman d’Elizabeth Gaskell a paru en feuilleton en 1851 dans l’hebdomadaire Household Words, une publication sous la direction de Charles Dickens. Il en résulte, malgré une édition revue et corrigée en volume, l’impression d’un roman un peu décousu, dépourvu d’un fil conducteur et d’une intrigue solide.

Ceci étant dit, on n’en apprécie pas moins le récit de la narratrice, Mary Smith, qui, à l’occasion des séjours réguliers qu’elle fait à Cranford, croque avec bienveillance la petite vie provinciale de ses hôtes et amies. On y savoure les us et coutumes de ces vieilles filles et veuves, emblématiques de la landed gentry, cette bonne société anglaise modeste attachée à ses valeurs, mais non départie de ses petites mesquineries et autres préjugés.

Tout comme celle de Jane Austen – mais avec moins de subtilité et de piquant – la plume d’Elizabeth Gaskell n’est en effet pas dépourvue d’ironie et on sent poindre, sous le portrait tendre et (parfois trop) indulgent, la critique de ce microcosme et de sa fausseté.
J’ai apprécié l’humour, bien dosé, l’ambiance victorienne et la finesse du style, mais regretté parfois la candeur du propos et quelques longueurs. Ce qui ne m’empêchera pas de poursuivre la découverte

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Cranford
[1851]
Elizabeth Gaskell
Points
2012
♥♥♥♥♥

Mesdames, avez-vous vu ? Un gentleman s’est installé avec ses deux filles à Cranford, un certain capitaine Brown. Il aurait clamé haut et fort l’état médiocre de ses finances ! On lui doit cet abominable chemin de fer qui vient de la bourgade voisine. Accompagnez-moi à l’heure du thé : allons lui rendre une visite de courtoisie pour lui montrer comment les choses se passent chez nous, à Cranford.

Cruauté enfantine

Femme heureuse, amie choyée, mère accomplie, Laura mène la vie parfaite dont elle a toujours rêvé. Un bonheur sans faille interrompu par l’appel de détresse de la mère d’une de ses anciennes camarades de classe. Heddy est hospitalisée pour des troubles psychiatriques et sa famille compte sur Laura pour la sortir de cette situation.
C’est avec réticence que Laura accepte d’apporter son aide à celle qui était en vérité un souffre-douleur. Si elle décide d’agir, c’est avant tout pour se débarrasser d’une situation qu’elle juge embarrassante, avant que la culpabilité ne prenne progressivement le pas…

Culte des apparences et culpabilité

Dans un style fluide et sans fard, Suzanne Bugler déconstruit, au fil des pages, la vie prétendument parfaite des personnages de son roman. L’occasion d’une critique acerbe du culte des apparences et d’un tableau assez réaliste de la culpabilité, transmise ici au fil des générations. Contrairement à mon attente (les couvertures sont trompeuses !), pas de crime dans ce thriller, mais je n’en ai pas été moins happée par cette lecture. D’abord amusée par le récit au vitriol d’une vie de couple à la dérive et d’amitiés factices, puis avide de connaître l’issue de la rédemption du personnage principal.
Ceci dit, l’auteur n’en est pas pour autant complaisant : à chacun d’assumer les conséquences de ses actes.

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Ce bonheur trop parfait

Bugler Suzanne
Presses de la Cité
2012
♥♥♥♥

Laura a la vie parfaite dont elle a toujours rêvé : un mari avocat et des enfants merveilleux, des amies riches, une maison dans la banlieue cossue de Londres. Un jour, elle reçoit un appel de détresse de la mère de Heddy, une ancienne camarade d’école. Ni jolie ni intelligente, mal dans sa peau, celle-ci était le souffre-douleur de Laura et ses amies. A présent internée dans un asile psychiatrique, elle demande avec insistance à revoir Laura…

Délicieux !

« Chaque dimanche, exaspéré, il voyait toute la famille débarquer au beau milieu de la confession, Lady Emily échappant tantôt son foulard, tantôt son livre de prières, et s’évertuant, dans des murmures bruyants et affectueux, à placer les siens […] elle se conduisait dans l’ensemble comme si l’église était la demeure d’un ami ».

Une curiosité : tout y est extravagance, oisiveté, dilettantisme !

Les éditions Charleston recèlent décidément de véritables perles et ce roman datant de 1934 en est une, baroque à souhait ! Ne vous fiez pas complètement à la quatrième de couverture qui ne rend pas suffisamment hommage à ce livre qui pourrait passer pour une seule romance, un peu mièvre. Le Parfum des fraises sauvages est une curiosité : tout y est extravagance, oisiveté et dilettantisme. Ce postulat accepté, on se régale et on s’amuse franchement au sein de cette famille bourgeoise, caricature indubitable d’elle-même. Angela Thirkell, dans un style désopilant et inédit, s’en moque gentiment et nous, lecteur, de la suivre avec délice ! Un excellent roman !

Thirkellfraisessauvages_250Le Parfum des fraises sauvages
Angela 
Thirkell
Charleston
2016
♥♥♥♥♥

Mary Preston, jolie jeune fille sans fortune, est invitée par sa tante Agnès à passer l’été dans sa splendide propriété familiale, au cœur de la campagne anglaise. À Rushwater House, la saison s’annonce pleine de surprises, de frivolités et d’insouciance. Mais le cœur de Mary sera mis à rude épreuve face au séduisant et séducteur David Leslie, l’artiste de la famille qui navigue entre Londres et Rushwater… Cependant, Agnès et sa mère, la sémillante Lady Emily, espèrent persuader la jeune femme de faire un tout autre mariage, bien plus convenable. Entre les balades au clair de lune dans les jardins resplendissants et le grand bal organisé à Rushwater, cet été comblera-t-il les espérances romantiques de Mary ?

Douleur maternelle

« Elle était bel et bien en train de subir la pire chose qui puisse arriver à un parent. La pire de toutes. ».

Trois enfants enlevés dans une même localité. Une enquête pour rapt qui piétine. Et pour Helen et Sean, la preuve que cela n’arrive pas qu’aux autres. Alors qu’ils en ont confié la garde à leur fille adolescente, leur petite Frankie de 3 ans disparaît à son tour, enlevée dans son lit.
L’inspecteur principal Patrick Lennon sait qu’il a peu de temps pour retrouver le ravisseur de ces quatre victimes, d’autant qu’un des enfants est retrouvé mort dans un camp de nomades. Mais les coupables ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Et Patrick Lennon le sait, l’amour qu’une mère porte à son enfant ne l’empêche pas toujours de commettre l’irréparable…

Quatre mains pour un thriller efficace et haletant.

Heureusement que je ne me suis pas fiée à ma première impression, due au titre (français) de ce thriller (que je continue à trouver peu convaincant, même si je ne suis pas bien plus inspirée !). Parce que celui-ci mis à part, je n’ai absolument rien à reprocher à ce roman écrit à quatre (talentueuses) mains !
Tout y est réuni pour en faire une lecture prenante : page-turner aux chapitres courts et aux voix multiples, intrigue efficace et rebondissements pluriels bienvenus, analyse psychologique fine des personnages – pour certains bien plus complexes et impliqués qu’il n’y paraît, toutes générations et relations familiales confondues.
Ce qui fait le petit plus de ce thriller et contribue à mon coup de cœur, c’est le traitement de son thème – somme toute plutôt convenu – mais envisagé ici avec une certaine originalité, dans le fait notamment que l’inspecteur Lennon soit indirectement et personnellement concerné. Et de fait, persévérant, humain, et particulièrement attachant.
Je n’en dirai pas plus… lisez-le ! De mon côté, j’attends la suite de cette série prometteuse avec impatience et remercie les éditions AmazonCrossing (via Netgalley) pour cette lecture idéale en cette fin d’été.

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Le Berceau de la peur

Louise Voss & Mark Edwards

AmazonCrossing
2017
♥♥♥♥♥

La première enfant a été enlevée chez elle.
Le deuxième, dans la voiture de sa mère.
Et la troisième, dans sa propre chambre à coucher…
Lorsqu’un soir, Helen et Sean Phillips sortent en laissant leur fille aînée de 15 ans garder sa petite sœur Frankie, ils ignorent qu’ils s’apprêtent à vivre le pire cauchemar de tous les parents.

Versatile

Pourquoi faut-il lire Les Mystères d’Avebury ?

Pour son intrigue captivante (un kidnapping non résolu) qui se double d’un contexte historique pertinent et riche, sans jamais être pesant (Junius, le sujet de thèse du personnage principal). Passionnant !

Pour David Umber (un témoin, finalement plus concerné qu’il ne le pense), protagoniste doté d’une vraie psychologie et d’une grande sensibilité. Pas d’atermoiements, de vrais états d’âmes, un brin de cynisme  et une grande ténacité. Touchant !

Pour les méandres de ce roman, aux allures de jeu de piste. Tout comme le personnage principal –  figure de l’antihéros par excellence – le lecteur est confronté à une enquête pleine de rebondissements (un peu trop pour être crédibles ?). Indices historico-littéraires semés à tout vent, voyages et lieux empreints de mystère, fausses pistes, voltefaces et témoignages sujets à caution…  Prenant !

Un jeu de piste pertinent.

Et si je frôle seulement le coup de cœur, c’est en raison de quelques longueurs, coïncidences et ficelles un peu grosses. Ce petit bémol mis à part, je recommande vivement ce thriller et remercie les éditions Sonatine et Netgalley pour cette lecture très appréciée.

CVT_Les-mysteres-dAvebury_5198Été 1981. Un mystérieux correspondant a donné rendez-vous dans un petit village du Wiltshire à David Umber, un jeune étudiant, pour lui transmettre des informations inédites sur le sujet de sa thèse. Alors qu’il l’attend, David est témoin d’un fait divers qui va bouleverser son existence. Trois jeunes enfants qui se promenaient avec leur baby-sitter sont victimes d’une terrible agression. Un homme kidnappe Tasmin, deux ans, et s’enfuit à bord de son van. Alors qu’elle essaye de s’interposer, la petite Miranda, sept ans, est percutée par le véhicule. Tout se passe en quelques secondes. David, comme les deux autres témoins de la scène, n’a pas le temps de réagir. À peine peuvent-ils donner une vague description de l’agresseur. Printemps 2004, Prague. Après une histoire d’amour avortée avec la baby-sitter des enfants, David, qui a tout quitté pour refaire sa vie, est contacté par l’inspecteur Sharp, chargé à l’époque de l’enquête. Sharp lui demande de l’accompagner en Angleterre pour essayer de faire enfin la lumière sur la disparition de Tasmin. Littéralement hantés par cette affaire, les deux hommes reprennent un à un tous les faits. Bientôt, de nouvelles questions se posent sur la configuration des lieux, sur la présence des témoins, sur la personnalité des victimes. Le drame cache encore bien des secrets et ce nouvel éclairage risque fort d’être meurtrier.
Robert Goddard, Les Mystères d’Avebury, Sonatine, 2017, ♥♥♥♥

 

Imposture

Tu sais, il faut toujours qu’elle raconte des histoires et prétende être une autre. 

Comment un jeu entre sœurs jumelles qui intervertissent banalement leurs identités peut-il mener à la déchéance de la moins chanceuse des deux. Voilà ce que nous raconte A sa place, un thriller rendu captivant par sa construction efficace (un style fluide, des chapitres courts qui alternent entre présent et passé, un mode de narration particulier et intéressant) et par la tension qu’il installe dès les premières lignes.
Morganplace_250Avec une certaine fébrilité, le lecteur n’aspire qu’à une seule chose : comprendre comment l’inversion a pu être acceptée de tous et tenter de deviner jusqu’à quels extrêmes peut mener un secret de famille trop bien gardé. Ingénieux.
Pourtant un je-ne-sais-quoi me laisse sur ma faim. Malgré l’intensité et le sérieux du thème, le propos reste un peu superficiel.  En outre, la révélation finale – ce qui justifie la trahison familiale – n’est ni un rebondissement (pourtant attendu par les lecteur du genre), ni tout à fait vraisemblable.
Un thriller divertissant et réellement prenant, mais une fin que je qualifierais d’inaboutie. Dommage… Merci aux éditions Presses de la Cité pour cette lecture !

 Ann Morgan, A sa place, Presses de la Cité, 2017, ♥♥♥