Ce que font les soldats de plomb

Eté 1911. Edward Sanders rentre chez lui. Il n’a pas pris le train qui le conduit, tous les jours, sur son lieu de travail à Londres. Il a été prévenu par télégramme que son rendez-vous avait été annulé : un incident qui perturbe son quotidien réglé. Chemin faisant, il songe à son enfance solitaire et se souvient de ses soldats de plomb dont il croyait qu’ils prenaient vie, dès qu’il avait le dos tourné… Une pensée et une situation inattendues qui le poussent bientôt à tenter une expérience : puisque personne ne l’attend, il observera à distance sa famille et les gens de maison, autres soldats dont il ignore le quotidien…
Le même jour de juillet 1911. Susan Sanders décide de faire une surprise à son époux en le rejoignant à Londres. Bien entendu, elle ne l’y trouve pas. Elle avait pourtant une grande nouvelle à lui annoncer…
XXe siècle. Susan Sanders, arrière-petite fille de la précédente, attend avec impatience la visite de son amie Sarah pour partager avec elle sa découverte. Elle vient de trouver, dans la maison familiale dont elle a hérité, les agendas de son aïeule…

Une agréable promenade dans la campagne anglaise.

Un court roman très bien écrit qui entraîne le lecteur dans une agréable promenade dans la campagne anglaise et parmi les souvenirs, les chagrins, les bonheurs des divers protagonistes.
Si j’ai beaucoup apprécié cette lecture et savouré son atmosphère, j’en attendais toutefois davantage. Le roman essaime plusieurs secrets et détails symboliques qui encouragent et permettent quelques tentatives d’interprétation, mais n’en laisse pas moins de nombreuses interrogations sans réponse et le lecteur face à ses incertitudes… 

Wolkensteinheureanglaise_250L’Heure anglaise
Julie Wolkenstein
Folio Gallimard
2006
♥♥♥♥

Juillet 1911, une matinée d’été dans la campagne anglaise. Edward Sanders marche le long de la rivière. Il rentre chez lui, mais personne ne l’y attend. Ni Susan, ni les enfants. Tous le croient en ville, sagement assis à son bureau. Susan Sanders parcourt les rues de Londres. Personne ne sait qu’elle s’y trouve. Pas Edward en tout cas. Elle va lui faire une surprise, aller le chercher à l’étude, pénétrer dans cet immeuble inconnu où il passe ses journées. Aujourd’hui, elle a un secret à lui confier. Pour tous les deux, c’est une journée particulière. Au rythme de leur promenade, au fil de leurs souvenirs, reviennent en foule les fantômes d’une époque disparue : débutantes promises à la noyade ou à la folie, duchesses suffragettes, scandales étouffés, excentriques sacrifiés. C’est l’heure anglaise, l’heure où se réveillent les fastes de la Riviera et les enfances solitaires, les bibelots victoriens et leurs fêlures.

 

Saveurs d’automne

Dans une cabane, au fond des bois, trois amis, Chat, Écureuil et Canard, concoctent, chaque soir d’automne, une délicieuse soupe au potiron. Pour cela, à chacun sa tâche : c’est Chat qui coupe le potiron en petits morceaux et Écureuil qui ajoute l’eau, tourne la soupe et surveille la cuisson. Quant à Canard, c’est à lui que revient de doser le sel.
Ce jour là, Canard revendique toutefois de changer l’ordre des choses : à lui la cuillère en bois ! Mais les autres n’entendent pas lui laisser ce privilège…

Un brin désuet, mais délicieusement original.

Je vous recommande chaleureusement ce charmant petit album, aux couleurs et aux saveurs automnales, qui évoque, en un texte très accessible et amusant, les thèmes de l’amitié, du partage, du compromis.

Un brin désuet au premier abord, le dessin est harmonieux et riche, la mise en page originale.

N’hésitez pas d’ailleurs à vous attarder sur les vignettes qui regorgent de petits clins d’œil : personnages secondaires (des insectes) à déceler, symbolique des objets et une bonne dose d’humour…

Coopersoupepotiron_250
La Soupe au potiron

Helen Cooper
Ecole des Loisirs
2001
♥♥♥♥

Il n’y a rien de meilleur que la bonne soupe au potiron, celle qui est préparée par trois amis chers, qui y mettent toute l’affection qu’ils portent les uns aux autres. La soupe au potiron, avez-vous dit ? Et si nous l’appelions la soupe de l’amitié ? Mais qu’arrive-t-il à cette merveilleuse soupe quand les amis se brouillent ?

Tea Time

Cranford est une petite bourgade anglaise où évolue une population presque exclusivement féminine. Et force est de constater qu’il ne s’y passe pas grand chose. Pourtant, c’est avec délice que le lecteur découvre les petits riens du quotidien de ces « amazones », autour d’une tasse de thé – pas trop sucrée, économies domestiques obligent.A force de lire un peu partout que la plume d’Elisabeth Gaskell ressemblait à celle de Jane Austen, je ne pouvais passer à côté de cette lecture. D’autant que le livre est dans ma bibliothèque depuis quelques années déjà et que la couverture est une invitation à elle toute seule !

Petites mesquineries et autres préjugés

Ce deuxième roman d’Elizabeth Gaskell a paru en feuilleton en 1851 dans l’hebdomadaire Household Words, une publication sous la direction de Charles Dickens. Il en résulte, malgré une édition revue et corrigée en volume, l’impression d’un roman un peu décousu, dépourvu d’un fil conducteur et d’une intrigue solide.

Ceci étant dit, on n’en apprécie pas moins le récit de la narratrice, Mary Smith, qui, à l’occasion des séjours réguliers qu’elle fait à Cranford, croque avec bienveillance la petite vie provinciale de ses hôtes et amies. On y savoure les us et coutumes de ces vieilles filles et veuves, emblématiques de la landed gentry, cette bonne société anglaise modeste attachée à ses valeurs, mais non départie de ses petites mesquineries et autres préjugés.

Tout comme celle de Jane Austen – mais avec moins de subtilité et de piquant – la plume d’Elizabeth Gaskell n’est en effet pas dépourvue d’ironie et on sent poindre, sous le portrait tendre et (parfois trop) indulgent, la critique de ce microcosme et de sa fausseté.
J’ai apprécié l’humour, bien dosé, l’ambiance victorienne et la finesse du style, mais regretté parfois la candeur du propos et quelques longueurs. Ce qui ne m’empêchera pas de poursuivre la découverte

GaskellCranford_250
Cranford
[1851]
Elizabeth Gaskell
Points
2012
♥♥♥♥♥

Mesdames, avez-vous vu ? Un gentleman s’est installé avec ses deux filles à Cranford, un certain capitaine Brown. Il aurait clamé haut et fort l’état médiocre de ses finances ! On lui doit cet abominable chemin de fer qui vient de la bourgade voisine. Accompagnez-moi à l’heure du thé : allons lui rendre une visite de courtoisie pour lui montrer comment les choses se passent chez nous, à Cranford.