Jeunesse, Littérature française, Roman

Tarzan : sacré galop, hein ?

Les pensées secrètes d’un poney grincheux enfin dévoilées !
« Je me suis fait avoir sur toute la ligne ! Mon ami Noé a déménagé et sa famille m’a collé en pension au club des Edelweiss, un endroit abominable ! Rempli de stars à crinières tressées et de ponettes à leurs mémères ! Tout ça me rend vraiment… méchant ! Et les choses ne s’arrangent pas quand on m’inflige Jeanne, la pire cavalière qui soit, et qu’on m’oblige à partir en randonnée avec cette maladroite hargneuse sur le dos… »

Alixtarzanponeyméchant_250Un roman jeunesse illustré (par Louis Thomas) intelligent et méchamment drôle à mettre dans les mains de vos bambins.
Et en tant qu’adulte, j’ai moi aussi souri du début à la fin de ma lecture. Il y a, bien sûr, le plaisir de parcourir les aventures de Tarzan, poney malchanceux et caractériel, et finalement pas si méchant qu’on le croit.
Mais, plus encore, c’est l’humour cynique et impertinent de Cécile Alix qui vaut le détour et transparaît dans un texte subtile, documenté et merveilleusement annoté !
Merci aux éditions Poulpe Fictions (via Netgalley) : j’ai adoré !

Cécile Alix, Tarzan poney méchant, Poulpe Fictions, 2013, ♥♥♥♥♥

Jeunesse, Littérature canadienne, Roman, Thriller/policier

Meurtre au pensionnat

Montréal, Noël 1920. Les élèves d’un pensionnat se réveillent en sursaut au beau milieu de la nuit : on a poussé un cri effroyable. La sœur économe a été attaquée dans son sommeil : un fantôme aurait tenté de l’étrangler. La supérieure confie alors l’enquête à son élève la plus douée : sa petite-nièce, Vipérine Maltais,  une fameuse détective en herbe !

Je dois avouer que j’ai abordé la lecture de ce roman dans de très bonnes dispositions : couverture (avec neige) et illustrations attrayantes de Gianni De Conno, présentation soignée de cette collection et surtout thématique du pensionnat conjointe à l’ambiance québécoise… Et je n’ai pas été déçue.
Brienmortels_250Particulièrement bien écrit, ce roman jeunesse propose une petite enquête bien menée, facile à comprendre sans être pour autant simpliste. Si le coupable est aisément identifiable (par l’adulte), les « Mortels Noëls » que Vipérine doit élucider reposent sur un fond culturel et littéraire riche et inattendu.
Il peut donc constituer une initiation de qualité au roman policier. Quant au personnage principal, il est immédiatement sympathique au lecteur pour son impertinence facétieuse et son intelligence, qui ferait presque oublier le manque de crédibilité (pour l’adulte) d’une Sherlock Holmes de 13 ans…
Seul petit bémol (vraiment tout petit) – que la lecture des autres volumes de la série infirmera peut-être – j’aurais aimé en apprendre davantage sur la vie des couventines de ce pensionnat montréalais, trop effacée, à mon goût, derrière l’énigme  policière…

Sylvie Brien, Mortels Noëls, Gallimard Jeunesse, 2004, ♥♥♥♥

Album, Jeunesse, Littérature française

A tire-d’aile

Un matin d’hiver, un petit oiseau esseulé sur sa branche voit s’approcher l’un de ses congénères. Celui-ci chante pour lui et le réchauffe, puis l’accompagne dans sa découverte du monde, avant de le laisser faire ses propres expériences…

Battutdeuxoiseaux_300L’ensemble des illustrations qui composent cet album sont dans l’esprit de l’image de couverture : de larges aplats, peu de détails, des couleurs froides – un camaïeu de gris et de beige – avec pour seule exception le ventre rouge des deux oiseaux qui attire spontanément le regard du spectateur.

Une atmosphère relativement sombre, peut-être un peu triste ou grave, mais qui symbolise parfaitement la curiosité inquiète du petit oiseau qui découvre le monde. Aux images épurées correspond un texte lapidaire, mais qui n’en est pas moins évocateur, symbolique et touchant.

Eric Battut, Deux oiseaux, Autrement Jeunesse, 2004, ♥♥♥♥♥

Jeunesse, Littérature anglaise, Roman

Huis clos

Coraline vient d’emménager dans une nouvelle maison. Parce que ses parents, trop occupés, la délaissent, la petite fille trompe son ennui en explorant l’appartement. Elle pénètre dans une pièce dont on lui a interdit l’entrée, pousse une porte condamnée et découvre, au bout d’un sombre couloir, un appartement identique en tous points au sien. Elle y est accueillie par des gens en apparence semblables à ses parents, à une exception près : ils ont des boutons à la place des yeux. Au premier abord, ces “autres” parents s’avèrent chaleureux et disponibles, mais Coraline déchante bientôt…

J’ai été happée par cette lecture, même si un certain manque d’originalité de l’histoire – variation autour d’un thème déjà très exploité – et plusieurs clichés m’empêchent de la considérer comme un véritable coup de cœur.

La singularité de ce roman résiderait plutôt dans l’effet produit par l’atmosphère trouble distillée par l’auteur. Parfois merveilleux, souvent inquiétant, versant ponctuellement dans l’horreur et le macabre, cet univers, qui joue essentiellement des peurs banales et enfantines, fascine et oppresse tour à tour, même – et peut-être plus encore – le lecteur adulte.

Neil Gaiman, Coraline, Albin Michel Wiz, 2003, ♥♥♥
Album, Jeunesse

Cultiver son imaginaire

Victor se voit confier trois sous et la mission de rapporter à ses parents une grande tranche de poésie. Mais où déniche-t-on ce genre de chose ? Ni à la boulangerie, ni à la boucherie, ni à la pharmacie… pas même à l’école ! Victor ne se laisse pas abattre pour autant et poursuit son investigation : la poésie serait-elle dans les nuages, dans la cuisine, dans le grenier, dans le jardin ou à la bibliothèque ? Et si elle était tout simplement dans le plaisir « au goût de sucre et d’interdit » que Victor ressent en dépensant les trois sous en bonbons ?

Cet album m’a été offert par Les P’tits Bérets et je les remercie chaleureusement pour cette superbe découverte ! N’hésitez pas à faire un tour sur le site de cette maison d’édition dont on ne peut qu’apprécier la vocation :

[Nos livres] font la part belle à la tolérance, au libre-arbitre et au respect des différences tout en développant l’imaginaire. Ils accompagnent les grandes étapes de la vie et de l’enfance pour aider à grandir et à réfléchir par soi-même. 

Mais revenons à cet album d’une grande richesse… Côté texte, Gaelle Péret propose une histoire sobre et tout en douceur, aux mots choisis, pour délivrer un message primordial. La poésie, toujours impalpable, souvent ineffable et pourtant essentielle, est à trouver dans les petits bonheurs du quotidien. Ici ou ailleurs et finalement partout autour de soi, à condition de bien la chercher et de se laisser inspirer !

Côté images, les illustrations (avec trois rabats pour plus de surprises) m’ont emportée. Gérald Guerlais crée un monde animalier fantaisiste et malicieux, en rondeurs, coloré, exotique et, comme pour le texte, riche de significations, d’indices, d’histoires parallèles et de sens cachés. Bref, une seconde invitation à un voyage onirique… et poétique !

 

Gaëlle Peret, Gérald Guerlais, Une Tranche de poésie,
Les Petits Bérets, 2015, ♥♥♥♥♥