Horreur, Littérature écossaise, Roman

Maléfice

En pleine nuit, Lily Blake est agressée et manque de mourir brûlée vive. Un crime commandité par son ex-mari qui s’est assuré le soutien de la FLAMME (la Ligue des Pères Contre les Mères Diaboliques) pour récupérer ses enfants. Alors que le FBI échoue à localiser les petits, la mère désespérée lie un pacte avec un chaman sioux qui s’engage à les retrouver, en échange d’un terre sacrée ayant autrefois appartenu à sa tribu. Il invoque alors pour Lily un esprit de la forêt, le Wendigo, créature cruelle et cannibale, qui a tôt fait de ramener les enfants au bercail, sans épargner pour cela toutes les personnes qui se trouvent sur son chemin. Quand Lily réalise qu’elle ne peut honorer sa part du contrat, elle se rend à l’évidence : il lui faut détruire le Wendigo, avant qu’il ne décime ses proches et ne la tue elle-même.

Sans en être coutumière, j’apprécie la littérature dite “d’horreur”, moins pour ce qu’elle aurait de gore, que pour son atmosphère si particulière, sa dimension psychologiquement angoissante, sa capacité à nous faire frissonner en jouant avec des peurs universelles.

C’est en cela que le Wendigo de Masterton me semble plus proche du thriller que du véritable roman d’horreur (ce qui n’est pas le cas d’autres de ses romans). Malgré une ambiance fantastique et souvent glaciale, ce roman ne fait pas vraiment peur. J’ai néanmoins apprécié la lecture et tout particulièrement la légende amérindienne qui sert de toile de fond, intriguée par ce personnage surnaturel mythique que j’ai découvert et qui a sensiblement largement inspiré art et littérature. A creuser !

Graham Masterton, Wendigo, Bragelonne, 2009, ♥♥♥♥

Littérature française, Roman

Coupable

À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.
Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.
Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien… (quatrième de couverture)

Pierre Lemaitre nous livre un roman d’une grande intensité sur la culpabilité, de celle qui naît au détour d’un événement tragique et gâche une vie toute entière.

Pour moi, ce roman très subtile n’est pas un thriller, mais une histoire triste, touchante, où l’introspection, le ressenti et la psychologie du personnage – un enfant puis un adulte – prennent le dessus sur une intrigue somme toute simple (ce qui n’est pas péjoratif). Le dénouement est tout aussi beau et viscéral, interrogeant chacun d’entre nous sur le secret, ses limites et jusqu’où l’on peut protéger et préserver ceux qu’on aime.

Je remercie les éditions Albin Michel pour ce roman gracieusement offert en échange d’une critique.

Pierre Lemaitre, Trois jours et une vie, Albin Michel, 2016, ♥♥♥♥♥

Littérature française, Roman

70’s mulhousiennes

Les Années Solex, c’est l’histoire d’une jeune fille tiraillée entre les valeurs petites bourgeoises de son éducation et un désir d’émancipation initié par le beau Patrice, emblème de l’indignation d’une génération.

Pas une bluette sur les amours adolescentes de Juliette. Mais un hymne à la liberté, à l’engagement, à l’instruction et à la création.
Pas la critique gratuite d’un milieu étriqué par son conservatisme, mais un regard bienveillant sur ses contradictions.
Pas seulement une chronique des années 70’s, mais une véritable ode à l’Alsace et à ses traditions (aucun régionalisme pour autant !), une balade inattendue dans les rues de Mulhouse (chez moi !), un récit nostalgique sur une époque et une société en pleine évolution. Une très belle surprise !

Emmanuelle de Boysson, Les Années Solex, Editions Héloïse d’Ormesson, 2017, ♥♥♥♥♥

 

Littérature française, Roman

Frais !

Parisienne trentenaire et célibataire, blasée de rencontres amoureuses sans intérêt, la narratrice de ce roman tombe, au détour d’une galerie d’art, sous le charme d’un Québécois. Sur un coup de tête, elle accepte son invitation à le rejoindre pour une semaine dans son « antre » canadien. Un choc culturel !

Léger. C’est le mot qui qualifie le mieux ce roman sans prétention qui vaut moins pour son histoire – l’intrigue est somme toute très simpliste et un peu mièvre, la fin plutôt discutable – que pour son humour et sa fraîcheur.

On sourit tout au long des aventures épiques de cette jeune femme complètement déboussolée face aux us, coutumes et au parler québécois, et surtout face à cet homme, au demeurant charmant, mais qu’elle connait à peine. D’autant plus que celui-ci est flanqué d’un jeune fils et d’une ex-femme encore bien présente. Et que la narratrice n’est pas à un a priori près.

De ce portrait enlevé et amusant – un brin caricatural – il ressort que les Québécois sont aussi accueillants qu’agréables à vivre, surprenants et attachants, gentils et plein d’humour. Que les Parisiennes sont compliquées, jalouses, pleines de préjugés, pénibles, indécises… et bien conscientes de l’être !

Une lecture plus divertissante que consistante, mais qui fait du bien.

Diane Ducret, L’Homme idéal existe. Il est Québécois, Albin Michel, 2015, ♥♥♥♥

Littérature anglaise, Roman

Tea Time

Cranford est une petite bourgade anglaise où évolue une population presque exclusivement féminine. Et force est de constater qu’il ne s’y passe pas grand chose. Pourtant, c’est avec délice que le lecteur découvre les petits riens du quotidien de ces « amazones », autour d’une tasse de thé – pas trop sucrée, économies domestiques obligent.

A force de lire un peu partout que la plume d’Elisabeth Gaskell ressemblait à celle de Jane Austen, je ne pouvais passer à côté de cette lecture. D’autant que le livre est dans ma bibliothèque depuis quelques années déjà et que la couverture est une invitation à elle toute seule !

Ce deuxième roman d’Elizabeth Gaskell a paru en feuilleton en 1851 dans l’hebdomadaire Household Words, une publication sous la direction de Charles Dickens. Il en résulte, malgré une édition revue et corrigée en volume, l’impression d’un roman un peu décousu, dépourvu d’un fil conducteur et d’une intrigue solide.

Ceci étant dit, on n’en apprécie pas moins le récit de la narratrice, Mary Smith, qui, à l’occasion des séjours réguliers qu’elle fait à Cranford, croque avec bienveillance la petite vie provinciale de ses hôtes et amies. On y savoure les us et coutumes de ces vieilles filles et veuves, emblématiques de la landed gentry, cette bonne société anglaise modeste attachée à ses valeurs, mais non départie de ses petites mesquineries et autres préjugés.

Tout comme celle de Jane Austen – mais avec moins de subtilité et de piquant – la plume d’Elizabeth Gaskell n’est en effet pas dépourvue d’ironie et on sent poindre, sous le portrait tendre et (parfois trop) indulgent, la critique de ce microcosme et de sa fausseté.

J’ai apprécié l’humour, bien dosé, l’ambiance victorienne et la finesse du style, mais regretté parfois la candeur du propos et quelques longueurs. Ce qui ne m’empêchera pas de poursuivre la découverte

 

Elizabeth Gaskell, Cranford [1851], Points, 2012, ♥♥♥♥