Littérature américaine, Roman, Thriller/policier

Vengeance prodigieuse

Méthode 15-33 est un thriller captivant que je recommande vivement et notamment pour son personnage principal surprenant. Shannon Kirk nous immerge dans l’esprit d’une jeune femme douée d’une inKirk1533_250telligence, d’un esprit d’analyse et d’une maîtrise d’elle-même hors norme. Bien qu’elle soit enlevée, séquestrée et enceinte de 8 mois, celle-ci ne cède absolument pas à la peur, mais échafaude un plan diabolique au triple but : s’échapper, sauver son enfant et se venger de son ravisseur.
L’intérêt du lecteur focalise alors sur cet esprit machiavélique et sur son plan dévastateur. Même si l’on reste souvent pantois face à la froideur calculatrice de l’adolescente, on ne peut s’empêcher de savourer sa victoire. Un renversement de situation jubilatoire – où la victime devient bourreau – qui fait la richesse et l’originalité de ce roman.
Je remercie chaleureusement les éditions Folio pour ce très bon thriller !

Shannon Kirk, Méthode 15-33, Folio, 2017, ♥♥♥♥

Littérature américaine, Roman, Thriller/policier

Résilience

Un jour de fin d’été, sur une plage des Cornouailles, Olivia, trois ans, disparaît. Effondrés, ses parents Maggie et Colin attendent en vain que l’Océan leur restitue le corps de l’enfant.
Quelques semaines plus tard, non loin de là, c’est la rentrée des classes pour Hailey, cinq ans. Jennifer s’en fait une fierté mais depuis quelque temps, sa petite fille est distante et craintive, si bien que Jennifer se laisse parfois déborder par la nervosité. D’autant que son mari est absent, qu’elle affronte seule une nouvelle grossesse, et que certaines bribes de son passé lui reviennent comme enveloppées de brouillard.
Alors que Maggie traverse la pire épreuve de sa vie, Jennifer veut redonner l’apparence du bonheur à sa famille fracassée. Intriguée par la fillette mutique, Katie, une jeune
institutrice passionnée par son métier, pousse Hailey à mettre des mots sur les démons qui l’étouffent (quatrième de couverture).

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Un superbe roman, très fluide et haletant, qui se lit en quelques heures. La réussite de l’auteur est de créer un suspense là où on ne l’attend pas. Dès les premières pages, le lecteur comprend que Jennifer souffre d’une confusion mentale et qu’Hailey n’est autre qu’Olivia. C’est la situation de résilience, thématique centrale de ce récit, qui installe une tension progressive. On attend et on espère, avec la petite fille, le dénouement qui lui permettra de redevenir Olivia et de retrouver sa vraie famille. On s’inquiète de sa résignation, on s’émerveille de la combativité intelligente d’une si jeune enfant. On s’émeut des failles maternelles qui ont mené aux drames respectifs, des forces et faiblesses de l’ensemble des protagonistes de cette double tragédie et de l’impossible travail de deuil.  Un réel coup de cœur pour moi et je remercie très chaleureusement les éditions Presses de la Cité pour cette lecture touchante et prenante.

Linda Huber, Une mer si froide, Presses de la Cité, 2017, ♥♥♥♥♥

 

Littérature américaine, Roman

You are not alone

Ginny Moon a raison. Elle le sait en son for intérieur – qui ne la laissera d’ailleurs absolument pas en paix tant qu’elle n’aura pas retrouvé sa poupée. Une poupée à nourrir. Une poupée à aimer. Une poupée à sauver. Et pour cela une mère biologique à ré-affronter.

Les adultes s’y méprennent. On accuse les errances obsessionnelles de son esprit d’enfant autiste. On reproche à la jeune fille son ingratitude : pourquoi s’échiner à retrouver une mère maltraitante quand on a une famille adoptive aimante ? On ne la comprend pas. Et surtout, malgré l’affection qu’on lui porte, on rejette bientôt sa spontanéité, en l’éloignant du bébé nouvellement né dans sa famille d’accueil. Elle pourrait en effet lui faire du mal.

ELudwigginnymoon_250t pourtant. Ginny Moon a raison. Sa poupée, c’est sa petite sœur biologique, ce nourrisson qu’elle a élevé en secret, parce que leur mère les délaissait, alors qu’elle n’avait que 9 ans (et désormais il lui faudra toujours autant de grains de raisin à son petit-déjeuner). Un bébé qu’elle a nourri avec une serviette trempée dans du lait, qu’elle a couvé, cajolé, protégé de tous. En le cachant dans une valise quand la Police a débarqué pour les soustraire aux maltraitances maternelles. Elle doit donc retrouver sa poupée. Coûte que coûte. Car leur vraie mère de saura pas s’en occuper.
Et là encore Ginny Moon a raison.

Un magnifique roman, bouleversant de tendresse. L’auteur, lui-même parent adoptif d’un enfant autiste, nous plonge dans l’esprit torturé et tenace d’une jeune fille qu’on a bien tort de ne pas prendre au sérieux. Le tout servi par une plume à la fois légère et drôle (ce sont les propos d’un enfant différent) mais aussi émouvante et nerveuse.  L’idée étant de partager les pensées cycliques, les angoisses, les obsessions et les doutes, mais aussi les passions (Ah ! Mickael Jackson !) et les espoirs de Ginny pour mieux les comprendre. Et surtout pour mieux LA comprendre, s’adapter à elle et lui faire enfin confiance.

Merci aux éditions HarperCollins de m’avoir permis de lire ce superbe roman sur ma liseuse et par le biais de Netgalley.

Benjamin Ludwig, Ginny Moon, HarperCollins, 2017, ♥♥♥♥♥

Littérature américaine, Roman, Thriller/policier

Palimpsestes

Après un drame éprouvant, Jane cherche à tourner la page. Lorsqu’elle découvre le One Folgate Street, elle est conquise par cette maison ultra moderne, chef d’œuvre de l’architecture minimaliste, parfaite. Mais pour y vivre, il faut se plier aux règles draconiennes imposées par son architecte, Edward Monkford, aussi mystérieux que séduisant. Parmi celles-ci : répondre régulièrement à des questionnaires déconcertants et intrusifs. Peu à peu, Jane acquiert une inquiétante certitude : la maison est pensée pour transformer celui qui y vit. Or elle apprend bientôt qu’Emma, la locataire qui l’a précédée et qui lui ressemble étrangement, y a trouvé une fin tragique.
Alors qu’elle tente de démêler le vrai du faux, Jane s’engage sur la même pente, fait les mêmes choix, croise les mêmes personnes… et vit dans la même terreur que la fille d’avant (quatrième de couverture).

J’ai abordé ce thriller avec beaucoup de curiosité, notamment parce que les éditions Mazarine m’en ont envoyé une version hors commerce, à la mystérieuse couverture blanche reliée et à la tranche d’un rouge profond. Un volume massif et sobre, un rien froid, un rien sanglant, mais néanmoins tentant et qui n’a pas été sans me faire penser à Folgate Street. Merci pour ce cadeau !

De l’histoire de ce roman, je dirai peu : la quatrième de couverture est aussi claire qu’alléchante. L’intrigue se tient, va bon train et peut même paraître un peu convenue.

D’une certaine manière, le récit m’a semblé moins important que la construction particulièrement habile du texte. Une alternance de chapitres brefs et fluides et rendus d’autant plus captivants, deux voix qui s’entrecroisent (le passé d’Emma et le quotidien de Jane) pour raconter un parcours et un ressenti finalement identiques : celui de femmes prisonnières d’une maison et d’une relation amoureuse progressivement asphyxiantes. Edward Monkford, figure parfaite du pervers narcissique, froid et manipulateur, avide de perfection, pousse en effet le vice jusqu’à faire vivre des scenarii identiques à ses proies.

C’est là le premier tour de force de J. P. Delaney : le lecteur, bien qu’il lise deux histoires qui se répètent en de nombreux points, ne s’ennuie pas, ne se perd pas et reste, au contraire, totalement captivé par les multiples jeux sur le double qui émaillent le texte : doubles chapitres, doubles portraits, doubles personnalités, double vies…Delaneyfilleavant_250
L’auteur propose ainsi une déclinaison littéraire intéressante et étonnante du palimpseste : l’histoire de Jane qui recouvre celle d’Emma « fille d’avant », les personnages qui cherche à effacer leurs souvenirs douloureux et à réécrire une nouvelle vie, les notions de construction/déconstruction qui s’appliquent aussi bien à l’architecture du lieu (Folgate Street n’est rien moins qu’un mausolée) qu’à la structure du roman. On pourra citer, mais la liste est longue, la manière dont le récit détruit progressivement le mensonge d’Emma pour rétablir la vérité. Ou le subtile renversement final, à l’occasion duquel Jane, révèle son machiavélisme et renverse littéralement la situation. Et nos certitudes. Et le sens du récit. Bref, tout est à recommencer !

Deuxième tour de force, réussir à ancrer l’intrigue dans un lieu fascinant – double de son propriétaire et constructeur – qui, par sa singularité et le rôle qu’il joue, crée sur le lecteur le même effet d’attirance et de répulsion que sur les personnages. On entre dans le roman comme on pénètre dans Folgate Street. Et on a bien du mal à en sortir !

En bref,  c’est angoissant, prenant et réellement bien pensé ! Je recommande !

J.P. Delaney, La Fille d’avant, Mazarine, 2017, ♥♥♥♥

Littérature américaine, Roman

Amours littéraires

Hallie Erminie, issue d’une famille de planteurs du Kentucky, est une jeune femme de caractère. À New York, où elle s’est mis en tête de trouver un éditeur qui publierait son premier roman, elle fait la connaissance de Post Wheeler, un journaliste célibataire et fier de l’être. Sous des abords arrogants et rustres, il est en fait d’une compagnie agréable.
Tous deux discutent à bâtons rompus de la vie culturelle new-yorkaise, bouillonnante en cette fin de 19e siècle, et s’attachent l’un à l’autre sans oser se l’avouer. Malheureusement, quand Post part pour l’Alaska du jour au lendemain, la possibilité d’une histoire d’amour s’évanouit.
Commence alors un chassé-croisé, des États-Unis à l’Italie en passant par l’Angleterre et la France. À chacune de leurs rencontres, les sentiments des deux jeunes gens ne font que croître. Le destin les réunira-t-il enfin ? (quatrième de couverture)

Grâce à Netgalley et avec ce roman à la magnifique couverture, je découvre enfin l’écriture et l’univers de Sarah McCoy. Et c’est une belle surprise pour moi que cette biographie romancée de l’écrivain Hallie Erminie Rives !

Ne nous cachons rien : cet ouvrage sera plutôt à réserver aux amatrices de romances. L’histoire – qui n’a pas été sans me rappeler à l’occasion Orgueil et préjugés – est essentiellement celle d’un amour prétendument impossible qui finit bien évidemment par se réaliser.
McCoysoufflefeuillespromesses_250Toutefois, le roman ne verse pas pour autant dans le sentimentalisme. Les amoureux sont deux personnalités fortes, ayant chacune à cœur de mener à bien leur carrière, de défendre leurs valeurs, de respecter l’indépendance de l’autre.
Outre l’épaisseur psychologique des personnages, on peut saluer la volonté de l’auteur de donner une véritable consistance à son récit. Contexte historique et politique, émancipation féminine, références littéraires, parcours atypique et documenté de chacun des protagonistes (de la plantation au milieu de l’édition, en passant par une expédition en Alaska, un détour par la prospection d’or, pour aboutir au Japon pour une mission de haute diplomatie…) attisent l’intérêt du lecteur, quel qu’il soit !

Ne nous cachons rien en effet : je ne suis pas une amatrice de romance et pourtant je ne boude absolument pas le plaisir que j’ai eu à suivre les amours mouvementées d’Hallie Erminie et Post. Laissez-vous tenter ! Et un grand merci aux éditions Michel Lafon pour cette « révélation » !

Sarah McCoy,  Le souffle des feuilles et des promesses, Michel Lafon, 2017, ♥♥♥♥

Littérature américaine, Roman, Thriller/policier

Machiavélique adolescence

Amelia a tout juste 15 ans lorsqu’elle se suicide en sautant du toit de son école. Bien qu’élevée par Kate, mère célibataire professionnellement débordée et trop absente, elle était aux yeux de tous une jeune fille sans problème, intelligente, sociable, mature. C’est donc l’incompréhension et le doute qui prennent progressivement le pas sur le chagrin et le désespoir. D’autant plus qu’un SMS envoyé à Kate vient bientôt remettre en question les conclusions de la police : Amelia n’aurait pas sauté.

Amelia est un page-turner réussi qui sait capter l’attention du lecteur, à la fois par son histoire et son style. On s’intéresse à la vie de cette adolescente, finalement plus fragile et plus influençable qu’il n’y paraît, à l’impact que peuvent avoir les amitiés factices et le harcèlement sur des personnalités en devenir. On partage la douleur et les doutes d’une mère, qui outre le décès, doit surmonter ce qu’elle apprend des failles de son enfant, de sa propre responsabilité, de ce que l’absence paternelle peut engendrer.

L’immersion du lecteur dans cette histoire tragique est également la conséquence d’une construction habile et travaillée du récit. C’est le choix d’une alternance de voix – des chapitres qui nous entraînent soit dans le vécu d’Amelia, soit dans les recherches de Kate – qui accroît l’envie d’en savoir davantage.
S’y ajoute le parti-pris du mélange de styles : outre les deux récits, l’auteur nous donne progressivement à lire – comme le fait Kate – des extraits de la page Facebook ou des conversations par SMS de la jeune fille. Un travail d’écriture efficace – même si le style prétendument adolescent frôle parfois le pastiche – qui non seulement captive le lecteur, mais prend en outre un sens tout particulier à la fin du roman (une mise en abyme et un rebondissement dont je ne trahirai pas le contenu !).

Kimberly McCreight, Amelia, Le Cherche midi, 2015, ♥♥♥♥

Littérature américaine, Roman

Evanouie !

La dernière chose que Mary et Karl entrevoient de leur mère, c’est la flamme de ses cheveux roux émergeant du biplan qui l’emporte pour toujours aux côtés d’un pilote acrobate… Devenus orphelins, les enfants montent dans un train de marchandises afin de trouver refuge chez leur tante, dans le Dakota du Nord.
Ainsi commence, en 1932, une chronique familiale qui s’étend sur plus de quarante ans, et fait vivre toute une galerie de personnages hors du commun en proie aux paradoxes de l’amour (quatrième de couverture).

Avec ce roman, se pose pour moi une question récurrente : suis-je encore en mesure d’apprécier ce type de lecture en étant devenue une inconditionnelle du thriller ? Ce que je reprocherais en effet essentiellement au Pique-nique des orphelins, c’est sa lenteur, l’absence de rebondissement, la linéarité d’une histoire de famille qui n’a pas su m’intéresser autant que je l’espérais.

Les débuts me semblaient pourtant prometteurs. A l’occasion d’une fête foraine, trois enfants sont lâchement abandonnés par leur mère qui préfère s’envoler aux côtés d’un pilote d’avion en démonstration. Nous sont alors donnés à lire, trois itinéraires de vie, marqués à jamais par cet abandon. Trois destins qui se croisent, sans jamais se rejoindre réellement. Trois personnalités qui se dessinent et se forgent au gré des événements et des rencontres, à cause des fêlures du passé ou malgré elles.

Une trame intéressante donc, un style très littéraire et très agréable, mais des personnages pour lesquels je n’ai finalement pas eu assez d’empathie. Leur froideur, leurs extravagances, leur fierté, leurs choix de vie quoique légitimés par leur histoire et compréhensibles, ont fini par me lasser, notamment dans l’atavisme qui contamine jusqu’à la génération suivante. Autres regrets : certaines lacunes volontaires qui laissent le lecteur un peu démuni, un texte qui s’achève sur une fin des plus ouvertes et bon nombre de questions sans réponse…

Un roman que j’ai eu donc un peu de mal à terminer, mais peut-être ai-je eu le tort d’en attendre trop. Question subsidiaire : je n’ai pas compris le choix du titre… Avis aux autres lecteurs pour une explication !

Louise Erdrich, Le Pique-nique des orphelins [1986], Albin Michel, 2016, ♥♥