Littérature américaine, Roman

Amours littéraires

Hallie Erminie, issue d’une famille de planteurs du Kentucky, est une jeune femme de caractère. À New York, où elle s’est mis en tête de trouver un éditeur qui publierait son premier roman, elle fait la connaissance de Post Wheeler, un journaliste célibataire et fier de l’être. Sous des abords arrogants et rustres, il est en fait d’une compagnie agréable.
Tous deux discutent à bâtons rompus de la vie culturelle new-yorkaise, bouillonnante en cette fin de 19e siècle, et s’attachent l’un à l’autre sans oser se l’avouer. Malheureusement, quand Post part pour l’Alaska du jour au lendemain, la possibilité d’une histoire d’amour s’évanouit.
Commence alors un chassé-croisé, des États-Unis à l’Italie en passant par l’Angleterre et la France. À chacune de leurs rencontres, les sentiments des deux jeunes gens ne font que croître. Le destin les réunira-t-il enfin ? (quatrième de couverture)

Grâce à Netgalley et avec ce roman à la magnifique couverture, je découvre enfin l’écriture et l’univers de Sarah McCoy. Et c’est une belle surprise pour moi que cette biographie romancée de l’écrivain Hallie Erminie Rives !

Ne nous cachons rien : cet ouvrage sera plutôt à réserver aux amatrices de romances. L’histoire – qui n’a pas été sans me rappeler à l’occasion Orgueil et préjugés – est essentiellement celle d’un amour prétendument impossible qui finit bien évidemment par se réaliser.
McCoysoufflefeuillespromesses_250Toutefois, le roman ne verse pas pour autant dans le sentimentalisme. Les amoureux sont deux personnalités fortes, ayant chacune à cœur de mener à bien leur carrière, de défendre leurs valeurs, de respecter l’indépendance de l’autre.
Outre l’épaisseur psychologique des personnages, on peut saluer la volonté de l’auteur de donner une véritable consistance à son récit. Contexte historique et politique, émancipation féminine, références littéraires, parcours atypique et documenté de chacun des protagonistes (de la plantation au milieu de l’édition, en passant par une expédition en Alaska, un détour par la prospection d’or, pour aboutir au Japon pour une mission de haute diplomatie…) attisent l’intérêt du lecteur, quel qu’il soit !

Ne nous cachons rien en effet : je ne suis pas une amatrice de romance et pourtant je ne boude absolument pas le plaisir que j’ai eu à suivre les amours mouvementées d’Hallie Erminie et Post. Laissez-vous tenter ! Et un grand merci aux éditions Michel Lafon pour cette « révélation » !

Sarah McCoy,  Le souffle des feuilles et des promesses, Michel Lafon, 2017, ♥♥♥♥

Littérature française, Roman

Escapade familiale

Comme nous toutes, Léa Kelly est une jongleuse de la vie : femme, mère et working girl. Elle a souvent l’impression d’être un hamster dopé tournant en boucle dans sa roue. Alors que ses deux aînés pataugent dans la puberté, entre la limace neurasthénique et l’ado rebelle, elle adopte une petite fille russe. Déstabilisé, son mari se confond avec les coussins du canapé devant la télévision. En parallèle, sa collègue « préférée », adepte de la réunionite de 18 heures, convoite avec gourmandise… son job.
Entre un grand écart et une pirouette, Léa va pouvoir tester ses capacités d’équilibriste au quotidien (quatrième de couverture).

Une lecture fraîche, divertissante, amusante, au style enlevé. Célibataire sans enfant, je n’ai que peu de points communs avec le personnage féminin principal et ne me suis pas vraiment reconnue dans son quotidien. Et pourtant j’ai adoré suivre les aventures de Léa, mère, épouse et working girl, totalement dépassée dans chacun de ses rôles. Mais toujours attachante, tout comme sa petite famille haute en couleur. Avec un gros coup de cœur pour Natalia, petite tornade blonde, arrivée de sa Russie natale et bien décidée à faire le bonheur de ses parents et frère et sœur d’adoption !

Cocozenmoscou_250J’ai également apprécié que, sous le style léger et plutôt très drôle, on sente poindre une bonne dose d’ironie et un propos pas toujours aussi anodin qu’il pourrait paraître : méandres des démarches d’adoption, bouleversements liés à l’arrivée d’un enfant dans la famille, adolescence difficile, problèmes professionnels et couple à la dérive… Qui a dit qu’être femme est une sinécure ?

Je remercie très chaleureusement les éditions J’ai lu pour ce roman que je recommande comme une lecture estivale idéale à toutes les blogueuses ! De mon côté, j’ajoute immédiatement le premier opus à ma pile à lire : hâte de retrouver la famille Kelly et de poursuivre la découverte du genre…

Coco, Je reste zen ! Retour de Moscou, J’ai lu, 2017, ♥♥♥♥

Littérature australienne, Roman

Prisonnières

Australie, dans les années 40. Quand leur père, médecin désargenté, décède, Laure et Clare se voient contraintes de quitter leur pensionnat – et toutes leurs illusions d’avenir florissant – pour vivre avec leur mère à Sydney. La veuve insensible n’a que faire de ses deux filles qu’elle laisse grandir seules, avant de les abandonner aux soins de Félix, l’employeur de Laura. Un quadragénaire célibataire et aisé qui se propose généreusement d’épouser l’aînée et de prendre en charge la plus jeune.

Sous des airs affables et bons, c’est un homme alcoolique et tyrannique, qui se révèle bientôt aux deux femmes – un pervers narcissique en somme. Laura, épouse soumise, accepte la maltraitance et l’humiliation, sans comprendre Clare qui cherche à fuir et y parvient, non sans difficulté, à la fin du roman.

deux soeurs.inddUn dénouement sans surprise pour le lecteur. Au contraire, Deux sœurs est un ouvrage qui mène inexorablement vers une fin attendue. Sous couvert d’analyse psychologique fouillée, ce sont des situations répétitives qui sont données à lire : la crainte, la soumission, les tentatives de rébellion, l’espoir d’un changement bien vite sabordé. Et le cycle de recommencer…

S’y est ajoutée, pour moi, l’impression d’être positionnée dans une situation de voyeurisme indifférent. J’ai eu peu de compassion pour les deux sœurs (qui n’en ont d’ailleurs que peu l’une envers l’autre). La conséquence d’une étude qui m’a semblé froide, voire clinique, à force de détachement. Un roman que je crains de fait d’oublier assez vite parce qu’il ne m’a pas touchée…

Deux Sœurs m’a été gracieusement envoyé par les éditions Rivages que je remercie chaleureusement.

Elizabeth Harrower, Deux Sœurs [1966], Rivages, 2017, ♥♥

Littérature française, Roman

Les absents ont toujours tort

Une fête d’anniversaire surprise est organisée par Marguerite pour Paul sur les toits de Paris. La vue est splendide, le buffet est prêt, les convives triés sur le volet. Seul bémol : les hôtes n’arrivent pas…

Et pour cause : le couple se déchire à l’occasion d’une ultime dispute. Les invités patientent d’abordproduct_9782070468140_195x320, puis s’inquiètent (un peu), se lassent enfin et se laissent aller à la médisance, au jugement. Et tout un chacun se révèle…

Amours déçues, amitiés factices, relations de convenance, vies mornes ou gâchées, rancœurs, désillusions, superficialité se dévoilent au fil de portraits au vitriol, servis par une plume acérée, ironique, un brin guindée (comme les invités, d’ailleurs).
Ils s’aiment (un peu) puis se détestent (beaucoup) et force est de constater qu’on s’en délecte (à la folie). Une tranche de vie qui se dévore en quelques heures, divertissante, subtile, dérangeante.

Maria Pourchet, Rome en un jour, Folio, 2016, ♥♥♥♥

Littérature française, Roman

« Car l’art, c’est la vie, mais sur un autre rythme »

715N71IKH2LParce que l’histoire est tout simplement belle, touchante, originale, captivante…
Parce que l’écriture est fluide, travaillée avec soin, littéraire…
Parce que le roman est une apologie de la lecture et recèle une foule de réflexions artistiques, philosophiques, culturelles…
Parce que l’auteur se garde pourtant de verser dans l’érudition prétentieuse…
Parce qu’un peu d’ironie et beaucoup d’humour…
Parce que Paloma et Renée, attachantes dans leur altérité…
Parce que le Japon, ses haïkus, ses sushis, son thé, sa technologie et M. Ozu…
Parce que Tolstoï, Vermeer et Mozart…

Muriel Barbery, L’élégance du hérisson, Gallimard, 2009, ♥♥♥♥♥

Défi musical ♫, Quand je ne lis pas...

Moussorgsky, Tableaux d’une exposition

Amatrice de musique classique depuis mon adolescence, je n’y connais toutefois absolument rien ! Je n’ai jamais pris de cours de solfège, jamais – à mon grand regret – joué d’un instrument. La musique classique est avant tout pour moi une sorte d’échappatoire ou d’exutoire. Elle me procure des sensations, des émotions, une évasion, un peu à la manière de la littérature. Et comme pour les livres, je ne saurais m’en passer. A l’occasion de ce blog, je me lance un petit défi musical ♫ sans prétention, celui d’en apprendre davantage sur ces compositeurs, morceaux, ballets, opéras que j’aime tant. Avec l’envie de partager avec vous mes découvertes !

Pour commencer cette série : Moussorgsky. Et si j’ai choisi ce compositeur c’est afin d’en savoir davantage sur un titre qui m’intriguait : Tableaux d’une exposition. J’espérais, outre le plaisir de réécouter une suite que j’ai toujours beaucoup appréciée, obtenir quelques réponses à mes interrogations… Quels tableaux ces morceaux cherchaient-ils à transposer : une œuvre imaginaire ou une exposition réelle ? Et surtout, pourquoi avais-je la sensation qu’un passage de ces Tableaux évoquait en moi un souvenir d’enfance indéfinissable ?

Pour la première question, quelques recherches ont suffi… Tableaux d’une exposition constitue une suite pour piano composée en 1874. On connaît touteHartmann_--_Plan_for_a_City_Gatefois surtout l’orchestration qu’en a proposé Maurice Ravel en 1922. La suite de morceaux de Moussorgsky est une évocation, sur le principe de la synesthésie, des œuvres de son ami le peintre, architecte et décorateur de théâtre, Viktor Hartmann. Les titres des morceaux renvoient à ceux des toiles et aquarelles, exposées à l’occasion d’une rétrospective. L’ensemble de la composition musicale forme une transposition d’art qui cherche à transcrire l’atmosphère des toiles et dessins impressionnistes (perdus pour la plupart) qui représentaient notamment des souvenirs des voyages du peintre en Pologne, en France et en Italie.

Promenade//Gnome//Promenade//Le Vieux Château//Promenade//LesTuileries//Bydlo//Promenade//
Ballets des poussins dans leur coque//Samuel Goldenberg et Schmuyle//Promenade//Le Marché de Limoges//Catacombe//Cum mortuis in lingua mortua//La Cabane sur des pattes de poule//La Grande Porte de Kiev

Les « Promenades », qui ponctuent les Tableaux d’une exposition, forment un thème récurrent qui symbolise le parcours du spectateur Moussorgsky dans la salle d’exposition, d’une toile à l’autre. Quant aux sensibles variations du thème, elles exprimeraient le ressenti du compositeur, après la contemplation de chaque œuvre.

Ceci dit, tout cela ne m’expliquait pas pourquoi j’avais une sorte de réminiscence en entendant ces Tableaux… Après plusieurs écoutes, je suis parvenue à affiner l’image qui se formait dans mon esprit… Non pas un tableau… mais ceci…

SchtroumpfLes Schtroumpfs ?! Et c’est Wikipedia qui a contre toute attente, confirmé ce souvenir ! Le dessin animé empruntait bien de très nombreux extraits de musique classique et les Tableaux d’une exposition, annonçant notamment l’entrée en scène du sorcier Gargamel !

Légende : Viktor Hartmann, dessin et aquarelle représentant La Grande Porte de Kiev, Institut de Littérature russe (Pushkin House), St. Petersbourg. Source Wikimedia Commons, œuvre d’art du domaine public et reproduction photographique du domaine public. C’est cette œuvre ou un dessin approchant qui a inspiré le dernier morceau des Tableaux d’une exposition.

Littérature italienne, Recueil

Bribes paternelles

Matteo Bussola, dessinateur de BD italien est aussi, à ses (rares) heures perdues, un écrivain touchant. Dans ce recueil de brefs textes, il partage avec humour et douceur son quotidien d’artiste et surtout de père. On y fait le connaissance de Paola, sa compagne, de ses trois adorables filles Virginia, Ginevra et Melania et de leurs quatre chiens. Au fil des anecdotes, se dévoile un papa aimant et investi, jonglant avec sa vie professionnelle, mais jamais au détriment de ses filles.
Avec lui, on rit des situations cocasses (le texte sur les tresses est un régal !), des mots d’enfants, des remarques audacieuses des plus grandes, des facéties de la benjamine.

Puis elle a découvert comment tourner une vidéo, et maintenant elle me filme en train d’écrire sur mon iPad. C’est une sorte d’interview : 
 – Dites-nous, monsieur Bussola, vous aimez bien vivre dans cette maison ?
 – Oui.
 – Vous êtes content d’avoir trois filles ? 
 – Très. 
 – Et vous êtes content de la maman qu’on a ?
 – Absolument. 
 – Très bien, et maintenant la question la plus importante. 
 – Je vous écoute.
 – Ce soir, on commande une pizza ?

On s’émeut des réflexions de Matteo sur ses responsabilités, sa famille, une vie qui change indubitablement avec la paternité :

Bussolanuitsblanches_250Ce que vous ignorez, c’est qu’en réalité vous ne restez pas le même. Car tandis qu’elles apprennent la vie, vous apprenez à être père, autrement dit vous apprenez votre seconde vie. Ce qui signifie cesser d’être pour commencer à être là, être conscient de la fugacité de ce moment et savoir cueillir la douceur de ce sourire rien que pour vous, même quand vous êtes fatigué, la beauté de ce jeu, même quand vous êtes énervé, la merveille de ces seize kilos qui ne veulent dormir que contre votre sternum, même quand vous êtes exténué et donneriez n’importe quoi pour dormir sur le ventre, sans qu’une menotte tripote votre nez. Le fait est que vos narines seront les mêmes dans cinq ans. Mais pas cette menotte. 

On envie sa philosophie, sa quête du bonheur, son souci de savourer les petites et grandes joies de chaque jour :

Aujourd’hui, Melania fête ses deux ans […]. 
Je lui chante « Joyeux anniversaire » depuis 7 heures du matin. Résultat, elle fonce à travers la maison dans son petit pyjama rouge en braillant « versaire ! Veeeeersaire ! » comme une casserole.
Ce matin, je me suis levé avant 5 heures pour travailler à mes planches et compenser le temps que je vais perdre à cause de la fête, car la remise de la BD est prévue pour la fin de la semaine prochaine.
« Perdre » n’est pas le mot juste, car tout le temps que je passe avec Melania depuis sa naissance est gagné. Je ne me suis pas réveillé aussi tôt pour avancer dans mon travail, c’est plutôt que le fait d’avancer dans mon travail va me permettre de passer plus de temps avec elle.
C’est deux fois plus vrai le jour de son anniversaire.
Son âge donne de la valeur et du sens au mien

On s’enthousiasme pour un texte d’une belle simplicité, d’une touchante sincérité, que l’on dévore en quelques heures, en souriant toujours. Je remercie les éditions Kero pour cette tendre parenthèse et cet ouvrage que j’ai eu la chance de parcourir en avant-première (sortie le 17 mai 2017).

Matteo Bussola, Nuits blanches & gros câlins, éditions Kero, 2017, ♥♥♥♥