Littérature américaine, Roman

Proximité

« Rien dans la jeunesse n’était juste : les jeunes n’avaient rien fait pour la mériter,
les vieux n’avaient rien fait pour la perdre ».

Dans cette rue-là, certains enfants ont deux mamans, des cheveux violet, le droit de fumer des joints sans se cacher. Dans cette rue-là, des couples de quadra vivent encore des droits d’auteur d’un tube écrit à quatre mains pour une icône rock suicidée qui fut leur camarade et plus si affinités. Dans cette rue-là, des amitiés se bonifient depuis l’université. Car cette rue-là se trouve au cœur du plus trépidant quartier de New York : Brooklyn. Et des trépidations, il y en a, au cours de ce fol été que traversent Elizabeth, Andrew et leur ado prodige, Harry, mais aussi Jane, sa femme Zoe et leur explosive Ruby, née d’un don de sperme. Au programme : crise de fin d’ado et crise de la quarantaine, crise de couple et crise existentielle, crise de larmes et crise de fous rires ! (quatrième de couverture)

9782258137646Si je ne devais vous conseiller qu’un seul livre à dévorer pendant vos vacances, ce serait celui-ci ! Modern Lovers, c’est d’abord un savant mélange de simplicité et de foisonnement. Il y est question de voisins de longue date et de familles bienveillantes. De couples à la dérive, d’adultes en devenir, d’amours finissantes ou débutantes – et aussi complexes dans les deux cas. D’évasion aussi, dans la gastronomie, la musique ou le yoga. De nostalgie pour une vie étudiante et feu son groupe de musique. De bobos du quotidien et de craintes pour l’avenir. De projets en quantité : études, film, cuisine, déménagement…

Modern Lovers, c’est aussi un roman feel-good (j’en deviens une adepte !) : des personnages attachants dans leurs petits et grands travers. Des problèmes et des déceptions qui nous touchent – de près ou de loin. Des espoirs et des petits et grands bonheurs en guise de conclusion heureuse. Beaucoup d’humour et un brin de cynisme aussi. Et surtout une bonne dose d’amitié, de celle indispensable et si précieuse, qui permet de surmonter les coups durs.
Percutant et irrésistible ! Merci vraiment aux éditions Presses de la Cité qui m’ont invitée à découvrir cet ouvrage, à l’occasion d’un envoi impromptu !

Emma Straub, Modern Lovers, Presses de la Cité, 2017, ♥♥♥♥♥

Littérature américaine, Roman, Thriller/policier

Lignées dévoyées

« Soit nous fuyons, soit nous mourons».

Tout le monde admire les filles Roanoke. Elles sont belles, jeunes, riches et vivent avec leurs grands-parents au milieu du Kansas, dans un immense domaine noyé de soleil. Leur vie semble si douce… Pourtant Camilla, Penelope, Eleanor, toutes les filles de la lignée ont connu des fins tragiques. Il y a quelque chose de pourri au royaume des Roanoke.

Engelfillesroanoke_250Le secret et ses conséquences est un thème en vogue, au centre de nombreux thrillers et qui, généralement m’attire beaucoup. La quatrième de couverture des Filles de Roanoke (sans parler de la couverture !) était donc des plus séduisantes et cette lecture me réjouissait. Pourtant, la dernière page tournée et bien que ce thriller soit plutôt une réussite – notamment l’atmosphère singulière de Roanoke – j’en garderai un souvenir mitigé. Sans vouloir en révéler trop aux futurs lecteurs, ce roman traite de l’inceste, sur plusieurs générations (secret révélé assez tôt dans le récit, le spoiler est donc très relatif). Un sujet délicat, sensible et évoqué avec sérieux et pudeur par la romancière. Malgré tout, j’ai été gênée, voire révoltée, par cette histoire de famille sordide, par l’extrémité de la situation, et par la complaisance de certains des personnages. Un sentiment de malaise qui est peut-être voulu par l’auteur : son roman a le mérite de ne pas laisser indifférent. Curieuse donc de votre ressenti…

Je remercie les éditions Autrement et Babelio pour ce roman lu dans le cadre de l’opération Masse Critique.

Amy Engel, Les Filles de Roanoke, Autrement, 2017, ♥♥♥ ou ♥♥♥♥

Littérature française, Roman

Chantons sous la pluie

« C’est quand on est à l’apogée du malheur que l’on apprécie le plus le bonheur […]
Ça signifie que, quelle que soit la situation le positif est là pour ceux qui savent le voir.
Une fois qu’on le sait, tout a plus de saveur ». 

« Je ne t’aime plus. » Il aura suffi de cinq mots pour que l’univers de Pauline bascule. Installée avec son fils de quatre ans chez ses parents, elle laisse les jours s’écouler en attendant que la douleur s’estompe. Jusqu’au jour où elle décide de reprendre sa vie en main.
Si les sentiments de Ben se sont évanouis, il suffit de les ranimer. Chaque jour, elle va donc lui écrire un souvenir de leur histoire. Mais cette plongée dans le passé peut faire resurgir les secrets les plus enfouis.
Avec une extrême sensibilité et beaucoup d’humour, Virginie Grimaldi parvient à faire revivre des instantanés de vie et d’amour et nous fait passer du rire aux larmes. Une histoire universelle (quatrième de couverture).

Grimaldiparfumbonheurpluie_250Un roman comme j’en lis peu, mais dont j’apprécie de plus en plus le style « feel good » et les leçons qu’il délivre mine de rien. Avec Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie (j’adore ce tire – un peu moins la couverture), je découvre également la plume de Virginie Grimaldi et ne compte pas m’arrêter en si bon chemin. Dans ce pavé de presque 500 pages – qui n’a pas été sans m’effrayer un peu quand il m’a été envoyé par les éditions Fayard – j’ai tout aimé. La plume : simple, efficace, fluide. L’histoire : touchante, captivante, amusante parfois, jamais larmoyante. Le message : positif, encourageant, malgré les épreuves et avec beaucoup de réalisme. Les questions, universelles : comment surmonter une rupture, un deuil, la perte d’un enfant ? Comment reprendre pied, réapprendre à être heureux ?

Un coup de cœur, vous l’aurez compris, et mes remerciements vont à Faelys dont les mots m’ont donné l’envie de lire ce roman et aux éditions Fayard qui m’ont permis de le faire dans le cadre de notre partenariat.

Virginie Grimaldi, Le Parfum du bonheur est plus fort sous la pluie,
Fayard, 2017, ♥♥♥♥♥

Littérature française, Roman

Déception (amoureuse)

Un garçon, une fille, une histoire universelle. Ils s’aiment, se déchirent, elle s’en va. Lui s’écroule. La jeunesse et l’innocence avec. Un roman qui frappe, âpre, enlevé, emporté, qui ne s’oublie pas. Une signature, une écriture, une voix, une époque, une génération.
« Vous avez peur ? – Oui. Peur de l’après. Peur, parce que mettre le mot fin à ce livre, c’est mettre le mot « fin » à notre histoire. Aujourd’hui, Elle existe grâce à l’écriture, mais après ? Après, Elle n’existera plus et ça, je ne sais pas si je suis capable de le supporter.
– N’avez-vous pas envie qu’il soit lu ?
– Vous savez quoi ? Je l’ignore. Enfin, il faudrait déjà que je le termine. Je ne sais pas si j’ai le courage d’écrire certaines choses. Celles que je vous confie par exemple. A vous, je peux les dire, mais au lecteur ? Nos conversations sont quand même très personnelles, non ? Et puis le but du livre n’est pas de déballer mes sentiments, c’est un roman, vous savez ? Enfin… un roman… en réalité c’est un double meurtre, un cri.
– Et ce cri, n’est-ce pas pour être entendu que vous l’avez poussé ?
– Ok je vois où vous voulez en venir. Vous pensez que j’ai écrit ce livre pour la faire revenir, c’est ça ? »

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Bon n’y allons pas par quatre chemins, je suis un peu déçue par cette lecture. Autant l’écriture de Martin Diwo a été une réjouissance (ce roman est quasiment un morceau de bravoure !), autant son histoire m’a été particulièrement pénible.
Une déception amoureuse déclinée de toutes les façons, sur tous les tons, dans tous les styles, avec une certaine complaisance à se morfondre et un espoir de reconquérir la femme aimée qui finirait par lasser les plus patients. Le tout sur presque 300 pages. C’est trop pour moi, j’en suis vraiment désolée !
Merci néanmoins aux éditions Plon pour cette lecture en avant-première (sortie le 24 août 2017).

Martin Diwo, Pour te perdre un peu moins, Plon, 2017, ♥♥

Littérature américaine, Roman, Thriller/policier

Vengeance prodigieuse

Méthode 15-33 est un thriller captivant que je recommande vivement et notamment pour son personnage principal surprenant. Shannon Kirk nous immerge dans l’esprit d’une jeune femme douée d’une inKirk1533_250telligence, d’un esprit d’analyse et d’une maîtrise d’elle-même hors norme. Bien qu’elle soit enlevée, séquestrée et enceinte de 8 mois, celle-ci ne cède absolument pas à la peur, mais échafaude un plan diabolique au triple but : s’échapper, sauver son enfant et se venger de son ravisseur.
L’intérêt du lecteur focalise alors sur cet esprit machiavélique et sur son plan dévastateur. Même si l’on reste souvent pantois face à la froideur calculatrice de l’adolescente, on ne peut s’empêcher de savourer sa victoire. Un renversement de situation jubilatoire – où la victime devient bourreau – qui fait la richesse et l’originalité de ce roman.
Je remercie chaleureusement les éditions Folio pour ce très bon thriller !

Shannon Kirk, Méthode 15-33, Folio, 2017, ♥♥♥♥

Littérature américaine, Roman, Thriller/policier

Résilience

Un jour de fin d’été, sur une plage des Cornouailles, Olivia, trois ans, disparaît. Effondrés, ses parents Maggie et Colin attendent en vain que l’Océan leur restitue le corps de l’enfant.
Quelques semaines plus tard, non loin de là, c’est la rentrée des classes pour Hailey, cinq ans. Jennifer s’en fait une fierté mais depuis quelque temps, sa petite fille est distante et craintive, si bien que Jennifer se laisse parfois déborder par la nervosité. D’autant que son mari est absent, qu’elle affronte seule une nouvelle grossesse, et que certaines bribes de son passé lui reviennent comme enveloppées de brouillard.
Alors que Maggie traverse la pire épreuve de sa vie, Jennifer veut redonner l’apparence du bonheur à sa famille fracassée. Intriguée par la fillette mutique, Katie, une jeune
institutrice passionnée par son métier, pousse Hailey à mettre des mots sur les démons qui l’étouffent (quatrième de couverture).

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Un superbe roman, très fluide et haletant, qui se lit en quelques heures. La réussite de l’auteur est de créer un suspense là où on ne l’attend pas. Dès les premières pages, le lecteur comprend que Jennifer souffre d’une confusion mentale et qu’Hailey n’est autre qu’Olivia. C’est la situation de résilience, thématique centrale de ce récit, qui installe une tension progressive. On attend et on espère, avec la petite fille, le dénouement qui lui permettra de redevenir Olivia et de retrouver sa vraie famille. On s’inquiète de sa résignation, on s’émerveille de la combativité intelligente d’une si jeune enfant. On s’émeut des failles maternelles qui ont mené aux drames respectifs, des forces et faiblesses de l’ensemble des protagonistes de cette double tragédie et de l’impossible travail de deuil.  Un réel coup de cœur pour moi et je remercie très chaleureusement les éditions Presses de la Cité pour cette lecture touchante et prenante.

Linda Huber, Une mer si froide, Presses de la Cité, 2017, ♥♥♥♥♥