Le petit bonheur hebdomadaire #10

A l’initiative de Pause Earl Grey, ce rendez-vous est une invitation à partager, chaque vendredi, un petit bonheur, tout simplement. Une jolie idée qui s’inscrit plus globalement dans mon envie de positiver et de mieux profiter en pleine conscience du quotidien.

Connaissez-vous le principe du marathon de lecture ? Non ? Et bien, mon petit bonheur de cette semaine aura été de me lancer dans cette expérience d’une grande richesse littéraire et humaine. Je vous raconte ? C’est parti !

B

Imaginez un cadre serein et verdoyant, un potager biologique, un petit écrin de verdure. A proximité des arbres, des fleurs, des légumes et des insectes, une tiny House (ou cabane mobile) s’est provisoirement installée. Toute en bois, écologique, moderne, accueillante, elle est l’antre livresque et généreux de Jean-Jacques Megel-Nuber, son vrai chic littérère [sic]. Une librairie d’occasion buissonnière, ayant pour objectif de faciliter l’accès au livre aux plus nombreux. Jean-Jacques y organise également diverses séances de lectures pour tous : flash, participatives, d’œuvres intégrales, etc.

A

C’est dans le cadre de la manifestation « Partir en livres » que la Médiathèque de Kingersheim a fait appel à Jean-Jacques. Et nous avons été neuf aventuriers (-rières surtout) à nous lancer dans le marathon proposé : deux rencontres successives de 19h à minuit, soit dix heures, pour lire ensemble, à voix haute, un texte « inconnu ». Nous non plus, nous ne nous connaissons pas (ou peu), mais l’ambiance est immédiatement chaleureuse. Entre amoureux des livres, le courant passe vite.

Pas le temps, pour autant, de lier plus ample connaissance : après un rapide tour de table, il faut s’atteler à la tâche. C’est un roman épistolaire constitué d’une centaine de lettres qui nous attend. La lecture des premières pages est un brin timide, mais une lectrice plus audacieuse se lance, y met le ton avec talent, donnant ainsi le « la ». On se lâche, on y met de la voix et du cœur. Et on prend un réel plaisir à lire, à s’écouter lire et à découvrir l’histoire qui se dévoile progressivement.

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On ne le sait pas encore,  mais c’est le très esthétique roman par lettres Les Singuliers d’Anne Percin que nous sommes en train de parcourir. Des lettres qui émanent de Pont-Aven, Paris, Bruxelles… De Hugo, Hazel, Jacob. On y parle de peinture, de photographie, des Boch, mais aussi de Gauguin, Van Gogh, Sérusier, Toulouse-Lautrec, des Nabis. On s’interroge sur l’art, l’esthétisme, la création, l’inspiration, le talent, la vocation, les modèles et les muses, le classicisme et la modernité, la place de l’artiste et de la femme dans la société, l’amour, l’amitié, la vie, la maladie, la mort…

La lecture – tout comme le texte – est enjouée, touchante… et endurante ! Toute juste le temps de prendre une pause dînatoire et de partager les mets apportés par chacun des participants. On goûte, on se congratule, on échange des recettes. Les nourritures terrestres et spirituelles se mêlent, les langues se délient, c’est (aussi) un moment d’une belle complicité. Pas de temps à perdre néanmoins, la lecture doit reprendre.

Quelques heures plus tard, les mines se chiffonnent, les yeux s’étrécissent, la concentration est un peu plus difficile. Mais l’enthousiasme est là. Le texte nous porte et nous nous soutenons. Encore un  « effort » et la moitié des lettres est parcourue. La première étape est un succès que nous atteignons, ravis et moulus !

Rendez-vous est donné le lendemain et le marathon reprend. On retrouve avec plaisir les lecteurs-coureurs, mais aussi les personnages de papier auxquels on s’est attachés. On s’amuse avec curiosité des amours naissantes entre Hazel et Tobias, on frissonne devant les photographies post-mortem de Hugo, on s’émeut des tentatives de réconciliations familiales. On (re) découvre aussi, diaporama à l’appui, des œuvres d’art, des techniques de peinture, des photographies. On lit, on échange, on lit, on mange et on lit à nouveau. Sans s’essouffler ou si peu. Certaines (j’en suis malheureusement) ne pourront pas aller jusqu’au bout du bout et franchir, victorieuses, la ligne d’arrivée. Mais on compte sur les amis de « galère » pour lire nos lettres et surtout on achète le roman d’Anne Percin. Car il n’est pas question de rester sur sa faim !

On rentre enfin chez soi et on trouve difficilement le sommeil, la tête pleine d’images rémanentes : Hugo et Hazel, Anne et Tobias, des peintures intrigantes, des amis de lectures, des lettres encore et encore, des mots si beaux, des photos de menhirs, de la tarte à la tomate et des tartines (lorraines ?), un libraire, des livres, une bibliothécaire, des livres, une documentaliste, des livres, une enseignante, des livres, des passionnées, un chat noir, un oiseau qui chante, la cloche de l’église, Charlotte & Mustapha, des fleurs, des envie de lire, d’écrire, de se revoir. Et on se demande : à quand la prochaine ?

C

Crime gourmand

« J’ai préparé un bœuf mode en gelée, tel qu’il est évoqué dans Le Temps retrouvé et A l’ombre des jeunes filles en fleurs. C’était un des plats préférés du grand Marcel…
Servez-vous ! »

Le Bocage gourmet, restaurant situé au cœur du Calvados, doit sa réputation à sa célèbre sauce à base de crème fraîche, dont la composition est jalousement conservée. La critique gastronomique Laure Grenadier, accompagnée de son photographe Paco Alvarez, a décidé de consacrer le prochain numéro du magazine Plaisirs de table aux produits fermiers de Normandie. Pour débuter son reportage, elle fait halte dans cette institution du pays d’Auge afin de dresser le portrait de son chef. Mais le repas vire bientôt au cauchemar et se termine dans les locaux de la gendarmerie. Plusieurs clients sont victimes de la fameuse crème dont les ingrédients alourdissent singulièrement l’atmosphère. Promotion immobilière et protection du littoral, implantation d’un nouveau lieu de commémoration, extension contestée d’un luxueux haras récemment acquis par des princes qataris, un faisceau d’indices conduit à penser que certains Balenbarrotcrème_250représentants de la République étaient précisément visés (quatrième de couverture).

L’intrigue, mince, sans consistance et menée sans aucune originalité, est compensée par de nombreuses digressions sur la région, la littérature et – cela va de soi – la gastronomie. L’idée aurait pu être bonne. Elle m’a même séduite au début de l’ouvrage. Toutefois, les anecdotes faussement érudites sont amenées tellement artificiellement qu’elles finissent par plomber le récit. On oscille entre l’extrait tiré de Wikipedia et le guide touristique. Même les allusions à Proust ont fini par me lasser. Bref, ma découverte de la série des « Crimes gourmands » s’arrêtera là. Pourtant l’idée semblait alléchante.

Noël Balen, Vanessa Barrot, La Crème était presque parfaite, Points, 2017, ♥♥

Challenge Les quatre éléments

Parce que sa thématique originale me plaît beaucoup, qu’il est sans limite et par là peu contraignant, je me lance dans le challenge Les quatre éléments proposé par Adlyn, petit Rat des Villes.

En voici le programme en 20 objectifs (un livre pouvant remplir plusieurs de ces objectifs à la fois). Ce billet sera régulièrement mis à jour pour tenir compte de la progression de ce challenge. Merci Adlyn pour cette expérience !

L’eau
La terre
  • Un livre à la couverture vert feuille
  • Un personnage très terre à terre
  • Un habitant de la forêt, réel ou imaginaire : cerf, sanglier, renard, centaure, licorne, botruc…
  • Un récit dans le désert
  • Une histoire avec du métal
Le feu
L’air

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Un secret à vous dire

Jamais Cecilia n’aurait dû lire cette lettre trouvée par hasard dans le grenier. Sur l’enveloppe jaunie, quelques mots de la main de son mari : « À n’ouvrir qu’après ma mort ». La curiosité est trop forte, elle l’ouvre et le temps s’arrête… À la fois folle de colère et dévastée par ce qu elle vient d’apprendre, Cecilia ne sait que faire : si elle se tait, la vérité va la ronger, si elle parle, ceux qu’elle aime souffriront (quatrième de couverture).

Le-secret-du-mariComment parler de ce roman et, plus encore, du secret qu’il renferme sans trop en dire et gâcher le plaisir de lecture ? J’ai beau tourner ma chronique dans tous les sens, je n’y arrive pas ! Je préfère donc vous renvoyer vers la prudente quatrième de couverture, vers les blogs qui depuis longtemps en parlent très bien, tout en vous invitant fortement à lire ce roman qui interroge beaucoup (qu’aurais-je fait d’ailleurs d’un tel secret ?) et dont le succès est tout à fait justifié.

Ceci étant dit, ce billet ne s’arrêtera pas là puisqu’il se veut avant tout le récit d’une première expérience – le livre audio – et s’inscrit dans le Challenge Lectures improbables. Je remercie AudioLib qui m’a permis de faire cette excellente première découverte.

Pourtant, les choses n’ont pas très bien commencé. La première difficulté ayant été pour moi de trouver le support adéquat pour écouter le CD MP3 : mon baladeur (je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans …) ne supportant pas le fichier, mon lecteur ayant beaucoup de mal à identifier les pistes, n’ayant pas de voiture et donc pas d’autoradio non plus. Finalement, c’est sur le lecteur DVD dans mon salon que j’ai pu écouter Le Secret du Mari. Canapé en prime, pas mal !

Première session d’écoute

Casque_500Il faut un certain temps pour prendre ses marques. La voix est très agréable et l’écoute me confirmera la qualité du jeu de Nathalie Hugo. Je dois un peu me concentrer, mes pensées ont tendance à s’évader et je perds le fil. Je prends aussi conscience que l’écoute va me prendre un certain temps (surtout si je continue mes rewind ^^). J’abandonne au bout de deux chapitres. Je suis trop préoccupée et je veux vraiment pouvoir profiter de l’expérience de manière optimale.

Deuxième session d’écoute

Je m’installe confortablement et la magie opère. J’y passe plusieurs heures et le plaisir est là. Résultat d’une lecture de grande qualité et d’une histoire prenante.

Troisième session d’écoute

Si j’avais encore un doute, il disparaît à cette occasion. Je suis une grande migraineuse. Et ce jour-là, si je souffre modérément, je ne peux pas lire pour autant. Mais écouter la suite du roman oui ! Contre toute attente. Même si je sais que ce ne sera pas possible en cas de migraine aiguë, je réalise que les livres audio ont une nouvelle raison d’être pour moi.

Quatrième, cinquième, sixième sessions…

Expérience très concluante. A renouveler au plus vite. Je songe même à m’équiper d’un lecteur MP3. Seul bémol, il faut avoir du temps à consacrer à cette écoute que je n’imagine faire qu’en parallèle de mes autres lectures. J’en ferai bien un rendez-vous « congés et vacances » . En tous cas, il n’est plus question de lecture improbable !

Liane Moriarty, Le Secret du mari, Audiolib, 2017, ♥♥♥♥♥