C’est lundi, que lisez-vous ? #33

Séduite par l’initiative de Galleane, je me plie avec plaisir à ce petit exercice hebdomadaire dont le principe est simple. Il s’agit de répondre, en mots ou en images, aux trois questions suivantes :

Qu’ai-je lu cette semaine ?

Kitsonmanuel_250Manuel de survie à l’usage des jeunes filles
Mick Kitson
Métailié, 2018

Que font deux gamines en plein hiver dans une des plus sauvages forêts des Highlands, à des kilomètres de la première ville ?
Sal a préparé leur fuite pendant plus d’un an, acheté une boussole, un couteau de chasse et une trousse de premiers secours sur Amazon, étudié le Guide de survie des forces spéciales et fait des recherches sur YouTube. Elle sait construire un abri et allumer un feu, chasser à la carabine. Elle est capable de tout pour protéger Peppa, sa petite sœur.
Dans le silence et la beauté absolue des Highlands, Sal raconte, elle parle de leur mère désarmée devant la vie, de Robert le salaud, de la tendresse de la sorcière attirée par l’odeur du feu de bois, mais surtout de son amour extraordinaire pour cette sœur rigolote qui aime les gros mots et faire la course avec les lapins.

Et aussi…

Couverture Le chef de rang désenchanté

Le Chef de rang désenchanté
James Barbier
Vérone, 2018

Employé consciencieux, Jason Martel aspire depuis longtemps à évoluer professionnellement au sein de son entreprise. Mais malgré ses efforts constants, aucune opportunité à l’horizon. Tout est gelé, pour tout le monde. Jusqu’au jour où son chef de service finit par lui annoncer que des évolutions auront lieu… et qu’il n’en bénéficiera pas. Jason le prend mal. Très mal.
C’est le début d’une longue descente aux enfers, faite de confrontations permanentes avec sa hiérarchie, d’affrontements incessants où la tension atteint son paroxysme. Désenchantement, désillusion, humiliation, déception… Jason va tout connaître. Et se faire miner par sa haine envers ses responsables. En sortira-t-il indemne ?

Que suis-je en train de lire ?

Couv 1(1)

L’Essence des Ténèbres
Tom Clearlake
Moonlight, 2018

La petite ville de St. Marys est frappée par des disparitions d’enfants inexpliquées. Cinq au total, en l’espace de quatre mois. Bien qu’aucun indice formel n’ait été relevé par les forces de police, tout porte à croire qu’il s’agit d’enlèvements. Le FBI est chargé du dossier.
L’agent spécial Eliott Cooper est envoyé sur place pour enquêter.
Peu à peu, il va être confronté à des faits qui ne relèveront plus de ses compétences d’agent, mais de sa capacité à lutter contre un mal obscur qui semble s’être emparé des forêts alentour de la ville… et ça n’est que le début de son enquête.

Que vais-je lire ensuite ?

cover149098-mediumLes Quatre Filles du docteur Moreau
Janine Boissard
Fayard, 2018

Elles sont quatre sœurs, entre douze et vingt-deux ans. Claire la princesse, qui rêve d’être mannequin  ; Bernadette l’indomptable, passionnée par la défense des arbres, ces seigneurs  ; Pauline qui rêve d’écrire et Cécile, la poison, incorrigible accro à son portable. Elles ont un père médecin, une mère «écouteuse» et vivent à La Marette, une maison entourée d’un jardin, non loin de la ville. On y rit, on y pleure, on s’y brouille et s’y réconcilie, mais avent tout on s’y sent bien.
Avec Les quatre filles du docteur Moreau, Janine Boissard fait revivre L’esprit de famille, saga culte des années soixante-dix, en lui donnant les couleurs d’aujourd’hui. Poussez la porte de La Marette, entrez dans cette famille. C’est la vôtre.

Concept !

C’est bien évidemment le format atypique de l’ouvrage – aux allures de catalogue d’un grand magasin suédois connu – qui m’a fait de l’œil. Ajoutez-y le titre Horrorstör (l’horreur étant ma nouvelle marotte) et l’avis du libraire épinglé sur la couverture mentionnant un “OVNI littéraire”. L’achat d’impulsion était inévitable.

Une fois rentrée chez moi, je feuillette l’ouvrage, découvre avec amusement l’avertissement de l’auteur (qui refuse tout rapprochement avec un magasin suédois toujours aussi connu) et me lance immédiatement dans la lecture de ce roman-catalogue abondamment illustré (une autre marotte)…

Il se passe quelque chose d’étrange au magasin de meubles Orsk à Cleveland, en Ohio. Ces derniers temps, les employés découvrent, en arrivant le matin, des étagères Kjërring démontées, des piles de gobelets Glans renversées, des armoires Liripip fracassées… Les ventes sont en berne, les responsables de rayon paniqués : les caméras de surveillance ne montrent rien d’anormal. Pour lever le mystère, une équipe de trois employés s’engage à rester sur place toute une nuit. Au cœur de l’obscurité, ils arpentent les allées du showroom désert, courent après d’inquiétants bruits et finiront pas se confronter aux pires horreurs… (quatrième de couverture)

MRhorrorstor.inddLa dernière page de l’OVNI tournée, je ne sais trop quoi en penser, ni trop quoi en dire. A y bien réfléchir, j’ai l’impression d’avoir lu l’équivalent de ce que serait un mauvais film d’horreur. Et, dans le premier cas comme dans le second, j’en ressors moins angoissée qu’amusée.

C’est d’ailleurs essentiellement pour son humour que l’on se penchera sur le roman de Grady Hendrix. Côté forme, on appréciera l’évidente parodie, l’imagination débordante, aussi loufoque que glauque. Et notamment la description des meubles qui inaugure chaque chapitre et verse subitement dans celle d’abominables outils de torture. On regrettera les longueurs (comme le veut souvent le genre, il ne se passe absolument rien dans la première moitié de l’ouvrage), l’absence de style et l’happy end. Côté fond, la pauvreté de l’intrigue est compensée par le regard cynique posé sur Orsk et par la critique à peine déguisée (en monstre) des chaînes de magasins qu’il représente. Tout est passé au crible. Organisation au millimètre du parcours de l’acheteur (le fameux sens unique), qualité contestable et montage difficile de meubles fabriqués en série, valeurs pseudo-familiales de l’entreprise, voire une allusion au passé polémique du fondateur du vrai magasin suédois connu, récemment accusé de nazisme.

Au final un livre-concept pour dénoncer un magasin-concept. Dans les deux cas, on adhère… ou pas.

Grady Hendrix, Horrorstör, Milan et demi, 2015, ♥♥♥

Maléfice

« Une femme capable d’invoquer le Wendigo peut faire de votre vie un cauchemar ».

En pleine nuit, Lily Blake est agressée et manque de mourir brûlée vive. Un crime commandité par son ex-mari qui s’est assuré le soutien de la FLAMME (la Ligue des Pères Contre les Mères Diaboliques) pour récupérer ses enfants. Alors que le FBI échoue à localiser les petits, la mère désespérée lie un pacte avec un chaman sioux qui s’engage à les retrouver, en échange d’un terre sacrée ayant autrefois appartenu à sa tribu. Il invoque alors pour Lily un esprit de la forêt, le Wendigo, créature cruelle et cannibale, qui a tôt fait de ramener les enfants au bercail, sans épargner pour cela toutes les personnes qui se trouvent sur son chemin. Quand Lily réalise qu’elle ne peut honorer sa part du contrat, elle se rend à l’évidence : il lui faut détruire le Wendigo, avant qu’il ne décime ses proches et ne la tue elle-même.

MastertonWendigo_250Sans en être coutumière, j’apprécie la littérature dite “d’horreur”, moins pour ce qu’elle aurait de gore, que pour son atmosphère si particulière, sa dimension psychologiquement angoissante, sa capacité à nous faire frissonner en jouant avec des peurs universelles.

C’est en cela que le Wendigo de Masterton me semble plus proche du thriller que du véritable roman d’horreur (ce qui n’est pas le cas d’autres de ses romans). Malgré une ambiance fantastique et souvent glaciale, ce roman ne fait pas vraiment peur. J’ai néanmoins apprécié la lecture et tout particulièrement la légende amérindienne qui sert de toile de fond, intriguée par ce personnage surnaturel mythique que j’ai découvert et qui a sensiblement largement inspiré art et littérature. A creuser !

Graham Masterton, Wendigo, Bragelonne, 2009, ♥♥♥♥