Roman, Thriller/policier, Littérature américaine

Lignées dévoyées

« Soit nous fuyons, soit nous mourons».

Tout le monde admire les filles Roanoke. Elles sont belles, jeunes, riches et vivent avec leurs grands-parents au milieu du Kansas, dans un immense domaine noyé de soleil. Leur vie semble si douce… Pourtant Camilla, Penelope, Eleanor, toutes les filles de la lignée ont connu des fins tragiques. Il y a quelque chose de pourri au royaume des Roanoke.

Engelfillesroanoke_250Le secret et ses conséquences est un thème en vogue, au centre de nombreux thrillers et qui, généralement m’attire beaucoup. La quatrième de couverture des Filles de Roanoke (sans parler de la couverture !) était donc des plus séduisantes et cette lecture me réjouissait. Pourtant, la dernière page tournée et bien que ce thriller soit plutôt une réussite – notamment l’atmosphère singulière de Roanoke – j’en garderai un souvenir mitigé. Sans vouloir en révéler trop aux futurs lecteurs, ce roman traite de l’inceste, sur plusieurs générations (secret révélé assez tôt dans le récit, le spoiler est donc très relatif). Un sujet délicat, sensible et évoqué avec sérieux et pudeur par la romancière. Malgré tout, j’ai été gênée, voire révoltée, par cette histoire de famille sordide, par l’extrémité de la situation, et par la complaisance de certains des personnages. Un sentiment de malaise qui est peut-être voulu par l’auteur : son roman a le mérite de ne pas laisser indifférent. Curieuse donc de votre ressenti…

Je remercie les éditions Autrement et Babelio pour ce roman lu dans le cadre de l’opération Masse Critique.

Amy Engel, Les Filles de Roanoke, Autrement, 2017, ♥♥♥ ou ♥♥♥♥

Littérature française, Roman

Chantons sous la pluie

« C’est quand on est à l’apogée du malheur que l’on apprécie le plus le bonheur […]
Ça signifie que, quelle que soit la situation le positif est là pour ceux qui savent le voir.
Une fois qu’on le sait, tout a plus de saveur ». 

« Je ne t’aime plus. » Il aura suffi de cinq mots pour que l’univers de Pauline bascule. Installée avec son fils de quatre ans chez ses parents, elle laisse les jours s’écouler en attendant que la douleur s’estompe. Jusqu’au jour où elle décide de reprendre sa vie en main.
Si les sentiments de Ben se sont évanouis, il suffit de les ranimer. Chaque jour, elle va donc lui écrire un souvenir de leur histoire. Mais cette plongée dans le passé peut faire resurgir les secrets les plus enfouis.
Avec une extrême sensibilité et beaucoup d’humour, Virginie Grimaldi parvient à faire revivre des instantanés de vie et d’amour et nous fait passer du rire aux larmes. Une histoire universelle (quatrième de couverture).

Grimaldiparfumbonheurpluie_250Un roman comme j’en lis peu, mais dont j’apprécie de plus en plus le style « feel good » et les leçons qu’il délivre mine de rien. Avec Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie (j’adore ce tire – un peu moins la couverture), je découvre également la plume de Virginie Grimaldi et ne compte pas m’arrêter en si bon chemin. Dans ce pavé de presque 500 pages – qui n’a pas été sans m’effrayer un peu quand il m’a été envoyé par les éditions Fayard – j’ai tout aimé. La plume : simple, efficace, fluide. L’histoire : touchante, captivante, amusante parfois, jamais larmoyante. Le message : positif, encourageant, malgré les épreuves et avec beaucoup de réalisme. Les questions, universelles : comment surmonter une rupture, un deuil, la perte d’un enfant ? Comment reprendre pied, réapprendre à être heureux ?

Un coup de cœur, vous l’aurez compris, et mes remerciements vont à Faelys dont les mots m’ont donné l’envie de lire ce roman et aux éditions Fayard qui m’ont permis de le faire dans le cadre de notre partenariat.

Virginie Grimaldi, Le Parfum du bonheur est plus fort sous la pluie,
Fayard, 2017, ♥♥♥♥♥

Littérature française, Roman

Déception (amoureuse)

Un garçon, une fille, une histoire universelle. Ils s’aiment, se déchirent, elle s’en va. Lui s’écroule. La jeunesse et l’innocence avec. Un roman qui frappe, âpre, enlevé, emporté, qui ne s’oublie pas. Une signature, une écriture, une voix, une époque, une génération.
« Vous avez peur ? – Oui. Peur de l’après. Peur, parce que mettre le mot fin à ce livre, c’est mettre le mot « fin » à notre histoire. Aujourd’hui, Elle existe grâce à l’écriture, mais après ? Après, Elle n’existera plus et ça, je ne sais pas si je suis capable de le supporter.
– N’avez-vous pas envie qu’il soit lu ?
– Vous savez quoi ? Je l’ignore. Enfin, il faudrait déjà que je le termine. Je ne sais pas si j’ai le courage d’écrire certaines choses. Celles que je vous confie par exemple. A vous, je peux les dire, mais au lecteur ? Nos conversations sont quand même très personnelles, non ? Et puis le but du livre n’est pas de déballer mes sentiments, c’est un roman, vous savez ? Enfin… un roman… en réalité c’est un double meurtre, un cri.
– Et ce cri, n’est-ce pas pour être entendu que vous l’avez poussé ?
– Ok je vois où vous voulez en venir. Vous pensez que j’ai écrit ce livre pour la faire revenir, c’est ça ? »

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Bon n’y allons pas par quatre chemins, je suis un peu déçue par cette lecture. Autant l’écriture de Martin Diwo a été une réjouissance (ce roman est quasiment un morceau de bravoure !), autant son histoire m’a été particulièrement pénible.
Une déception amoureuse déclinée de toutes les façons, sur tous les tons, dans tous les styles, avec une certaine complaisance à se morfondre et un espoir de reconquérir la femme aimée qui finirait par lasser les plus patients. Le tout sur presque 300 pages. C’est trop pour moi, j’en suis vraiment désolée !
Merci néanmoins aux éditions Plon pour cette lecture en avant-première (sortie le 24 août 2017).

Martin Diwo, Pour te perdre un peu moins, Plon, 2017, ♥♥

Littérature américaine, Roman, Thriller/policier

Vengeance prodigieuse

Méthode 15-33 est un thriller captivant que je recommande vivement et notamment pour son personnage principal surprenant. Shannon Kirk nous immerge dans l’esprit d’une jeune femme douée d’une inKirk1533_250telligence, d’un esprit d’analyse et d’une maîtrise d’elle-même hors norme. Bien qu’elle soit enlevée, séquestrée et enceinte de 8 mois, celle-ci ne cède absolument pas à la peur, mais échafaude un plan diabolique au triple but : s’échapper, sauver son enfant et se venger de son ravisseur.
L’intérêt du lecteur focalise alors sur cet esprit machiavélique et sur son plan dévastateur. Même si l’on reste souvent pantois face à la froideur calculatrice de l’adolescente, on ne peut s’empêcher de savourer sa victoire. Un renversement de situation jubilatoire – où la victime devient bourreau – qui fait la richesse et l’originalité de ce roman.
Je remercie chaleureusement les éditions Folio pour ce très bon thriller !

Shannon Kirk, Méthode 15-33, Folio, 2017, ♥♥♥♥

Littérature américaine, Roman, Thriller/policier

Résilience

Un jour de fin d’été, sur une plage des Cornouailles, Olivia, trois ans, disparaît. Effondrés, ses parents Maggie et Colin attendent en vain que l’Océan leur restitue le corps de l’enfant.
Quelques semaines plus tard, non loin de là, c’est la rentrée des classes pour Hailey, cinq ans. Jennifer s’en fait une fierté mais depuis quelque temps, sa petite fille est distante et craintive, si bien que Jennifer se laisse parfois déborder par la nervosité. D’autant que son mari est absent, qu’elle affronte seule une nouvelle grossesse, et que certaines bribes de son passé lui reviennent comme enveloppées de brouillard.
Alors que Maggie traverse la pire épreuve de sa vie, Jennifer veut redonner l’apparence du bonheur à sa famille fracassée. Intriguée par la fillette mutique, Katie, une jeune
institutrice passionnée par son métier, pousse Hailey à mettre des mots sur les démons qui l’étouffent (quatrième de couverture).

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Un superbe roman, très fluide et haletant, qui se lit en quelques heures. La réussite de l’auteur est de créer un suspense là où on ne l’attend pas. Dès les premières pages, le lecteur comprend que Jennifer souffre d’une confusion mentale et qu’Hailey n’est autre qu’Olivia. C’est la situation de résilience, thématique centrale de ce récit, qui installe une tension progressive. On attend et on espère, avec la petite fille, le dénouement qui lui permettra de redevenir Olivia et de retrouver sa vraie famille. On s’inquiète de sa résignation, on s’émerveille de la combativité intelligente d’une si jeune enfant. On s’émeut des failles maternelles qui ont mené aux drames respectifs, des forces et faiblesses de l’ensemble des protagonistes de cette double tragédie et de l’impossible travail de deuil.  Un réel coup de cœur pour moi et je remercie très chaleureusement les éditions Presses de la Cité pour cette lecture touchante et prenante.

Linda Huber, Une mer si froide, Presses de la Cité, 2017, ♥♥♥♥♥

 

Littérature française, Roman, Thriller/policier

Histoire en miroir

« Pour la plupart des gens, le rêve s’arrête au réveil. »

Si ce n’étaient ses cicatrices et les photos étranges qui tapissent les murs de son bureau, on pourrait dire d’Abigaël qu’elle est une femme comme les autres. Si ce n’étaient ces moments où elle chute au pays des rêves, on pourrait jurer qu’Abigaël dit vrai.
Abigaël a beau être cette psychologue qu’on s’arrache sur les affaires criminelles difficiles, sa maladie survient toujours comme une invitée non désirée. Une narcolepsie sévère qui la coupe du monde plusieurs fois par jour et l’emmène dans une dimension où le rêve empiète sur la réalité. Pour les distinguer l’un de l’autre, elle n’a pas trouvé mieux que la douleur.
Comment Abigaël est-elle sortie indemne de l’accident qui lui a ravi son père et sa fille ? Par quel miracle a-t-on pu la retrouver à côté de la voiture, véritable confetti de tôle, le visage à peine touché par quelques bris de verre ? Quel secret cachait son père qui tenait tant, ce matin de décembre, à s’exiler pour deux jours en famille ? Elle qui suait sang et eau sur une affaire de disparitions depuis quelques mois va devoir mener l’enquête la plus cruciale de sa vie. Dans cette enquête, il y a une proie et un prédateur : elle-même (quatrième de couverture).

ReverAfin de prouver que Rêver est un excellent roman, je pourrais parler de la double intrigue qui tient le lecteur en haleine tout au long de ce pavé de presque 600 pages (sans parler du bonus numérique !) – mais la quatrième de lecture le fait plutôt bien…

Ou évoquer des thématiques accrocheuses, de celles qui font d’emblée la joie des lecteurs de thrillers : rapt d’enfants, secrets familiaux, cauchemars, cas psychiatriques… – mais d’aucuns diront que Thilliez n’a rien inventé (lu dans plusieurs critiques)…

Je plaiderais alors la touche d’originalité de l’histoire : un auteur qui ne verse pas dans la facilité en y incluant un cas clinique de narcolepsie et une analyse documentée du Rêve. Crédible, érudit et passionnant.

Plus encore, je défendrais une parfaite maîtrise du style, une habileté incontestable dans la construction. En déstructurant son roman, en faisant fi de sa chronologie, en jouant des analepses et des prolepses, Thilliez promène son lecteur – sans jamais le perdre – dans les méandres de ses chapitres et de son intrigue. Le menant ainsi à ressentir les mêmes affres et autres doutes que son personnage. Créant en lui la même impatience à découvrir la vérité. Une construction en miroir qui, outre celle sur le rêve, ouvre la voie vers une réflexion sur la fiction et l’omnipotence de l’auteur (Puzzle le faisait déjà avec brio). Un roman bien pensé !

Franck Thilliez, Rêver, Fleuvenoir, 2017, ♥♥♥♥♥